Coliformes totaux

Définition

Les coliformes totaux sont des entérobactéries qui incluent des espèces bactériennes qui vivent dans l’intestin des animaux homéothermes, mais aussi dans l’environnement en général (sols, végétation et eau). Ce groupe bactérien est utilisé comme indicateur de la qualité microbienne de l’eau parce qu’il contient notamment des bactéries d’origine fécale, comme Escherichia coli (E. coli) (CEAEQ, 2015a). Ce sont des bactéries en forme de bâtonnets, aérobies ou anaérobies facultatives, possédant l’enzyme ß-galactosidase, qui permet de libérer un agent chromogène utilisé dans des milieux de culture servant à les identifier (Archibald, 2000; CEAEQ, 2015a; Edberg et al., 2000; Santé Canada, 2012; WHO, 2011). Les principaux genres bactériens inclus dans le groupe sont : Citrobacter, Enterobacter, Escherichia, Klebsiella et Serratia (CEAEQ, 2015a; Santé Canada, 2012; WHO, 2011). La presque totalité des espèces sont non pathogènes et ne représentent pas de risque direct pour la santé (Edberg et al., 2000; WHO, 2011), à l’exception de certaines souches d’E. coli (voir la fiche Escherichia coli) ainsi que de rares bactéries pathogènes opportunistes.

Méthodes d'analyse

Il est possible de procéder à l’identification des coliformes totaux de trois manières (APHA, AWWA et WEF, 2012; Santé Canada, 2012) :

  • Méthode qualitative présence/absence;
  • Filtration sur membrane (méthode quantitative);
  • Fermentation en tubes (méthode semi-quantitative).

La méthode présence/absence et la filtration sur membrane (FM) avec un milieu de culture à substrats enzymatiques qui permettent la détection simultanée d’E. coli et des coliformes totaux sont les plus employées actuellement au Québec. Ces deux méthodes sont décrites ci-dessous.

Méthode de type présence/absence (P/A)

Un volume de 100 ml d’échantillon d’eau est mélangé dans une bouteille stérile avec un milieu de culture comme le Colilert®, puis incubé pendant 24 heures à 35 °C. Le milieu de culture contient de l’ONPG (ortho-nitrophényl-ß-D-galactopyranoside) et du MUG (4-méthyl-umbélliféryl-ß-D-glucuronide). Lorsque des coliformes totaux sont présents dans l’échantillon, l’ONPG est utilisé par l’enzyme ß-D-galactosidase, une enzyme spécifique aux coliformes totaux. L’utilisation de l’ONPG provoque l’apparition d’une coloration jaune dans le milieu de culture. Lorsqu’E. coli est présent dans l’échantillon, le MUG est utilisé par l’enzyme ß-D-glucuronidase, une enzyme spécifique à cette bactérie, ce qui induit une fluorescence bleue dans le milieu de culture, lorsqu’éclairé par un rayonnement ultraviolet (UV). D’autres bactéries peuvent aussi utiliser l’ONPG ou le MUG, mais le milieu de culture spécifique contient habituellement des inhibiteurs qui empêchent leur croissance (CEAEQ, 2015b). Il est possible que des laboratoires accrédités utilisent des milieux différents, mais basés sur les mêmes principes.

Méthode par filtration sur membrane (FM)

Cette méthode permet de détecter et de quantifier simultanément la bactérie E. coli et les coliformes totaux sur une même gélose. Un volume d’eau (habituellement 100 ml) est filtré sur une membrane filtrante qui est déposée sur la gélose MI (à titre d’exemple). Cette gélose est ensuite incubée pendant 24 heures à 35 °C. Au terme de la période d’incubation, les bactéries E. coli retenues sur la membrane filtrante forment des colonies qui apparaissent bleues en lumière visible, et les autres coliformes totaux forment des colonies fluorescentes sous un éclairage UV. La formation des couleurs qui permettent de distinguer spécifiquement les colonies résulte de l’utilisation de substrats enzymatiques apparentés à ceux employés dans la méthode de type présence/absence décrite plus haut (CEAEQ, 2015b). Certains laboratoires accrédités emploient d’autres milieux de culture gélosés qui sont basés sur les mêmes principes de fonctionnement que le milieu MI.

Quelques laboratoires analysent séparément E. coli et les coliformes totaux dans les échantillons d’eau potable à l’aide de deux milieux de culture. Le milieu mFC-BCIG est employé pour E. coli puisqu’il contient un substrat enzymatique donnant des colonies bleues avec cette bactérie lorsqu’il est incubé 24 heures à 44,5 °C. Le milieu m-Endo est employé pour les coliformes totaux qui donnent des colonies à reflet vert métallique après une incubation à 35 °C pendant 24 heures.

