Boîte à outils pour la
surveillance post-sinistre
des impacts sur la 
santé mentale

Contexte

Un sinistre majeur, et ce, peu importe sa nature (tremblement de terre, inondation, tempête de verglas, accident de transport nucléaire ou attentat), peut amener un grand éventail d’impacts sur la santé et le bien-être des personnes ainsi que sur l’économie et l’environnement. Les effets immédiats sont généralement bien documentés par les autorités, notamment en ce qui concerne la santé physique et les aspects économiques. Les impacts sur la santé mentale, cependant, peuvent être perçus comme plus difficiles à documenter.

Pourtant, les personnes ayant vécu un sinistre peuvent développer ou exacerber des problèmes de santé mentale qui peuvent être présents plusieurs mois suivant un sinistre. La présence de ressources et de services en santé mentale est alors nécessaire et cruciale pour aider une communauté à se remettre d’un sinistre. Pour s’assurer de continuer à soutenir la communauté en offrant les services appropriés et en nombre suffisant, la surveillance des impacts sur la santé mentale de la population affectée devient importante; elle devrait se poursuivre plusieurs années après un événement, dans certaines situations.

Au Québec, la surveillance épidémiologique existe depuis longtemps, mais seulement quelques études épidémiologiques et de surveillance ont été effectuées après des sinistres d’importance. Depuis, il semble y avoir un intérêt accru, avec l’augmentation de certains sinistres liés au climat, à effectuer la surveillance des impacts en santé mentale pour des sinistres de toute envergure. Toutefois, les moyens utilisés pour effectuer cette surveillance diffèrent considérablement entre les études, et rend les comparaisons difficiles.

Ainsi, cette boîte à outils a été développée pour rendre disponibles des outils permettant la surveillance adéquate et reproductible des impacts sur la santé mentale après un sinistre. Elle a été élaborée par des experts en santé mentale et en surveillance provenant de diverses institutions québécoises. Elle s’adresse principalement aux professionnels de santé publique ainsi qu’aux épidémiologistes, aux chercheurs et aux autres intervenants qui voudraient documenter les impacts sur la santé mentale post-sinistre avec des outils standardisés, évalués et disponibles gratuitement.

Impacts potentiels sur la santé mentale

La boîte à outils n’a pas pu couvrir tous les impacts en lien avec la santé mentale. Ce sont principalement les problèmes de santé mentale qui ont été documentés, avec certains aspects du bien-être et de la santé mentale positive. De plus, des outils en lien avec d’autres indicateurs d’intérêt en surveillance post-sinistre sont présentés pour les effets suivants :

  • Symptômes d’anxiété;
  • Symptômes dépressifs;
  • Symptômes de stress post-traumatique;
  • Détresse psychologique;
  • Impact immédiat du trauma (réactions péritraumatiques);
  • Bien-être;
  • Fonctionnement et incapacité;
  • Qualité de vie;
  • Soutien social;
  • Consommation d’alcool;
  • Consommation de drogues;
  • Consommation de médicaments;
  • Utilisation de services en santé mentale.

Données de surveillance existantes

Au Québec, il existe déjà plusieurs systèmes de surveillance qui diffusent des indicateurs de la santé et de ses déterminants, provenant de diverses sources. La boîte à outils décrit plusieurs de ces systèmes de surveillance. Une autre section de la boîte à outils présente des enquêtes populationnelles réalisées par Statistique Canada et par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Les systèmes de surveillance et enquêtes retenues dans la boîte à outils présentent des indicateurs en lien avec la santé mentale ou d’autres indicateurs d’intérêt pour effectuer la surveillance post-sinistre.

