Violence interpersonnelle chez les jeunes en contexte sportif

La violence interpersonnelle chez les jeunes en contexte sportif inclut la violence de la part d’un adulte en position d’autorité (parents, entraîneurs), la violence entre les sportifs (coéquipiers ou adversaires), ainsi que la violence de la part des spectateurs à leur égard1,2. Comme les formes de violence interpersonnelle en contexte sportif sont multiples, il paraît important de les traiter séparément afin de mieux illustrer l’ampleur du problème.

Violence de la part d’une personne en position d’autorité

La violence commise par une personne en position d’autorité peut prendre diverses formes, soit physique, émotionnelle ou sexuelle, et inclut la négligence. En contexte sportif, les adultes en position d’autorité peuvent être les entraîneurs, les parents, les administrateurs sportifs ou les membres de l’équipe de soutien (physiothérapeute, médecin, psychologue, massothérapeute, etc.). Au Québec, 0,8 % des jeunes athlètes de 14 à 17 ans ont subi des agressions sexuelles de la part d’un entraîneur au cours de leur vie3. De plus, 1,6 % des jeunes athlètes québécois ont dit avoir eu des contacts sexuels consentants avec un entraîneur au cours de l’année précédant l’étude, ce qui constitue une forme d’exploitation sexuelle aux yeux de la loi4. Dans cette situation caractérisée par une relation d’autorité entre un jeune et un adulte, le consentement ne peut pourtant pas être invoqué. La violence sexuelle commise par un entraîneur touche autant les filles que les garçons. Une étude menée au Royaume-Uni révèle que 6,8 % des athlètes interrogés ont vécu de la violence physique de la part de leur entraîneur et que 34,0 % ont vécu de la violence émotionnelle de la part de ce dernier5. À l’heure actuelle, nous ne disposons d’aucune donnée québécoise quant à la négligence et à la violence physique et psychologique exercée par une personne en position d’autorité en contexte sportif.

Le « hazing »

Le « hazing » réfère à toute activité potentiellement humiliante, dégradante, abusive ou dangereuse attendue de la part d’un sportif par un ou des coéquipiers plus expérimentés, qui ne contribue pas à son développement, mais qu’il doit réaliser pour se faire accepter en tant que membre de l’équipe par ses coéquipiers8.

Violence entre les sportifs

La violence entre les sportifs peut prendre diverses formes. En se basant sur la typologie de Beaumont et ses collaborateurs6, les sportifs peuvent être victimes d’agression physique (dont sexuelle) ou verbale directe, c’est-à-dire lorsqu’ils sont en présence de l’agresseur, par exemple lors du jeu, dans les vestiaires, lors des activités d’équipe, lors des compétitions ou lors d’initiations sportives. L’agression peut également survenir en l’absence de la victime et se manifester par des agressions indirectes électroniques (ex. : via les réseaux sociaux, sextos), sociales (ex. : rumeurs, atteinte à la réputation) ou matérielles (ex. : bris de l’équipement sportif personnel, vol des vêtements de compétition).

Au Québec, même si peu de données spécifiques au contexte sportif sont disponibles, une enquête menée par Gendron et ses collaborateurs auprès de joueurs et de joueuses de soccer âgés entre 12 et 17 ans a montré que 59 % d’entre eux ont été victime de violence physique lors du jeu et que 53 % ont été victime d’intimidation verbale dans ce même contexte7. Les rituels d’initiation dans le monde sportif comportent également leur lot de violence. En effet, dans ses formes les plus sévères, des athlètes peuvent subir dans ces circonstances de la violence physique, de la violence sexuelle ainsi que de la violence psychologique8. Le phénomène, appelé « hazing » , est bien présent dans le monde du sport. Une étude a démontré que 74 % des athlètes des équipes sportives de collèges américains ont vécu au moins une forme de « hazing » dans le cadre de leur passage au sein de l’institution9.

Violence des spectateurs

La violence des spectateurs envers les jeunes sportifs peut prendre la forme de déclarations offensantes, de dénigrement personnalisé et d’agressions verbales10. Ces comportements peuvent avoir pour objectifs d’intimider ou de distraire les joueurs de l’équipe adverse de manière à entraîner des difficultés de concentration. Certains facteurs comme la consommation d’alcool11 peuvent augmenter l’intensité du phénomène et rendre le contrôle de la foule difficile.

Facteurs associés à un plus grand risque de victimisation chez les jeunes 

Chaque forme de violence en contexte sportif a ses caractéristiques propres. Il est par conséquent difficile de dresser un portrait précis des facteurs associés à un plus grand risque de victimisation pour l’ensemble de la problématique de la violence interpersonnelle dans ce contexte. De plus, certaines de ces formes de violence sont très peu documentées et les facteurs qui peuvent y être associés sont peu connus. Malgré ces limites, certains facteurs généraux liés à la problématique peuvent cependant être mentionnés.

Facteurs individuels5,12

  • Sexe de la victime (tout type d’auteur de violence confondu) : les garçons sont plus à risque de violence psychologique et physique tandis que les filles sont plus à risque de violence sexuelle
  • Appartenance à une minorité (ethnie, handicap, orientation sexuelle, non-conformité de genre)
  • Sportifs qui évoluent dans des niveaux de compétition plus élevés
  • Vulnérabilités diverses (problèmes familiaux, troubles des conduites alimentaires, expériences précédentes de violence, etc.)