La FM, qui analyse simultanément E. coli et les autres coliformes totaux, fonctionne très bien en général. Cependant, elle possède des limites, notamment lorsque l’eau contient beaucoup de bactéries. En effet, la température d’incubation de 35 °C pour permettre la croissance des coliformes totaux laisse aussi croître des colonies atypiques. Ces dernières sont des bactéries autres que E. coli ou les coliformes totaux (voir la fiche Colonies atypiques). Lorsque les colonies atypiques sont trop nombreuses, elles peuvent interférer avec la formation des colonies d’E. coli et celles des coliformes totaux sur la gélose. La croissance de colonies atypiques était rarement une source de problèmes à l’époque où on recherchait les coliformes fécaux sur un milieu spécifique, puisque la température d’incubation plus élevée de 44,5 °C inhibait la croissance des colonies atypiques. Par ailleurs, selon les lignes directrices du Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec destinées aux laboratoires accrédités (CEAEQ, 2014), si l’ensemble des colonies sur la gélose (coliformes totaux, E. coli et colonies atypiques) devient confluent, le résultat rapporté pour les coliformes totaux et E. coli doit être TNI, ce qui signifie « colonies trop nombreuses pour être identifiées ». Bien qu’on ne puisse pas savoir avec certitude si E. coli est présent lorsqu’il y a un résultat TNI, le CEAEQ demande, par sécurité, de rapporter un tel résultat comme s’il était non conforme pour E. coli (CEAEQ, 2014). Cela implique un signalement sans délai par le laboratoire car un avis d’ébullition doit être émis par le responsable du réseau. En absence de confluence, le laboratoire doit inscrire la valeur du dénombrement d’E. coli (0 ou le nombre observé en UFC/100 ml) ainsi que le résultat du dénombrement des autres bactéries. Si la concentration d’E. coli est très élevée, le laboratoire peut inscrire pour E. coli > 80 UFC/100 ml ou TNC qui signifie « trop nombreuses pour être comptées »). 

Il est à noter que les groupes d’E. coli pathogènes, tels que le sérotype O157:H7, ne peuvent pas être mis en évidence avec les méthodes décrites dans cette fiche, visant la détection de la bactérie indicatrice E. coli dans l’eau. Des méthodes d’identification spécifiques à ces souches doivent alors être utilisées (CEAEQ, 2015a; b).

Traitements de l’eau

Les coliformes totaux et E. coli, comme la plupart des bactéries, sont très sensibles à la désinfection par le chlore comparativement aux virus et aux protozoaires (Santé Canada, 2012). Par conséquent, on ne peut se fier aux résultats montrant l’absence de ces indicateurs dans l’eau distribuée pour juger de la sécurité de l’eau produite par une installation vulnérable à la contamination fécale qui utilise du chlore, sans toutefois atteindre les cibles de traitement exigées au Règlement sur la qualité de l’eau potable (ci-après « Règlement »).

Risque sanitaire

Le groupe des coliformes totaux comprend des espèces et des souches bactériennes qui colonisent l’intestin des animaux homéothermes, mais aussi d’autres qui croissent dans le sol et sur la végétation (CEAEQ, 2015a). Dans ce contexte, leur présence dans l’eau traitée n’implique pas nécessairement un risque imminent pour la santé publique puisque la plupart de ces bactéries n’ont pas une origine fécale (Edberg et al., 2000; Santé Canada, 2012).

De façon générale, la présence de coliformes totaux dans l’eau potable est plutôt un indicateur de risque peu spécifique de sa qualité. Habituellement, ces bactéries peuvent croître dans un réseau de distribution d’eau dont la station de production d’eau potable est parfaitement fonctionnelle; cela se produit à partir du biofilm microbien qui se forme sur la paroi des canalisations, particulièrement en cas de faible chlore résiduel (Camper et al., 1991, LeChevallier et al., 1996; Santé Canada, 2012). Dans le contexte d’un bris du réseau de distribution, les coliformes peuvent aussi être utilisés comme indicateurs de l’intégrité et de l’état de ce réseau à l’instar d’autres paramètres (chlore résiduel libre et turbidité, par exemple).

