Maltraitance envers les personnes aînées

À l’instar de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le gouvernement du Québec définit la maltraitance envers les personnes aînées comme suit : « Il y a maltraitance quand un geste singulier ou répétitif, ou une absence d’action appropriée, se produit dans une relation où il devrait y avoir de la confiance, et que cela cause du tort ou de la détresse chez une personne aînée ». La maltraitance envers les personnes aînées comprend à la fois la maltraitance physique, psychologique, sexuelle, matérielle ou financière et organisationnelle, ainsi que l’âgisme et la violation des droits. La maltraitance peut se traduire par des comportements violents ou négligents et peut survenir dans divers contextes où il existe une relation de confiance, notamment au sein d’un couple, de la famille, de l’entourage, d’une relation d’aide ou d’affaire1

Bien qu’il n’y ait pas de données populationnelles récentes sur la maltraitance envers les personnes aînées, on estime qu’au Canada entre 4 et 7 % des aînés vivant à domicile pourraient vivre de la maltraitance 1. Des enjeux liés au vieillissement, tels que l’augmentation des maladies chroniques, les troubles cognitifs, les incapacités fonctionnelles et l’isolement social, pourraient accentuer chez certains aînés les conséquences de la maltraitance sur leur santé physique et mentale et entraîner une mortalité accrue 2.

Quels sont les facteurs associés?

Les facteurs qui prédisposent un aîné à subir de la maltraitance ou ceux qui poussent une personne à maltraiter un aîné avec lequel il a développé une relation de confiance sont encore peu connus et plusieurs d’entre eux doivent être davantage documentés. On sait cependant qu’il existe une interaction complexe entre ces facteurs et qu’ils concernent à la fois l’aîné, l’auteur de maltraitance, la relation qu’ils entretiennent et la communauté et la société. 

Par ailleurs, il apparaît de plus en plus que certains facteurs sont spécifiques à une forme de maltraitance ou à une catégorie d’auteurs. Par exemple, le fait de vivre seul est associé à l’exploitation financière alors que la cohabitation avec d’autres membres de la famille augmente le risque de négligence et d’autres formes de maltraitance3.

Facteurs associés au risque d’être victime de maltraitance4

Facteurs individuels

  • Grand âge (plus de 74 ans)
  • Sexe (féminin)
  • Avoir une mauvaise santé physique
  • Avoir des problèmes de santé mentale (dépression)
  • Être dans une situation de dépendance financière
  • Avoir des troubles cognitifs
  • Être aux prises avec une incapacité liée à un problème de santé physique

Facteurs relationnels

  • Relation de dépendance entre la victime et l’auteur de la maltraitance
  • Conditions liées à la cohabitation
  • Statut matrimonial

Facteurs communautaires

  • Isolement social

Facteurs sociétaux

  • Stéréotypes à propos des personnes âgées (âgisme)
  • Normes sociales approuvant la violence

Facteurs associés au risque de commettre de la maltraitance 5

Facteurs individuels

  • Problème de santé mentale
  • Consommation abusive d’alcool ou de drogue
  • Dépendance financière, émotionnelle ou relationnelle envers la personne maltraitée

Qui sont les victimes?

La maltraitance peut affecter l’ensemble des personnes aînées. Cependant, selon le sexe de la victime, on remarque des différences dans la relation entre l’auteur présumé et la personne maltraitée.

Au Québec, en 2016, 2 721 infractions contre la personne commises à l’endroit d’une personne aînée ont été déclarées à la police. De ce nombre, 57,1 % ont été commises envers des hommes. Ces derniers ont été le plus souvent victimes d’une simple connaissance (37,2 %), d’un étranger (19,1 %) ou d’un membre de la famille (18,7 %). Les femmes sont quant à elles plus souvent victimes d’un membre de la famille (31,5 %), d’une connaissance (24,8 %) ou d’un conjoint ou d’un ex-conjoint (16,5 %). Les infractions commises envers des personnes aînées dans un contexte conjugal sont moins fréquentes (près de trois fois moins) chez les hommes (5,9 %). Les deux tiers des infractions commises envers des aînés ont été perpétrées dans une résidence d’habitation, par exemple dans une résidence privée, une résidence d’hébergement ou un immeuble à logements5.

