Amiante

Depuis 2003, l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a produit une quinzaine de publications décrivant l'exposition à l'amiante et les maladies qui y sont reliées dans la population générale et parmi les travailleurs du Québec. L'état des connaissances à ce jour permet de conclure que l'amiante chrysotile est un cancérigène pour l'humain et de ce fait toutes les mesures de prévention et de protection de la santé des travailleurs et de la population doivent être appliquées. Cependant, l'expérience du Québec démontre qu'il existe d'importantes difficultés à appliquer les mesures d'utilisation sécuritaire préconisées.

Le chrysotile : un cancérigène prouvé chez l'humain

Plusieurs instances, par exemple le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'Occupational Safety and Health Administration (OSHA) et le National Toxicolgy Program (NTP), s'entendent sur le fait que tous les types d'amiante causent plusieurs types de cancer (cancer pulmonaire, mésothéliome de la plèvre et mésothéliome du péritoine) (INSPQ, 222). En 2009, le CIRC a ajouté à cette liste les cancers du larynx et des ovaires, tout en maintenant les liens établis pour les autres maladies depuis 1978 (1). Nous sommes donc face à une substance qui, en plus de causer des maladies chroniques des poumons, telle l'amiantose, provoque aussi des cancers.


À propos de l'utilisation sécuritaire de l'amiante au Québec

La norme d'exposition à l'amiante chrysotile (1 fibre/ml) actuellement en vigueur au Québec (2) est 100 fois plus élevée que celle qui prévaut aux Pays-Bas et en Suisse (3) et elle est dix fois supérieure aux normes de beaucoup de pays occidentaux et d'autres provinces canadiennes (4). De plus, dans l'état actuel des connaissances, il n'existe pas de seuil protégeant du cancer les personnes exposées à l'amiante chrysotile (5). Les études menées au Québec dans les usines de produits en amiante et dans la construction montrent que les lois et réglementations actuellement en vigueur ne sont pas toujours appliqués, conduisant ainsi au constat que l'amiante n'est pas utilisé de façon sécuritaire dans ces secteurs.

À ce sujet, à Montréal, à la fin des années 1990, on recensait 23 usines qui manufacturaient des produits en amiante ou qui en utilisaient dans le procédé. Sept (30 %) d'entre elles présentaient des situations problématiques en référence à des dépassements de la norme, malgré les connaissances sur les dangers pour la santé, la réglementation en vigueur et l'intervention d'équipes de santé publique dans ces milieux (INSPQ, 393). Dix ans plus tard, en 2008-2009, on n'identifiait plus que neuf usines de cette nature à la grandeur du Québec. Dans toutes ces entreprises, on ne travaillait pas de façon jugée sécuritaire. De plus, dans une de ces neuf usines on observait des dépassements importants de la norme, malgré le recours aux procédés de travail prescrits dans la réglementation (INSPQ, 1213).

Le second constat d'importance touche le secteur de la construction. Au Québec, les matériaux contenant de l'amiante ont abondamment été utilisés dans les édifices construits avant les années 1980 (5). On n'a cependant pas gardé trace des endroits où l'on a installé ces matériaux dans le passé. Par conséquent, de nos jours, les travailleurs qui réparent de vieux édifices ne se protègent pas contre cette substance puisqu'ils en ignorent la présence dans leur milieu de travail. De plus, dans le cas où les employeurs et les travailleurs savent qu'il y a de l'amiante, il est difficile de faire appliquer la règlementation existante, car les mesures de protection sont contraignantes. Ainsi, malgré l'adoption, en 1998, d'un programme d'intervention conjointe de la part de la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec (CSST) et de la santé publique dans le secteur de la construction, les avis de dérogation émis par les inspecteurs de la CSST sur ces chantiers ne baissent pas avec les années qui passent, contrairement à ce qui devrait être observé (INSPQ, 1213). Par conséquent, compte tenu d'une part que les résultats des mesures de l'exposition effectuées dans les chantiers de construction du Québec montrent des dépassements de la norme pour l'amiante chrysotile dans 43 % des cas (INSPQ, 1213) et d'autre part que la réglementation n'est pas toujours appliquée, il s'ensuit que les travailleurs demeurent encore à risque de développer des maladies reliées à l'amiante. Ces quelques éléments nous amènent à conclure qu'au Québec, comme d'ailleurs dans les autres pays occidentaux, l'utilisation sécuritaire de l'amiante dans le secteur de la construction semble impossible à réaliser (INSPQ, 393).


Le chrysotile et les maladies de l'amiante

Parmi les 10 918 travailleurs des mines et moulins d'amiante du Québec ainsi que ceux d'une usine de produits en amiante dont la mortalité a été étudiée jusqu'en 1992, on a dénombré 38 décès par mésothéliome. Quelques années plus tard, soit entre 1988 et 2003, 59 mésothéliomes de la plèvre ont été reconnus comme des maladies professionnelles pulmonaires chez les travailleurs des mines et moulins d'amiante du Québec. Quarante-trois d'entre eux étaient décédés entre 1993 et 2003 et ils étaient nés après ceux qui étaient inclus dans la cohorte de 10 918 travailleurs, doublant ainsi le nombre de mésothéliomes rapportés dans ce secteur. De plus, entre 1988 et 2003, 198 amiantoses et 203 cancers du poumon s'ajoutent aux mésothéliomes déjà décrits (INSPQ, 1213). Il est donc difficile d'écarter le fait que l'amiante chrysotile du Québec, cause des amiantoses, des cancers du poumon et des mésothéliomes de la plèvre.

Malgré l'importance des décès dénombrés dans le secteur des mines, ce sont les travailleurs de la construction et de l'entretien qui génèrent présentement le plus de cas à la CSST pour l'une ou l'autre des maladies reliées à l'amiante (49,5 % des cas ou 646 amiantoses, cancers du poumon et mésothéliomes) (INSPQ, 1213). Certaines sources suggèrent que ce serait l'installation d'amiante de la famille des amphiboles qui expliquerait cette « flambée » de maladies dans la construction et l'entretien. Or selon deux études réalisées pour l'INSPQ, entre 75 % et 95 % des échantillons de matériau prélevés sur des chantiers de construction ne contenaient que du chrysotile (INSPQ, 1213 et INSPQ, 986). Il devient alors difficile de départager le rôle d'un type de fibre d'amiante par rapport à l'autre dans le développement des maladies reliées à l'amiante et encore plus de nier d'emblée le rôle du chrysotile en alléguant qu'il n'était pas utilisé dans les édifices dans le passé.

Références

  1. Straif K, Benbrahim-Tallaa L, Baan R, Grosse Y, Secretan B, El Ghissassi F et al. A review of human carcinogens-part C: metals, arsenic, dusts, and fibres. Lancet Oncol 2009; 10(5): 453-4.
  2. Gouvernement du Québec. Règlement sur la santé et la sécurité au travail. L.R.Q., c. S-2.1, r. 19.01. 2009.
  3. www.dguv.de/ifa/en/gestis/limit_values/index.jsp (consulté le 10 octobre 2012)
  4. www.carexcanada.ca/en/asbestos (consulté le 10 octobre 2012)
  5. World Health Organization. Chrysotile Asbestos. Environmental Health Criteria 203; Geneva; 1998.