Par ailleurs, les coliformes totaux sont un indicateur peu sensible de la qualité de l’eau. Ainsi, une eau de robinet sans coliformes totaux peut être à l’origine de problèmes de santé (Payment et al., 1997). En effet, des micro-organismes pathogènes (virus, parasites et bactéries) peuvent être présents dans l’eau distribuée en l’absence de coliformes totaux. Cette dernière situation a d’ailleurs été mise en évidence par Craun et al. (1997) qui ont démontré que, pour l’ensemble des épidémies dues à des protozoaires (Cryptosporidium sp. et Giardia sp.) entre 1975 et 1989 aux États-Unis, les coliformes totaux n’avaient pas été des indicateurs fiables. Ce fait est lié à une résistance plus élevée des protozoaires à la désinfection par le chlore ou les UV. Un certain doute peut donc planer sur la validité des coliformes totaux, quant à leur capacité de refléter la présence de micro-organismes pathogènes. Cependant, en ce qui concerne les eaux souterraines non désinfectées, il a été observé que la présence de coliformes totaux peut être un indicateur de la dégradation de la qualité de ces eaux causée par des apports d’eau de surface. Ainsi, les coliformes totaux peuvent être des indicateurs de la présence potentielle de virus entériques humains (Locas et al., 2008; Payment et Locas, 2011). En résumé, les coliformes totaux sont principalement utiles comme indicateurs de l’efficacité du traitement, de l’intégrité du réseau de distribution ainsi que comme indicateurs de la recroissance bactérienne après traitement (Roberston, 1995; WHO, 2011).

Normes et recommandations

Exigences de contrôle

Au Québec, l’article 11 du Règlement sur la qualité de l’eau potable précise le nombre mensuel minimal d’échantillons microbiologiques (coliformes totaux et E. coli) à prélever dans un système de distribution d’eau potable en fonction du nombre de personnes desservies (de 2 à plus de 100 échantillons durant le mois, répartis dans la mesure du possible en nombre égal sur chacune des semaines) (Gouvernement du Québec, 2012). Au moins 50 % des échantillons doivent être prélevés aux extrémités du réseau de distribution (afin de refléter l’état du réseau de distribution – exigence de l’article 12 du Règlement). Lorsque la méthode d’analyse des coliformes totaux permet leur dénombrement, l’eau ne doit pas contenir plus de 10 coliformes totaux par 100 ml (point 1 b de l’Annexe 1).

Il est par ailleurs intéressant de noter que les coliformes totaux font partie des paramètres à analyser pour établir si une eau souterraine est sous l’influence directe d’une eau de surface; l’obtention d’au moins un résultat montrant plus de 10 coliformes totaux signifie que l’eau présente une importante susceptibilité à la contamination microbiologique. En général, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) encouragera alors les responsables à suivre la qualité de l’eau brute ou à assurer une désinfection minimale (élimination de 4 log de virus) (MDDELCC, 2015).

Tableau 1 - Norme à respecter pour les résultats d’analyse des coliformes totaux dans l’eau potable (Gouvernement du Québec, 2012 : Annexe 1 – Paramètres microbiologiques)

Résultat conforme en vertu du Règlement Résultat non conforme en vertu du Règlement
  • Absence
  • 0 UFC/100 ml
  • Si ≥ 21 échantillons prélevés sur une période de 30 jours consécutifs : moins de 10 % peuvent contenir des coliformes totaux sans toutefois excéder 10 UFC/100 ml si la méthode par dénombrement a été utilisée.
  • Si < 21 échantillons prélevés sur une période de 30 jours consécutifs : un seul peut contenir des coliformes totaux sans toutefois excéder 10 UFC/100 ml si la méthode par dénombrement a été utilisée.
  • > 10 UFC/100 ml
  • TNC ou > 80 UFC/100 ml
  • TNI
  • Si ≥ 21 échantillons prélevés pendant une période de 30 jours consécutifs : si > 10 % avec présence de coliformes totaux.
  • Si < 21 échantillons prélevés sur une période de 30 jours consécutifs : 2e échantillon avec présence de coliformes totaux.

Adapté de : MDDELCC (2017).

Exigences de signalement des résultats de coliformes totaux

Selon l’article 35 du Règlement, les laboratoires doivent transmettre les résultats montrant la présence de coliformes totaux aux DSP dans les meilleurs délais (heures ouvrables) ou sans délai si le résultat est TNI pour les coliformes totaux et E. coli

Obligation de l’exploitant à la suite de la réception d’un résultat non conforme pour les coliformes totaux

L’article 36 précise que l’exploitant doit aviser la DSP et le MDDELCC lorsqu’il est informé d’un résultat hors-norme afin de préciser les mesures qu’il a prises ou qu’il entend prendre pour remédier à la situation et, le cas échéant, pour protéger tout utilisateur contre les risques encourus. Cependant, le Règlement n’exige pas l’émission d’un avis d’ébullition par le responsable du réseau lors de non-conformité pour les coliformes totaux.