Quelles sont les conséquences pour les victimes?

Les conséquences de la maltraitance envers les personnes aînées peuvent être particulièremet graves, notamment en raison de leur âge et de l’état d’isolement dans lequel elles peuvent vivre. À titre d’exemple, une blessure, même peu sévère, peut nécessiter une hospitalisation et provoquer des dommages graves, voir même permanents. Les personnes aînées victimes de maltraitance peuvent également développer des sentiments de peur et de l’anxiété, des symptômes dépressifs, des troubles du sommeil et des symptômes de stress post-traumatique. En matière d’exploitation financière, la perte d’une somme d’argent, aussi minime soit-elle, peut entraîner des conséquences lourdes pour une personne aînée ayant des revenus limités3.

L'âgisme

L’âgisme se définit comme un ensemble d’attitudes négatives ou hostiles contre une personne ou un groupe en raison de l’âge qui peuvent entraîner des gestes préjudiciables ainsi qu’une forme de marginalisation sociale. L’âgisme regroupe toutes les formes de discrimination ou de ségrégation fondées sur l’âge.

Quelles sont les mesures de prévention?

Bien que peu d’interventions visant à prévenir la maltraitance envers les personnes aînées aient été évaluées, la prévention s’organise autour de trois grands axes et cible les différents niveaux du modèle écologique.

Le premier axe consiste en la promotion d’attitudes positives au regard du vieillissement et la sensibilisation au phénomène de l’âgisme. Cette stratégie peut notamment prendre la forme de programmes scolaires intergénérationnels (niveau relationnel) ou de formation et de sensibilisation des professionnels qui gravitent autour des personnes aînées (niveau communautaire).

Le deuxième axe est la réduction des situations à risque tant chez l’aîné que chez son entourage. Il s’agit alors de mener des campagnes d’éducation destinées aux aînés visant à augmenter la reconnaissance de situations qui constituent de la maltraitance (niveau individuel) ou de mettre sur pied des programmes de formation pour le personnel prenant soin de personnes aînées (niveau sociétal).

La détection et le suivi précoce et adéquat des situations de maltraitance constituent le troisième axe de prévention et peuvent se traduire par exemple par du soutien légal, psychologique et social auprès des aînés subissant de la maltraitance (niveau individuel) ou la mise sur pied de programmes de détection et de recherche de cas (niveau communautaire)4.

Les politiques publiques et plans d’action

Depuis juin 2010, les efforts québécois se sont intensifiés à travers la réalisation du Plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2010-2015 qui a été reconduit jusqu'en 2017. Les efforts vont se poursuivre au cours des prochaines années avec le Plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2017-2022 qui vise notamment à favoriser la détection rapide des situations de maltraitance et leur divulgation afin d'aider les aînés à y mettre fin.

Pour en savoir plus

Références

  1. Ministère de la Famille - Secrétariat aux aînés (2017). Plan d'action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2017-2022. Québec : Gouvernement du Québec. https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/plan-action-maltraitance-2017-2022.pdf
  2. Lachs, M. S., Williams, C. J., O'Brien, S., Pillemer, K. A. et Charlson, M. E. (1998). The Mortality of Elder Mistreatment, Journal of American Medicine Association, 280(5), 428-432.
  3. Laforest, J., Maurice, P., Beaulieu, M. et Belzile, L. (2013). Recherche de cas de maltraitance envers des personnes aînées par des professionnels de la santé et des services sociaux en première ligne. Direction du développement des individus et des communautés, Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1687_RechCasMaltraitPersAineesProfSSSPremiLigne.pdf
  4. World Health Organization (2015). World report on ageing and health. Geneva: World Health Organization. http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/186463/1/9789240694811_eng.pdf?ua=1
  5. Ministère de la Sécurité publique (2018). Nombre et répartition des personnes aînées victimes d’infractions contre la personne selon le sexe et la nature de la relation avec l’auteur présumé, Québec, 2016. Demande spéciale.