Facteurs relationnels13,14,15,16,17

  • Entraîneurs ayant un style d’encadrement autocratique et exerçant un contrôle important sur les athlètes 
  • Jeunes sportifs ayant des relations conflictuelles avec leurs parents
  • Abandon du contrôle parental au profit de celui de l’entraîneur
  • Sportifs qui ont un entraîneur masculin 
  • Attentes irréalistes ou très élevées de performance (de la part des parents, des entraîneurs, etc.)

  • Tolérance envers les comportements violents par les adultes en positon d’autorité

Facteurs contextuels ou organisationnels2,18,19,20

  • Voyages à l’extérieur sans supervision autre que celle de l’entraîneur
  • Sessions d’entraînement où le jeune sportif est seul avec l’entraîneur
  • Encadrement déficient des adultes en situation d’autorité

  • Faible contrôle lors de l’embauche du personnel

  • Absence de codes d’éthique clairs et connus

  • Règles permettant ou tolérant les contacts physiques sur le jeu

  • Faible contrôle des activités d’initiation

Facteurs sociétaux ou culturels2,15

  • Acceptation culturelle de la violence et de l’agression
  • Messages médiatiques cautionnant les pratiques abusives des entraîneurs et des athlètes
  • Valeurs fondées essentiellement sur la performance 

 

Quelles sont les conséquences pour les victimes?

On retrouve les mêmes conséquences que celles généralement observées chez les victimes d’autres types de violence, soit la dépression, les idées et comportements suicidaires21 et les blessures physiques. En outre, certaines conséquences sont spécifiques à la violence en contexte sportif, comme par exemple l’abandon du sport pratiqué ou même du sport de façon générale, la baisse des performances et un stress accru lié aux entraînements et aux compétitions22,23. Certaines blessures physiques peuvent également être occasionnées ou aggravées par les agressions physiques lors du jeu ou par la poursuite forcée de la pratique du sport malgré la présence de blessures24,25.

Quelles sont les mesures de prévention?

Les stratégies de prévention de la violence interpersonnelle en milieu sportif ciblent les différents niveaux du modèle écologique. Elles visent principalement à prévenir la victimisation et les comportements violents. Aux niveaux individuel et relationnel, il est important 1) de s’assurer que les intervenants sportifs utilisent des méthodes d’entraînement et d’encadrement qui respectent le développement sain et sécuritaire des jeunes, 2) de créer des conditions favorables au dévoilement de gestes de violence, 3) de créer un environnement de respect des coéquipiers et des adversaires, 4) de créer un environnement exempt de pressions excessives liées à la performance, et 5) de créer un climat relationnel basé sur une approche participative (ex. : impliquer davantage les jeunes sportifs dans les décisions qui les concernent, sonder leur opinion et en tenir compte). Aux niveaux communautaire et sociétal, il apparaît important 1) d’amener les organisations sportives, les décideurs publics et la communauté sportive et de protection de la jeunesse à s’intéresser au problème de la violence afin de mieux le comprendre, le prévenir et le gérer, et 2) de valoriser la non-violence dans le sport26. Certaines initiatives visant une ou l’autre de ces stratégies existent27,28,29,30, mais elles sont encore relativement peu nombreuses et peu sont évaluées31.

Les politiques publiques et plans d’action

La Loi sur la sécurité dans les sports a été créée pour veiller à ce que la sécurité et l’intégrité des personnes dans les sports soient assurées. De plus, certains plans d’action comme la Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexueles 2016-2021 incluent des objectifs spécifiques liés au sport. Les organisations sportives sont également considérées comme des instances liées par l’Entente multisectorielle relative aux enfants victimes d’abus sexuels, de mauvais traitements physiques ou d’une absence de soins menaçant leur santé physique. Cette entente vise à clarifier les rôles et responsabilités de différentes instances dans la protection et l’aide à fournir aux jeunes victimes de ces formes de violence. Le Plan d’action concerté pour prévenir et contrer l’intimidation 2015-2018 propose quant à lui différentes mesures valorisant l’esprit sportif et les valeurs positives du sport.

Pour en savoir plus

Références

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  2. Young, K. (2012). Sport, Violence and Society. New York: Routledge.

  3. Parent, S., Lavoie, F., Thibodeau, M.-È., Hébert, M. et Blais, M. (2015). Sexual violence experienced in the sport context by a representative sample of Quebec Adolescents. Journal of Interpersonal Violence.

  4. Gouvernement du Canada (2015). Code criminel canadien, R.S. c. C-46. [en ligne], http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-46/page-80.html#docCont

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  6. Beaumont, C., Leclerc, D. et Frenette, É. (2014). Portrait de la violence dans les établissements d’enseignement au Québec. Québec : Chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu éducatif.

  7. Gendron, M., Frenette, É., Debarbieux, É. et Bodin, D. (2011). Comportements d’intimidation et de violence dans le soccer amateur au Québec : La situation des joueurs et des joueuses de 12 à 17 ans inscrits dans un programme sport-études. International Journal of Violence and School, 12, 90-111.

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  9. Allan, E. J. et Madden, M. (2008). Hazing in View: College Students at Risk. Initial findings from the National Study of student hazing. [en ligne], http://www.stophazing.org/wp-content/uploads/2014/06/hazing_in_view_web1...

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