Par ailleurs, lorsque l’eau ne respecte pas l’un des paramètres microbiens établis à l’Annexe 1, l’article 39 du Règlement précise les modalités pour le prélèvement et l’analyse d’un nombre minimal d’échantillons dans un contexte de retour à la conformité (Gouvernement du Québec, 2012). Pour que l’eau distribuée soit considérée à nouveau conforme, les analyses doivent montrer une absence complète de bactéries coliformes totales ainsi que la conformité de cette eau pour les autres paramètres microbiologiques devant être analysés.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les coliformes totaux devraient être absents du réseau de distribution immédiatement à la sortie de l’usine de production d’eau potable (WHO, 2011). Il en est de même pour Santé Canada, qui précise que la concentration maximale acceptable (CMA)1 est d’aucun coliforme par 100 ml à l’entrée du réseau. De plus, à la section 1.0 de leur document, on peut lire : « Leur détection dans des échantillons consécutifs prélevés sur un même site ou dans plus de 10 % d’échantillons recueillis au cours d’une période d’échantillonnage donnée devrait déclencher une investigation » (Santé Canada, 2012). Aux États-Unis, la concentration maximale visée (maximum contaminants level goal) est aussi d’aucun coliforme total; la présence de coliformes totaux est tolérée dans 5 % des échantillons (si plus de 40 échantillons prélevés par mois dans un réseau) ou dans un seul échantillon positif (si moins de 40 échantillons collectés) (U.S. EPA, 2002).

Information pour l'intervention de santé publique

Les éléments présentés dans cette section sont d’ordre général et visent à soutenir les actions de santé publique. Chaque situation de contamination microbienne étant spécifique, ces informations ne peuvent remplacer le jugement professionnel de l’intervenant de santé publique.

Lors d’un résultat TNI de coliformes totaux obtenu avec la méthode FM sur milieux qui détectent simultanément E. coli et les coliformes totaux

Habituellement, le certificat d’analyse devrait aussi indiquer TNI pour E. coli. Ce résultat nécessite donc un avis d’ébullition selon l’article 36 du Règlement. L’intervenant peut se référer à la fiche Escherichia coli pour l’intervention. S’il est indiqué TNI pour les coliformes totaux mais 0 UFC/100 ml pour E. coli, il faut alors vérifier la méthode d’analyse utilisée puisque ce résultat est possible s’il s’agit de deux milieux de culture distincts. Par contre, s’il s’agit bien de la méthode FM sur milieux qui détectent simultanément E. coli et les coliformes totaux, il y a lieu de faire un suivi avec le MDDELCC pour s’assurer que le laboratoire applique les lignes directrices du CEAEQ (2014).

Le risque sanitaire relié à une non-conformité pour les coliformes totaux, en l’absence d’indicateurs de contamination fécale, est considéré comme étant faible. La seule présence de coliformes totaux ne justifie habituellement pas l’émission d’un avis d’ébullition ni aucune intervention particulière de la DSP en général.

Toutefois, la situation doit être analysée par le responsable du réseau de distribution afin d’identifier la source des coliformes totaux et d’apporter des corrections, notamment en vérifiant l’intégrité des installations de production ou de distribution d’eau, en apportant les correctifs requis s’il y a lieu et en procédant à de nouveaux échantillonnages pour démontrer le retour à la conformité.

Il peut arriver que le responsable du réseau ou un intervenant du MDDELCC communique avec la DSP pour avoir son opinion à la suite d’une non-conformité pour les coliformes totaux, notamment en présence d’une situation particulière pouvant représenter une menace pour la qualité de l’eau distribuée. La DSP pourrait aussi vouloir mieux documenter la situation en cas de récurrence de coliformes totaux, selon son jugement.

Les informations suivantes pourront orienter l’intervenant de santé publique lors de dépassements de la norme des coliformes totaux dans un réseau d’eau potable.

