Conséquences sanitaires

Dans le contexte où le cannabis est devenu une substance légale, il apparaît essentiel de suivre l’évolution de sa consommation, mais également les conséquences sanitaires telles que les hospitalisations qui y sont associées. Cette section vise à évaluer l’ampleur des hospitalisations liées à l'usage du cannabis dans la population québécoise.

Note méthodologique

Source : Les renseignements médico-hospitaliers utilisés proviennent des fichiers du système d’information sur la clientèle des hôpitaux du Québec (MED-ÉCHO) du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Période : Les données utilisées couvrent l’année 2017. Ces données ont été regroupées en fonction de la date d’admission du patient et sont présentées selon l’année civile.

Identification de cas : Les données utilisées concernent les admissions pour des soins physiques ou psychiatriques de courte durée survenues dans les centres hospitaliers dont la vocation première est les soins généraux et spécialisés ou la psychiatrie. Les hospitalisations en chirurgie d’un jour, les soins de longue durée en unité de courte durée et les hospitalisations de type hôpital à domicile ont été exclues.

Les hospitalisations liées à l'usage du cannabis sont définies comme des hospitalisations dont l’un des diagnostics est lié à l’usage du cannabis : Intoxication, abus et dépendance, troubles mentaux ou du comportement (tableau 1).

Tableau 1: Liste des codes diagnostics liés à l'usage du cannabis retenus selon la dixième version de la Classification internationale des maladies utilisée.

Code

Description

Intoxication

F12.0

Intoxication aiguë

T40.7

Intoxication (empoisonnement)

Abus et dépendance

F12.1

Utilisation de dérivés du cannabis nocive pour la santé

F12.2

Syndrome de dépendance

Troubles mentaux ou du comportement induits par l’usage du cannabis

F12.3 et F12.4

Syndrome de sevrage

F12.5 et F12.7

Troubles psychotiques

F12.6, F12.8 et F12.9

Autres troubles mentaux ou du comportement

* Depuis le 1er avril 2006, les diagnostics enregistrés au système MED-ÉCHO sont codifiés à l’aide de la version canadienne de la dixième révision de la Classification internationale des maladies (CIM-10-CA).

Deux définitions de cas ont été utilisées pour réaliser nos analyses, soit :

Cas restreint : hospitalisation dont le diagnostic principal est lié à l’usage de cannabis

Cas étendu : hospitalisation dont le diagnostic principal ou l’un des 25 diagnostics secondaires est lié à l’usage de cannabis :

Des analyses statistiques descriptives ont été réalisées afin de mesurer l’ampleur des hospitalisations liées à l'usage du cannabis au Québec en 2017. Des nombres, des proportions et des taux annuels d’hospitalisations exprimés par 100 000 personnes-années ont été calculés. Ces taux traduisent le nombre de cas survenus au cours de l’année 2017, rapportés sur la population québécoise correspondante pour cette période. Des taux spécifiques, c’est-à-dire par groupe d’âge de la population, sexe et région ont également été calculés.

Nos résultats suggèrent que les problèmes liés à l'usage de cannabis constituent rarement l’affection la plus importante vécue par une personne au cours de son hospitalisation et donc est rarement un diagnostic principal. Dans la plupart des cas, la personne éprouve un autre problème de santé ayant nécessité une plus grande part des ressources médicales durant son séjour hospitalier. Parmi ces personnes, plusieurs présentent des troubles mentaux importants, tels que la psychose, la schizophrénie et des troubles de l’humeur.

On constate que la problématique des hospitalisations liées au cannabis est étroitement liée à la problématique de santé mentale. Nos travaux ont permis de démontrer que dans 80 % des cas de diagnostic secondaire liés à l’usage de cannabis, le diagnostic principal référait à une problématique de santé mentale. Il n’est cependant pas possible, avec les données actuelles, de déterminer si, entre autres, le cannabis a précipité l’apparition d’un problème ou bien s’il a exacerbé un problème déjà présent.

Hospitalisations liées à l’usage de cannabis en 2017

Nombre et taux provinciaux

Selon la définition de cas restreint, 700 hospitalisations ont été enregistrées au système MED-ÉCHO (tableau 2). Le taux ajusté en fonction de l’âge atteint globalement 8,8 hospitalisations par 100 000 personnes. Cependant, si l’on considère la définition de cas étendu, le nombre d’hospitalisations atteint 8523. Le taux ajusté passe donc à 106,3 hospitalisations par 100 000 personnes en 2017.

Selon la définition de cas restreint, les troubles mentaux ou du comportement représentent le principal diagnostic lié à l’usage de cannabis enregistrés (70 % des cas; n=491). L’abus ou la dépendance au cannabis sont, quant à eux, responsables d’environ 20 % des cas (n=149) et les intoxications représentent 9 % des cas (n=60).

