Violence conjugale dans un contexte de pandémie

Une enquête menée par Statistique Canada démontre qu’une femme sur 10 (9,9 %) et un homme sur 20 (6 %) a déclaré ressentir beaucoup ou énormément d'inquiétude à propos de la violence familiale qui pourrait être vécue pendant la crise1.

À l’heure actuelle, les effets de la pandémie au coronavirus et à la COVID-19 sur la violence subie par les femmes et les enfants demeurent peu connus. Des organismes internationaux préoccupés par la prévention de la violence, dont les Nations Unies, estiment cependant qu’elle pourrait avoir des conséquences importantes2. D’ailleurs, des données tendent à indiquer une augmentation des cas de violence conjugale et une hausse de la demande d’aide associée2. Certains experts évoquent aussi les impacts du confinement sur les inégalités entre les hommes et les femmes2,3, facteur reconnu comme associé à la violence faite aux femmes4–7.

L’influence du confinement et des mesures d’urgence exceptionnelles mises en place pour contrer l’épidémie peuvent se manifester de différentes façons comme :

  • exacerber un contexte de violence conjugale existant,
  • augmenter l’exposition des enfants et des adolescents à cette violence,   notamment par le retrait de milieux soutenants, tels que les services de garde, l’école, etc.
  • rendre plus difficile une séparation pour les femmes victimes, 
  • et possiblement, accroître le risque de violence au sein d’un couple en raison de l’amplification de certains facteurs associés à la violence conjugale (ex. : consommation d’alcool et de drogues, précarisation de la situation économique, problèmes de santé mentale) et de l’affaiblissement du réseau social8.

Bien que des données précises sur la pandémie liée au coronavirus et à la COVID-19 soient encore limitées2, des études réalisées en contexte de crise ou d’urgence humanitaire pointent vers une augmentation de la violence conjugale pendant et après des situations extrêmes9-11. L’augmentation de la violence conjugale serait attribuable en partie à l’isolement social, aux conséquences économiques de la crise et à la réduction du revenu qui fragiliserait la situation des femmes9,11.

Voici quelques exemples documentés dans des études :

  • Une étude réalisée aux États-Unis après l’ouragan Katrina a démontré une prévalence élevée de la violence conjugale chez les femmes, soit 25 % des femmes9.
  • En Australie, une étude s’intéressant aux effets des feux de forêt sur les communautés touchées a démontré qu’une  diminution du revenu augmentait de 4,68 le risque de violence conjugale chez les femmes provenant de ces communautés11.

La violence conjugale pourrait aussi toucher les femmes enceintes ou qui accouchent pendant cette période. C’est ce que des données compilées au Japon, après le tremblement de terre de 2011, indiquent10. La violence conjugale étant bien présente au Québec et les enfants y étant exposés, notamment durant la période périnatale, celle-ci demeure une préoccupation pour la sécurité, la santé et le bien-être de la population12-16.

Dans le contexte de pandémie, les Nations Unies réitèrent l’importance de maintenir les ressources d’aide et les services destinés aux personnes victimes de violence, tout en renforçant un message sociétal de non-tolérance à la violence, notamment par les services policiers et le système de justice2. La compilation de données sur la violence subie devrait également être faite afin d’obtenir une compréhension fine du problème et d’éclairer la planification des services destinés aux victimes et aux auteurs de violence2.

 
 

Références

  1. Statistique Canada (8 avril 2020). Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes 1 : Répercussions de la COVID-19, [en ligne], <https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/200408/dq200408c-fra.htm> (consulté le 9 avril 2020).
  2. UN Women (2020). COVID-19 and Ending Violence Against Women and Girls, [en ligne], UN Women, <https://www.unwomen.org/en/digital-library/publications/2020/04/issue-br... (consulté le 9 avril 2020).
  3. Wenham, C., J. Smith et R. Morgan (14 mars 2020). « COVID-19: the gendered impacts of the outbreak », The Lancet, vol. 395, n° 10227, p. 846‑848.
  4. Krug, E. G., L. L. Dahlberg, J. A. Mercy, A. B. Klomek et R. Lozano (2002). Rapport mondial sur la violence et la santé, Genève, Organisation mondiale de la santé.
  5. Organisation mondiale de la santé (2014). Rapport de situation 2014 sur la prévention de la violence dans le monde, Genève, Suisse, Organisation mondiale de la santé.
  6. Heise, L. L. (2011). What works to prevent partner violence? An evidence overview, STRIVE.
  7. Heise, L. L., et A. Kotsadam (juin 2015). « Cross-national and multilevel correlates of partner violence: an analysis of data from population-based surveys », The Lancet Global Health, vol. 3, n° 6, p. e332‑e340.
  8. Rubenstein, B. L., L. Z. N. Lu, M. MacFarlane et L. Stark (janvier 2020). « Predictors of Interpersonal Violence in the Household in Humanitarian Settings: A Systematic Review », Trauma, Violence & Abuse, vol. 21, n° 1, p. 31‑44.
  9. Bell, S. A., et L. A. Folkerth (décembre 2016). « Women’s Mental Health and Intimate Partner Violence Following Natural Disaster: A Scoping Review », Prehospital and Disaster Medicine, vol. 31, n° 6, p. 648‑657.
  10. Tanoue, K., H. Nishigori, Z. Watanabe, K. Tanaka, K. Sakurai, S. Mizuno, M. Ishikuro, T. Obara, M. Tachibana, T. Hoshiai, M. Saito, J. Sugawara, N. Tatsuta, I. Fujiwara, S. Kuriyama, T. Arima, K. Nakai, N. Yaegashi et H. Metoki (16 octobre 2019). « Interannual Changes in the Prevalence of Intimate Partner Violence Against Pregnant Women in Miyagi Prefecture After the Great East Japan Earthquake: The Japan Environment and Children’s Study », Journal of Interpersonal Violence, p. 886260519881517.
  11. Molyneaux, R., L. Gibbs, R. A. Bryant, C. Humphreys, K. Hegarty, C. Kellett, H. C. Gallagher, K. Block, L. Harms, J. F. Richardson, N. Alkemade et D. Forbes (4 décembre 2019). « Interpersonal violence and mental health outcomes following disaster », BJPsych open, vol. 6, n° 1, p. e1.
  12. Ministère de la Sécurité publique (2017). Statistiques 2015 sur les infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal au Québec, Québec, Ministère de la Sécurité publique.
  13. Burczycka, M. (2016). « Tendances en matière de violence conjugale autodéclarée au Canada, 2014 », dans La violence familiale au Canada : un profil statistique, Ottawa, p. 3‑21.
  14. Clément, M.-È., D. Julien, S. Lévesque et J. Flores (2019). La violence familiale dans la vie des enfants du Québec, 2018 : Les attitudes parentales et les pratiques familiales. Résultats de la 4e édition de l’enquête, Québec, Institut de la statistique du Québec.
  15. Laforest, J., et D. Gagné (2018). « La violence conjugale », dans J. Laforest, P. Maurice et L. M. Bouchard (dir.), Rapport québécois sur la violence et la santé, Montréal, Institut national de santé publique du Québec.
  16. Lessard, G. (2018). « Enfants exposés à la violence conjugale », dans J. Laforest, P. Maurice et L. M. Bouchard (dir.), Rapport québécois sur la violence et la santé, Montréal, Institut national de santé publique du Québec, p. 136‑139.

Dernière mise à jour : 

11 avril 2020