Lieu des prélèvements et historique de la qualité de l’eau

La mesure des coliformes totaux, telle que prévue par le Règlement, soit 50 % en bout de réseau (article 12), vise à vérifier la qualité générale de l’eau de ce réseau, l’intégrité du réseau et l’efficacité du traitement s’il y a lieu. La présence de coliformes totaux dans le réseau de distribution révèle une dégradation de la qualité de l’eau, possiblement due à une recroissance bactérienne ou à une contamination postérieure au traitement (ex. : réparations, baisse de pression) (Santé Canada, 2012). La recroissance bactérienne serait plus fréquente l’été (température plus élevée, augmentation du débit ou interventions d’entretien favorisant le décollement du biofilm) et souvent associée à un chlore résiduel (libre) en faible concentration.

La présence de coliformes totaux dans l’eau à la sortie d’une usine ou d’un poste de traitement indique que le traitement a été inadéquat et qu’il faut donc intervenir. Les mesures à prendre consistent notamment à aviser les autorités compétentes, à rechercher la cause de la contamination et à appliquer des mesures correctives, ce qui pourrait inclure l’émission d’un avis d’ébullition de l’eau (Santé Canada, 2012).

La détection de coliformes totaux (en l’absence d’E. coli) dans plus de 10 % des échantillons prélevés au cours d’une période d’échantillonnage donnée ou dans des échantillons consécutifs prélevés sur même site indique un changement de la qualité de l’eau et nécessite un suivi et la mise en place de mesures correctives appropriées (Santé Canada, 2012). Un problème récurrent peut témoigner d’une infiltration constante d’eau contaminée dans le réseau ou d’un bris d’équipement dans l’usine de traitement. Cependant, dans un tel contexte, il est raisonnable de s’attendre à ce que des indicateurs fécaux, tel E. coli, soient également détectés, ce qui impliquerait l’émission d’un avis d’ébullition de l’eau (voir les fiches Escherichia coli et Avis d’ébullition de l’eau).

Les résultats de chlore résiduel et de turbidité peuvent fournir des informations complémentaires sur la qualité générale de l’eau.

Cause probable du problème identifié par l’exploitant, le responsable du réseau ou le MDDELCC

Il revient au responsable du réseau de transmettre les informations pertinentes au personnel de santé publique et de dresser un bilan de la situation, incluant l’historique des problèmes du réseau, afin de bien cerner l’importance et l’urgence, le cas échéant. Le personnel du bureau régional du MDDELCC doit aussi faire partie de ces échanges afin d’harmoniser les interventions.

Si le problème est récurrent, le responsable du réseau aura à effectuer l’analyse de l’ensemble de la situation (ex. : sources potentielles de pollution et vulnérabilité de l’approvisionnement, efficacité du traitement, intégrité du système de distribution de l’eau potable). Par exemple, la présence de coliformes totaux après des pluies abondantes ou en période de dégel pourrait indiquer une vulnérabilité des installations de captage d’eau souterraine aux infiltrations d’eau de surface. Pour l’aider à déterminer la cause du problème et les solutions à mettre en place, le responsable peut s’inspirer de la page Web du MDDELCC intitulée « Que faire en cas de résultat de coliformes totaux ou de Escherichia coli non conforme? ».

Critères pour considérer qu’il y a un excès de cas d’infections possiblement liées à l’eau

Le constat d’un excès de maladies possiblement reliées à l’eau dans un réseau non conforme pour les coliformes totaux pourra modifier l’intervention de santé publique. L’excès de cas, ou sa suspicion, est déterminé par rapport à la fréquence habituelle de gastro-entérites, particulièrement par les appels reçus à Info-Santé ou par tout autre moyen d’information approprié (voir la fiche Détection et investigation d’une épidémie de source hydrique due à un agent infectieux) et doit concerner le secteur desservi par la section du réseau de distribution mise en cause.

Le lien avec la consommation d’eau du robinet est parfois difficile à mettre en évidence, mais tout excès inexpliqué de cas dans le secteur concerné devrait être initialement considéré comme pouvant être relié à l’eau. À cet effet, le personnel de santé publique devrait se concerter avec le bureau régional du MDDELCC afin de demander au responsable du réseau de distribution de procéder au prélèvement d’échantillons afin de vérifier la présence de la contamination dans son réseau. Des tests microbiens plus spécifiques peuvent aussi être demandés en vertu de l’article 42 du Règlement. Selon l’évaluation de la situation, la DSP pourrait recommander un avis d’ébullition par mesure de prudence.

Coliformes totaux dans les puits individuels

La détection de coliformes totaux dans l’eau d’un puits individuel peut indiquer que le puits ou les équipements de captage sont vulnérables aux intrusions d’eaux de surface. Leur présence nécessite de rehausser la fréquence de suivi de la qualité microbiologique de l’eau. Si leur détection persiste, il revient au propriétaire de rechercher la cause de la contamination, d’apporter les correctifs nécessaires s’il y a lieu (aménagement du captage, désinfection du puits, etc.) et de refaire des analyses pour s’assurer de la qualité microbiologique.