Les indicateurs provenant de ces systèmes de surveillance et des enquêtes populationnelles de grande envergure sont un bon point de départ pour obtenir des statistiques en lien avec la santé mentale. De plus, dépendamment de la fréquence de leur mise à jour, ils peuvent permettre d’obtenir des mesures intéressantes pour effectuer un suivi dans le temps. Toutefois, il est difficile de prédire le lieu et le moment de la survenue d’un sinistre, et ces systèmes de surveillance et grandes enquêtes pourraient ne pas adéquatement cibler la population touchée par le sinistre (résolution géographique insuffisante) ou pourraient ne pas avoir été réalisés à un moment approprié. Ces données pourront alors être utilisées pour estimer des prévalences en lien avec l’état de santé mentale avant le sinistre. Une enquête spécifique au sinistre devra être réalisée par la suite afin de permettre d’obtenir des prévalences post-sinistre.

Ainsi, la boîte à outils présente, sous forme de fiches, une liste d’enquêtes qui ont été réalisées après un sinistre au Québec ou en France et qui comportent au moins un volet sur les impacts de santé mentale. Chaque fiche contient de l’information concernant l’étude, soit les objectifs, la population cible, le type d’enquête, l’année de collecte, le contenu de l’enquête et les instruments standardisés utilisés. Bien que les prévalences estimées dans ces études ne soient probablement pas comparables d’un sinistre à l’autre, l’information dans ces fiches pourra aider les intervenants à élaborer leurs protocoles de recherche. Toutefois, il est à noter que certains instruments utilisés dans ces études ne sont plus d’actualité alors que d’autres sont protégés par des droits d’auteurs et parfois payants.

Nouvelles données obtenues par enquête

Afin d’aider l’intervenant à s’y retrouver dans tous les instruments disponibles, la dernière section de la boîte à outils présente les recommandations du comité d’experts, formé pour la réalisation de la boîte à outils, en ce qui concerne les instruments standardisés qui devraient être utilisés pour mesurer certains impacts post-sinistres dans les enquêtes épidémiologiques. Un instrument de mesure standardisé est un outil développé rigoureusement et qui permet de mesurer un concept (ou un indicateur) de manière objective et standardisée. Ces instruments doivent passer par des étapes de validation rigoureuses.

Les recommandations du comité d’experts prennent en considération le contexte actuel des intervenants dans le réseau de la santé, c’est-à-dire des ressources financières et humaines qui sont parfois limitées, ainsi que du grand nombre de sujets à inclure dans ces enquêtes. Entre autres, les instruments recommandés doivent être disponibles gratuitement, avec un nombre d’items succincts et offrant un guide d’interprétation des résultats.

Une fiche précisant les conditions d’utilisation ainsi que l’interprétation des scores est disponible pour chaque instrument recommandé. Les items servant à construire les instruments recommandés sont reproduits à la fin de la boîte à outils lorsqu’ils sont du domaine public.

Conclusion

Cette boîte à outils présente deux grandes options pour effectuer la surveillance des impacts sur la santé mentale suivant un sinistre. D’abord, elle recense les sources existantes qui permettent d’obtenir des statistiques à partir de systèmes de surveillance, des enquêtes populationnelles ou d’autres bases de données d’intérêt pour la surveillance des impacts sur la santé mentale. Elle présente par la suite des recommandations d’instruments standardisés à utiliser lors d’une enquête post-sinistre.

Les fiches portant sur les instruments ont été conçues afin de faciliter leur utilisation, et le choix judicieux de certains de ces outils permettra d’obtenir un meilleur portrait de l’état de la situation en période post-sinistre. Un tel portrait sera une bonne façon de vérifier les besoins de la population touchée en matière de ressources et de services en santé mentale souvent cruciaux pour aider une communauté à se remettre d’un sinistre majeur. Dans ce contexte, la surveillance pourrait être réalisée sur plusieurs années. Les auteurs souhaitent que cette boîte à outils puisse devenir un document de référence en matière de surveillance post-sinistre au Québec. L’objectif est de faciliter les activités de surveillance ainsi que d’uniformiser les indicateurs de surveillance entre les différentes études afin d’assurer une meilleure comparabilité spatiale et temporelle de l’état de santé mentale de la population.