Traitement médiatique et violence conjugale

La violence conjugale est un enjeu de société complexe. La médiatisation d’un cas peut contribuer à mieux informer le public sur l’ampleur et les multiples dimensions de cette problématique. Cela peut aussi avoir des implications sur les croyances, les perceptions et les réponses de la population à l’égard des comportements violents dans les relations intimes. En favorisant la non-tolérance à l’égard de la violence conjugale, il devient plus facile pour les personnes victimes, les auteurs de violence et leurs proches de reconnaître les dynamiques de cette violence et ses diverses formes.  

Les médias jouent un rôle primordial dans la sensibilisation du public à la violence conjugale. L’information transmise constitue un facteur clé dans la détection précoce de ces cas de violence. Un recours aux personnes expertes dans le domaine ou aux statistiques peut permettre de cadrer la violence conjugale comme un problème social plus large que l’événement couvert par les médias.

Un traitement médiatique adéquat de la violence conjugale vise, ultimement, à mettre en lumière la complexité de ce problème, à éviter de porter préjudice aux personnes victimes et à leurs proches et à encourager la recherche d’aide. 

Cette page s’adresse au personnel des médias d’information amené à couvrir ces événements et à toutes personnes ayant à intervenir dans l’espace public à ce sujet. 

Phénomène complexe et multifactoriel 

Il est important de ne pas présenter un cas de violence conjugale comme relevant d’un unique facteur ni de le circonscrire à un incident isolé ou soudain, voire inexplicable. Il ne doit pas être identifié comme résultant d’un seul évènement, tel une séparation récente ou un conflit.

Souvent, les cas médiatisés de violence conjugale représentent les événements les plus graves, comme un homicide. Pourtant, les comportements antérieurs posés par l’auteur s’inscrivent la plupart du temps dans une dynamique de contrôle coercitif et de violence conjugale qui dure depuis un certain temps. Comme il s’agit d’un phénomène cyclique pouvant s’étaler sur plusieurs années, l’événement couvert est à contextualiser dans une potentielle escalade de violence afin de ne pas banaliser les gestes commis par l’auteur en amont.

Importance d’une information juste 

L’utilisation de termes neutres et sans équivoque ainsi qu’une information objective et sans préjugés permet de mieux rendre compte des faits, mais facilite surtout la déconstruction des mythes, préjugés et stéréotypes entourant la violence conjugale. 

Les informations entourant la personne victime peuvent ainsi involontairement la blâmer, notamment lorsqu’il est souligné qu’elle avait, dans le passé, été en contact avec les policiers ou qu’elle avait retiré une plainte préalablement déposée contre l’auteur de la violence. Quant aux passages portant sur celui-ci, certains éléments d’information sont à éviter, car ils pourraient le déculpabiliser, comme mentionner que le geste posé découle d’une consommation d’alcool.

Éléments à considérer pour une couverture adéquate 

Informer et rendre compte de la complexité du phénomène

La couverture médiatique d’un cas de violence conjugale est un moment opportun pour souligner, par exemple, que la violence exercée par un partenaire ou ex-partenaire intime est l’expression d’une relation de domination et de contrôle.

L’inclusion d’information pouvant refléter les manifestations multiples de la violence conjugale peut contribuer à ce que les personnes victimes et les partenaires ayant des comportements violents se reconnaissent. Elle peut aussi susciter la mobilisation des personnes témoins de ce type de violence.

Il faut éviter de véhiculer des propos qui présentent la violence conjugale comme étant inévitable, puisque des actions peuvent être posées par les personnes victimes et leurs proches pour la prévenir ou la faire cesser. 

Contextualiser les faits rapportés

Afin d’éviter de présenter l’événement rapporté comme un incident isolé, il est important, lorsque c'est possible, de mettre en lumière de manière concrète le phénomène cyclique de la violence conjugale l’ayant précédé.

Faire intervenir des personnes expertes sur le sujet pourrait éviter de présenter des propos qui, sans nuance et sans contexte, blâmeraient la personne victime.

Ancrer le cas couvert dans le contexte de violence conjugale au Québec permet aussi de souligner l’enjeu de société que représente ce phénomène.

Mettre de l’avant les conséquences de la violence conjugale pour les personnes touchées, ainsi que l’ensemble de la société (communautés affectées, coûts sociaux et de santé, impacts sur le marché du travail, etc.) est aussi à privilégier. Cela sensibilise le public aux conséquences directes de ce phénomène sur les personnes victimes et sur l’ensemble de la communauté.

Respecter la vie privée des personnes victimes

Selon le Guide de déontologie journalistique du Conseil de presse du Québec, les journalistes ont le devoir de respecter « le droit fondamental de toute personne à sa vie privée et à sa dignité ». Le traitement de l’information, diffusée dans une perspective d’intérêt public, doit ainsi faire preuve « de retenue et de respect à l’égard des personnes qui viennent de vivre un drame humain et de leurs proches ». Il peut aussi être utile de s’informer sur les lois et les paramètres juridiques applicables au cas couvert. 

Favoriser un vocabulaire neutre et sans équivoque

Le vocabulaire et les termes utilisés lors de la médiatisation d’un événement de violence conjugale peuvent stigmatiser ou blâmer les personnes victimes, mais aussi banaliser le phénomène et ses conséquences individuelles et sociétales. Nommer l’événement violent ou le crime médiatisé comme un acte de violence conjugale montre qu’il s’agit d’un enjeu d’intérêt public et non d’une affaire intrafamiliale privée ou d’un fait divers isolé.

Utiliser des termes justes et sans équivoque correspondant à la situation qui est décrite (ex. : parler d’homicide plutôt que de drame familial) décrira non seulement mieux l’événement, il permettra de souligner la gravité du phénomène de la violence conjugale.

Parler de « chicane », de « jalousie » ou de « perte de contrôle », par exemple, peut véhiculer des stéréotypes liés à la violence. Cela peut déculpabiliser l’auteur de la violence ou insinuer que la personne victime porte une responsabilité dans ce qui lui est arrivé. Il importe de se rappeler qu’une personne ayant des comportements violents envers sa ou son partenaire n’est pas nécessairement violente dans les autres sphères de sa vie.

Varier les points de vue

Même si les témoignages des proches et de l’entourage des personnes impliquées peuvent fournir des renseignements sur la présence de signes avant-coureurs, ils comportent certaines limites et peuvent véhiculer des mythes sur la violence conjugale et culpabiliser les personnes victimes. Lorsqu’il est choisi de faire intervenir ces derniers, leurs témoignages pourraient être mis en perspective en faisant appel à des personnes ayant une expertise en violence conjugale ou intervenant auprès des victimes afin de présenter la complexité du phénomène et son ampleur.

Relayer les ressources d’aide 

Afin d’offrir une information complète, il est essentiel de bien faire connaître les ressources d’aide auxquelles les personnes victimes et les auteurs de violence peuvent s’adresser. À titre d’exemple, une mention de la ligne SOS Violence conjugale, service d’écoute, d’orientation et de références pour les victimes, les proches et les témoins, devrait accompagner toute production médiatique liée à la violence conjugale.