  1. La CMA n’est pas une norme, mais un critère dont le dépassement continu ou récurrent pourrait représenter des risques pour la santé.

Références

  1. APHA, AWWA et WEF (2012). Standard methods for the examination of water and wastewater. 22e edition. American Public Health Association, American Water Works Association et Water Environment Federation.
  2. Archibald, F (2000). The presence of coliform bacteria in Canadian pulp and paper mill water systems – a cause for concern? Water Qual Res J. Canada, 35:1-22.
  3. Camper, AK, GA McFetters, WG Characklis et WL Jones (1991). Growth kinetics of coliform bacteria under conditions relevant to drinking water distribution systems. Appl. Env. Microbiol, 57: 2233-2239.
  4. CEAEQ (2014). Lignes directrices concernant les travaux analytiques en microbiologie. Centre d’expertise et d’analyse environnementale du Québec. Repéré à http://www.ceaeq.gouv.qc.ca/accreditation/pala/DR12SCA02_lignes_dir_micr...
  5. CEAEQ (2015a). Recherche et dénombrement simultané des coliformes fécaux et d’Escherichia coli dans l’eau potable avec le milieu de culture MI; méthode par filtration sur membrane. Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec.
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  7. Craun, GF, PS Berger et RL Calderon (1997). Coliform bacteria and water borne disease outbreaks. Journal of the American Water Works Association, 89(3): 96-104.
  8. Edberg, SC, EW Rice, RJ Karlin et MJ Allen (2000), Escherichia coli: the best biological drinking water indicator for public health protection. Journal of Applied Microbiology, 88: 106S-116S.
  9. Gouvernement du Québec (2012). Règlement sur la qualité de l’eau potable. Repéré à http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cr/Q-2,%20r.%2040 
  10. LeChevallier, MW, NJ Welch et DB Smith (1996). Full-scale studies of factors related to coliform regrowth in drinking water. Appl. Environ. Microbiol, 62: 2201-2211.
  11. Locas, A, C Barthe, AB Margolin et P Payment (2008). Groundwater microbiological quality in Canadian drinking water municipal wells. Canadian Journal of Microbiology, 54: 472-478.
  12. MDDELCC (2015). Guide de conception des installations de production d’eau potable. Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. Repéré à http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/potable/guide/documents/volume1.pdf
  13. MDDELCC (2017). Que faire en cas de résultat de coliformes totaux ou de Escherichia coli non conforme?. Repéré à http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/potable/coliforme.htm
  14. Payment, P et A Locas (2011). Pathogens in water: value and limits of correlation with microbial indicators. Ground Water, 49: 4-11.
  15. Payment, P, J Siemiatycki, L Richardson, G Renaud, E Franco et M Prévost (1997). A prospective epidemiological study of gastrointestinal health effects due to the consumption of drinking water. International Journal of Environmental Health Research, 7: 5-31.
  16. Robertson, W (1995). Utilités et limites des indicateurs microbiologiques de la qualité de l’eau potable. Dans Air intérieur et Eau potable, Pierre Lajoie et Patrick Levallois (dir.), Presses de l’Université Laval (p. 179-193).
  17. Santé Canada (2012). Recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada; document technique, les coliformes totaux. Repéré à http://www.hc-sc.gc.ca/ewh-semt/alt_formats/hecs-sesc/pdf/pubs/water-eau...
  18. U.S. EPA (2002). Part 141. National primary drinking water regulations. United Stated Environmental Protection Agency. Repéré à http://www.nmenv.state.nm.us/dwb/Documents/DW-REGS/40%20CFR%20141%20(7-02%20edition).pdf
  19. WHO (2011). Guidelines for drinking-water quality, Third edition incorporating the first and second addenda, volume 1, Recommendations. Repéré à http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/204411/1/9789241547611_eng.pdf?...

Fiche rédigée par Pierre Chevalier, Ph. D., en collaboration avec les membres du Groupe scientifique sur l’eau de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), des directions de santé publique du Québec (DSP) et du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC).

Citation suggérée : Groupe scientifique sur l'eau (2017). Coliformes totaux. Dans Fiches synthèses sur l'eau potable et la santé humaine. Institut national de santé publique du Québec.

Mise à jour : octobre 2017

 

Dernière modification: 

16 octobre 2017