Victimes de violence conjugale

La violence conjugale, ou la violence commise par des partenaires intimes, peut être vécue par les personnes de tous les genres, les âges ou les milieux socioéconomiques. Elle peut survenir chez toute personne, peu importe son appartenance ethnique, culturelle ou religieuse. Cette forme de violence fait partie de la violence faite aux femmes qui découle de rapports inégalitaires entre les femmes et les hommes1

La violence peut survenir dès les premières relations amoureuses ou intimes, comme à l’adolescence. Elle peut aussi être vécue à l’âge adulte et affecter les enfants qui en sont témoins. 

Jeunes victimes de violence dans les relations amoureuses

La violence dans les relations amoureuses peut commencer dès l’adolescence. Elle touche autant les filles que les garçons, mais les filles sont plus nombreuses à en être victimes, surtout lorsqu’il s’agit de violence sexuelle. Elles sont également plus nombreuses à vivre plusieurs formes de violence à la fois (physique, psychologique et sexuelle) et à une plus grande fréquence2,3

Pour plusieurs jeunes, l’adolescence est une période durant laquelle seront vécues leurs premières expériences de relations amoureuses ou intimes. Les jeunes n’ont pas toujours de repères pour déterminer ce qui est acceptable ou non dans une relation. Par exemple, les comportements de jalousie ou de contrôle peuvent être perçus à tort comme des signes d’amour. Cela peut rendre plus difficile pour les jeunes de reconnaître la présence de violence dans leur relation et d’aller chercher de l’aide4

La violence dans les relations amoureuses à l’adolescence est associée à plusieurs conséquences sur la santé physique et mentale des jeunes. Elles incluent des sentiments de tristesse, une perception de soi plus négative, de la détresse psychologique, des symptômes de dépression, des comportements suicidaires, des troubles alimentaires, et des problèmes de consommation d’alcool et de drogues2. La violence vécue à l’adolescence augmente le risque d’en être victime à l’âge adulte.

Adultes victimes de violence conjugale

À l’âge adulte, les femmes sont les principales victimes de violence conjugale, bien que les hommes et les personnes de diverses identités de genre puissent aussi vivre de la violence dans leurs relations intimes. La violence conjugale est une forme de violence basée sur le genre ancrée dans les rapports inégaux entre les femmes et les hommes. Elle est souvent commise par un homme envers une femme, dans un contexte hétérosexuel, afin de la contrôler ou de la dominer5,6

Violence conjugale vécue par les femmes

Certains groupes de femmes sont plus souvent victimes de violence dans les relations intimes. C’est notamment le cas des jeunes femmes de 18 à 29 ans, des femmes autochtones, et des femmes ayant une incapacité5. D’autres groupes, comme les femmes aînées et les femmes immigrantes ou racisées, peuvent aussi avoir une vulnérabilité accrue à cette violence. Les personnes issues de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres présentent également des prévalences de victimisation plus élevées.

La violence dans les relations intimes se manifeste différemment chez les femmes et les hommes qui en sont victimes. Elle peut aussi les affecter d’une manière différente. Comparativement aux hommes, les femmes sont plus susceptibles5,6 de : 

  • subir des actes de manière répétée et subir plusieurs formes de violence;
  • subir des actes de nature plus sévère, comme des agressions sexuelles, des tentatives d’étranglement, des tentatives de meurtre et des homicides;
  • subir du contrôle (p. ex., contrôle coercitif, coercition reproductive et sexuelle) ou se sentir contrôlées ou piégées par leur partenaire;
  • ressentir de la peur ou de la crainte à l’égard de leur partenaire ou avoir l’impression d’être constamment sur leurs gardes;
  • voir leur santé mentale ou leur fonctionnement social affecté en raison de la violence subie (p. ex., symptômes de stress post-traumatique, anxiété, crainte pour leur vie).

Il arrive aussi que des actes de violence surviennent lors de conflits ponctuels, comme lorsqu’ils résultent d’une réponse inadaptée à la colère ou au stress. Cette violence situationnelle serait, quant à elle, commise de manière plus similaire par des hommes et par des femmes5, bien que les femmes restent les principales victimes de violence conjugale.

Violence conjugale vécue par les hommes

La violence conjugale subie par les hommes est moins fréquente que celle subie par les femmes, particulièrement dans ses formes plus sévères. En raison du nombre plus limité d’études menées sur la question, elle reste moins bien connue que celle vécue par les femmes. Elle est plus souvent banalisée par les hommes qui la vivent ou par la société en général. Cela dit, les conséquences de la violence chez les hommes victimes sont similaires à celles des femmes.

Les hommes victimes de violence conjugale sont aussi confrontés à des enjeux particuliers. Comparativement aux femmes, les hommes demandent moins souvent de l’aide à leur entourage (p. ex., membre de la famille, ami ou amie). Ils ont aussi moins souvent recours à des services de soutien formel pouvant leur venir en aide (p. ex., SOS violence conjugale, services juridiques, professionnelle ou professionnel de la santé ou des services sociaux)5,7

Cela peut s’expliquer par la minimisation de la violence pouvant être vécue par les hommes en contexte de relations intimes. Les normes liées à la masculinité peuvent également alimenter la crainte d’être ridiculisé, stigmatisé ou considéré comme des auteurs de la violence. De plus, lorsqu’ils dévoilent subir de la violence, les services d’aide ne sont pas toujours disponibles ou adaptés à leurs besoins7,8.

Enfants et jeunes exposés à la violence conjugale

Les enfants et les jeunes peuvent aussi être considérés comme victimes lorsqu’ils sont exposés à la violence conjugale. L’exposition à la violence conjugale peut référer au fait d’être directement ou indirectement témoin de la violence. Les enfants et les jeunes peuvent être témoins directs lorsqu’ils voient ou entendent des actes de violence conjugale, que ce soit au domicile ou dans tout autre lieu. Ils peuvent aussi être témoins indirects lorsqu’ils subissent ou constatent les conséquences de la violence, comme la détresse du parent, la peur ressentie par la fratrie ou la visite de la police au domicile9

Depuis 2023, l’exposition à la violence conjugale est un motif de compromission à part entière, en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) : 

c.1) exposition à la violence conjugale : lorsque l’enfant est exposé, directement ou indirectement, à de la violence entre ses parents ou entre l’un de ses parents et une personne avec qui il a une relation intime, incluant en contexte post-séparation, notamment lorsque l’enfant en est témoin ou lorsqu’il évolue dans un climat de peur ou de tension, et que cette exposition est de nature à lui causer un préjudice. (Loi sur la protection de la jeunesse, article 38 [al. 2, par. c.1])

Une proportion considérable d’enfants est exposée à la violence commise par des partenaires intimes, soit près d’un enfant sur cinq dans la dernière année, selon une enquête québécoise menée en 2024. Dans la plupart des cas, les enfants ont été exposés à une seule forme de violence, souvent à la violence psychologique qui peut, à elle seule, entraîner un climat de tension et de peur préjudiciable à l’enfant9

Selon le bilan annuel des directrices et directeurs de la protection de la jeunesse (DPJ), 13 % des signalements d’enfants reçus en 2023 l’étaient pour motif d’exposition à la violence conjugale10. Les enfants et les jeunes exposés à la violence conjugale sont aussi plus à risque de subir d’autres formes de mauvais traitements, dont la négligence, des sévices corporels et l’agression sexuelle11.

En plus de compromettre la sécurité des enfants et des jeunes, l’exposition à la violence conjugale peut entraîner de nombreuses conséquences néfastes sur leur santé et leur développement. C’est pourquoi ils sont considérés comme des victimes à part entière9,12

Les conséquences peuvent se manifester dès le plus jeune âge, en affectant, par exemple, le développement des fonctions cognitives, dont les répercussions à l’adolescence et à l’âge adulte pourront notamment se manifester par des difficultés d’adaptation ou des troubles de santé mentale. Sur le plan social, les enfants exposés sont aussi plus à risque de présenter des problèmes dans leurs relations intimes et familiales à l’adolescence et à l’âge adulte. Par exemple, ils tendent à avoir plus de difficultés à se faire des amies ou amis ou à avoir des relations intimes saines durant l’adolescence. Ils ont aussi tendance à adhérer davantage à la croyance selon laquelle le recours à la violence dans les relations intimes est acceptable13,14. Il est important de mentionner, toutefois, que certains éléments peuvent atténuer l’ampleur de ces conséquences, comme le fait de pouvoir établir une relation de confiance et un attachement fort avec un adulte soutenant ou bienveillant, notamment avec sa mère11.

Références

  1. Gouvernement du Québec (2024). Stratégie gouvernementale intégrée pour contrer la violence sexuelle, la violence conjugale et Rebâtir la confiance 2022-2027 - Mise à jour 2024, [en ligne], Gouvernement du Québec, (consulté le 11 mars 2026).
  2. Hébert, M., A. Lapierre, F. Lavoie, M. Fernet et M. Blais (2018). « Chapitre 4 - La violence dans les relations amoureuses des jeunes », dans Rapport québécois sur la violence et la santé, [en ligne], Institut national de santé publique du Québec, p. 98‑129, (consulté le 12 février 2026).
  3. Traoré, I., M. Simard et D. Julien (2024). Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire : Résultats de la troisième édition - 2022-2023, [en ligne], Québec (Québec), Institut de la statistique du Québec, (consulté le 12 février 2026).
  4. Hébert, M., C. Moreau, F. Lavoie et M. Fernet (2014). Violence dans les relations amoureuses à l’adolescence : constats et approches préventives, [en ligne], Observatoire sur la maltraitance envers les enfants, (consulté le 16 février 2026).
  5. Gonzalez-Sicilia, D., et autres (2023). Enquête québécoise sur la violence commise par des partenaires intimes 2021-2022, [en ligne], Québec, Institut de la statistique du Québec, (consulté le 12 février 2026).
  6. Ministère de la Sécurité publique (2024). Infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal en 2022 - Criminalité au Québec, [en ligne], Québec, Ministère de la Sécurité publique, (consulté le 12 février 2026).
  7. Cotter, A. (2021). Violence entre partenaires intimes au Canada, 2018 : Un aperçu, [en ligne], Statistique Canada, « Juristat », (consulté le 13 janvier 2022).
  8. Scott-Storey, K., S. O’Donnell, M. Ford-Gilboe, C. Varcoe, N. Wathen, J. Malcolm et C. Vincent (2023). « What About the Men? A Critical Review of Men’s Experiences of Intimate Partner Violence », Trauma, Violence & Abuse, vol. 24, n° 2, p. 858‑872.
  9. Institut de la statistique du Québec (2025). La violence et la négligence familiales dans la vie des enfants du Québec, 2024, [en ligne], Institut de la statistique du Québec, (consulté le 21 octobre 2025).
  10. Gouvernement du Québec (2024). Quand la violence conjugale est au cœur de la vie de l’enfant. Bilan des directrices et directeurs de la protection de la jeunesse/directrices et directeurs provinciaux 2024, [en ligne], Québec, Gouvernement du Québec,  (consulté le 12 février 2026).
  11. Holt, S., H. Buckley et S. Whelan (2008). « The impact of exposure to domestic violence on children and young people: A review of the literature », Child Abuse & Neglect, vol. 32, n° 8, p. 797‑810.
  12. Laforest, J., et D. Gagné (2018). « Chapitre 5 - La violence conjugale », dans Rapport québécois sur la violence et la santé, [en ligne], p. 132‑168, (consulté le 13 février 2026).
  13. Evans, K. E., M. M. Schmidt-Sane, A. E. Bender, K. A. Berg et M. R. Holmes (2022). « Children’s Exposure to Intimate Partner Violence and Acceptance or Appraisals of IPV: A Systematic Review », Journal of Family Violence, vol. 37, n° 8, p. 1301‑1319.
  14. Howell, K. H., S. E. Barnes, L. E. Miller et S. A. Graham-Bermann (janvier 2016). « Developmental variations in the impact of intimate partner violence exposure during childhood », Journal of Injury and Violence Research, vol. 8, n° 1, p. 43‑57.
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