Selon la définition de cas étendu, l’abus et la dépendance au cannabis est le diagnostic le plus souvent enregistré (55 % des cas; n=4 661). Les troubles mentaux ou du comportement sont, quant à eux, impliqués dans 45 % des cas (n=3 840) et les intoxications dans un peu moins de 5 % des cas (n=361).

Tableau 2: Hospitalisations liées à l’usage du cannabis selon le diagnostic, 2017, Québec.

 

Diagnostic principal

Diagnostic principal et secondaire

Code diagnostique

Nb. (%)

Taux / 100 000

IC 95%

Nb. (%)

Taux / 100 000

IC 95%

Intoxication

60 (8,6)

0,7

(0,6-0,9)

361 (4,2)

4,5

(4,0-5,0)

Abus et dépendance

149 (21,3)

1,9

(1,6-2,2)

4 661 (54,7)

58,3

(56,7-60,0)

Troubles mentaux ou du comportement

491 (70,1)

6,2

(5,7-6,8)

3 840 (45,1)

47,8

(46,3-49,3)

Total

700

8,8

(8,2-9,5)

8 523*

106,3

(104,1-108,6)

* Lorsqu’on additionne les trois catégories de code diagnostique, le nombre total d’hospitalisations s’élève à plus de 8 523 puisque, pour un même cas, deux codes différents peuvent avoir été enregistrés.

Nombre et taux spécifiques selon le groupe d’âge, le sexe et la région 

Selon la définition de cas restreint, les hommes représentent 75 % des cas hospitalisés (n=528) (figure 1). Chez les hommes, le taux ajusté en fonction de l’âge est 3 fois plus élevé que le taux observé chez les femmes (13,1 hospitalisations par 100 000 chez les hommes contre 4,4 par 100 000 chez les femmes).

 

Notes méthodologiques

† Taux ajustés selon la structure par âge, sexes réunis, de la population du Québec en 2011.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

Si l’on s’attarde aux groupes d’âge, il est possible de constater que les adolescents et les jeunes adultes représentent les groupes où l’on retrouve les taux d’hospitalisations les plus élevés parmi la population (19,9 hospitalisations par 100 000 chez les 15 à 17 ans et 35,0 par 100 000 chez les 18 à 24 ans), ce qui est cohérent avec le fait que ce sont les plus grands consommateurs. Par ailleurs, malgré le fait que ces deux groupes constituaient seulement 12 % de la population québécoise en 2017, ils représentaient 41 % de toutes les hospitalisations liées au cannabis enregistrées en diagnostic principal observées au Québec (289 hospitalisations).

 

Notes méthodologiques

 

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

Selon la définition de cas étendu, les hommes constituent un peu plus de 70 % des cas (n=5 988). Le taux de 147,1 hospitalisations par 100 000 est toujours plus élevé que celui observé chez les femmes (64,6 hospitalisations par 100 000). Avec respectivement 290,3 et 250,7 hospitalisations par 100 000 personnes, les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans et de 25 à 29 ans représentent les groupes avec les taux d’hospitalisations les plus élevés parmi la population. Bien qu’ils constituent 15 % de la population, ces individus représentaient 40 % de l’ensemble des hospitalisations enregistrées en diagnostic principal ou secondaire observées en 2017 (3 400 hospitalisations).

Peu importe la définition de cas utilisée, il est également possible de constater plusieurs variations selon les régions sociosanitaires du Québec. Selon la définition restreinte, la région de la Côte-Nord présente un taux significativement plus élevé que le taux observé pour le reste Québec (tableau 3). À l’inverse, la région de Montréal affiche un taux significativement plus bas. Pour la définition étendue, seules 6 régions affichent des taux comparables à celui observé pour l’ensemble du Québec. Pour toutes les autres régions, des différences significatives sont observées.

 

Notes méthodologiques

† Taux ajustés selon la structure par âge, sexes réunis, de la population du Québec en 2011.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

Outil cartographique

Utilisez cet outil pour obtenir les taux d'hospitalisations selon le type de diagnostic et la période.

 

Notes méthodologiques

* En raison des faibles effectifs et des coefficients de variation trop importants, les hospitalisations concernant les 0 à 9 ans et les 65 ans et plus ne sont pas présentées, tout comme celles des régions du Nord-du-Québec, du Nunavik et des Terres-Cries-de-la-Baie-James.

†† Coefficient de variation supérieur à 25 % : estimation imprécise fournie à titre indicatif seulement.

† Coefficient de variation supérieur à 15 % et inférieur ou égal à 25 %. La valeur de la proportion doit donc être interprétée avec prudence.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques