Homicides familiaux et conjugaux
Les homicides familiaux regroupent plusieurs types d’homicides commis entre les membres d’une même famille. Les principaux types sont :
- l’homicide conjugal : homicide d’une ou un partenaire ou ex-partenaire intime (ex : conjoint ou conjointe mariée ou en union de fait, ex-conjoint ou ex-conjointe, ami ou amie intime, ex-ami ou ex-amie intime)
- le filicide : homicide d’une ou un enfant par un parent
- le familicide : homicide conjugal et filicide dans un seul événement
- le parricide : homicide d’un ou plusieurs parents par une ou un enfant
- le fratricide ou sororicide : homicide d’un frère ou d’une sœur par une ou un autre membre de la fratrie.
Les homicides réfèrent à trois infractions au Code criminel, soit le meurtre au premier degré, le meurtre au deuxième degré et l’homicide involontaire coupable.
Le féminicide est le meurtre d’une femme ou d’une fille en raison de son sexe ou son genre, quel que soit son âge et le contexte. Cette violence genrée peut être commise au sein de la famille, comme envers une partenaire ou ex-partenaire intime ou des enfants, mais aussi dans d’autres contextes (ex : travail du sexe, crimes haineux ou organisés, etc.)1,2.
Portrait
Les homicides familiaux représentent environ le tiers de tous les homicides, peu importe la relation entre la personne victime et l’auteur. L’homicide conjugal est la forme la plus fréquente d’homicide familial, représentant un peu moins de la moitié des cas3,4.
Les femmes comptent pour la majorité des personnes victimes d’homicides familiaux, ainsi que la très grande majorité des homicides conjugaux4. Les Autochtones, particulièrement les femmes autochtones, sont aussi surreprésentés parmi les personnes victimes d’homicides. Par exemple, en 2024 au Canada, le taux d’homicides familiaux envers les Autochtones était près de dix fois supérieur à ceux envers les personnes non autochtones5. Ce risque accru est profondément lié aux conséquences historiques et actuelles de la colonisation, dont font partie la discrimination systémique, la pauvreté et les traumatismes intergénérationnels6.
Données déclarées par la police
Au Québec, en 2022, la totalité des victimes d’homicides conjugaux était des femmes (13 victimes sur 13). Elles représentaient aussi la totalité des victimes de négligence criminelle entrainant la mort (2 sur 2) et 25 victimes sur 31 des tentatives de meurtre et de complot en vue de commettre un meurtre5.
Tous les homicides et les infractions de négligence criminelle entrainant la mort ont été commis par des hommes. Pour les tentatives de meurtre, les hommes représentaient 85 % des auteurs présumés. Parmi l’ensemble des infractions entrainant ou visant la mort, la majorité des auteurs présumés (70 %) étaient des partenaires intimes actuels5.
De 2010 à 2022, le nombre d’homicides conjugaux est resté plutôt stable, fluctuant entre 7 et 14 par année5,7,8.
- Pour en savoir plus sur les statistiques policières sur les infractions contre la personne commises en contexte conjugal, dont l’homicide conjugal, consultez le site Web du ministère de la Sécurité intérieure.
Données provenant du Bureau du coroner du Québec
Une analyse des données du Bureau du coroner de 2008 à 2018 a permis de recenser 165 décès survenus en contexte conjugal et d’en brosser un portrait9. Parmi les personnes décédées :
- 82 étaient des personnes victimes de violence conjugale (75 sont décédées par homicide commis par leur partenaire ou ex-partenaire et 7 sont décédées par suicide)
- 56 étaient des auteurs de violence conjugale (la majorité est décédée par suicide)
- 27 étaient des victimes collatérales (principalement les enfants de la victime, décédés par homicide)
Parmi les circonstances de décès les plus fréquents, 39 % des cas étaient l’homicide de la personne victime de violence conjugale et 22 % étaient l’homicide de la personne victime de violence conjugale suivi du suicide du partenaire (homicide-suicide).
Les femmes représentaient la très grande majorité des personnes victimes d’homicides (96 %), alors que les hommes formaient la presque totalité des auteurs d’homicides (98 %).
La quasi-totalité des cas de violence conjugale ayant mené à un décès s’est produite au sein d’une relation hétérosexuelle. Les partenaires cohabitaient au moment du décès dans près d’un cas sur trois et étaient séparés dans près d’un cas sur quatre9.
- Pour en savoir plus sur les décès liés à la violence conjugale au Québec entre 2008-2018, consultez le rapport d’analyse.
Le comité d'examen des décès liés à la violence conjugale a examiné 10 événements de violence conjugale ayant causé un total de 16 décès dans son rapport paru en juin 202610. Parmi les 10 événements, la majorité était des homicides de la conjointe ou ex-conjointe suivis du suicide de l’auteur (5 sur 10), ou des homicides de la conjointe ou de l’ex-conjointe non suivis d’un suicide (2 sur 10).
- Pour en savoir plus, consultez le rapport.
Facteurs associés
Mise en garde – Un facteur associé aux homicides est une caractéristique individuelle, relationnelle ou environnementale pour laquelle une association statistiquement significative est démontrée. Il ne s’agit pas d’une relation de cause à effet.
Homicide conjugal
Plusieurs facteurs sont associés à un risque accru de commettre un homicide conjugal ou d’en être victime, bien qu’il n’en existe pas une seule cause et que les victimes d’homicide ne sont jamais responsables de ce qu’elles ont subi. Plusieurs facteurs de risque communs sont souvent observés dans les cas d’homicides conjugaux examinés par le Bureau du coroner du Québec9.
Les deux facteurs qui augmenteraient le plus les risques d’homicide conjugal sont :
- des antécédents de violence conjugale dans la relation, incluant :
- la cooccurrence de plusieurs formes de violence (sexuelle, psychologique, sexuelle) dans la relation
- une escalade et une intensification de la violence en fréquence ou en gravité
- des comportements contrôlants ou obsessifs
- des menaces de mort envers la victime
- des menaces de mort ou de violence envers les enfants
- avoir subi des blessures physiques causées par un épisode de violence conjugale
- un contexte de séparation, souvent récente ou imminente9–15.
Chez les auteurs d’homicide conjugal, plusieurs caractéristiques individuelles sont souvent relevées, comme d’avoir :
- vécu des mauvais traitements durant l’enfance
- des antécédents criminels de violence conjugale ou d’agression sexuelle
- des antécédents de menaces ou tentatives de suicide
- une consommation abusive d’alcool ou de drogues
- des problèmes de santé mentale, comme des symptômes dépressifs
- des comportements et des propos stéréotypés justifiant la violence (ex : jalousie extrême, possessivité et contrôle)
- accès à une arme à feu
- vécu une perte de statut ou d’emploi ou une perte financière significative ou éprouver des difficultés financières11–13,15–17
Outre les antécédents de violence conjugale et le contexte de séparation, d’autres facteurs relationnels sont aussi associés à un risque accru d’homicide conjugal, comme :
- la présence de conflits entourant la garde des enfants
- la cohabitation des partenaires
- une perte d’emprise sur la personne victime
- la présence de crainte de la personne victime ou de ses proches envers l’auteur
- un nouveau partenaire de la personne victime9,10,14,18
Puis, plusieurs facteurs associés à des déterminants structurels sont aussi liés avec l’homicide conjugal, comme la socialisation masculine valorisant la violence, le sexisme et les normes sociales traditionnelles et stéréotypées dans les conceptions des rôles exercés par les hommes et les femmes (p. ex. l’homme en tant que pourvoyeur et protecteur de la famille) et l’absence ou le faible nombre de politiques publiques concernant le contrôle des armes à feu16,19,20.
Autres types d’homicide familial
Plusieurs de ces facteurs sont aussi associés aux autres types d’homicides familiaux (ex : familicide, filicide et parricide), comme les antécédents de violence dans la famille et une amplification de cette violence, un contexte de séparation, une perte d’emploi, des problèmes de santé mentale (ex : symptômes dépressifs) et des comportements suicidaires. Les homicides commis par un parent à l’endroit d’un ou d’une enfant surviennent aussi souvent en contexte de séparation ou de litiges autour de la garde des enfants, incluant la peur de perdre la garde des enfants21–23. L’enfant décédé dans ce contexte a souvent subi de mauvais traitements ou été exposé à la violence conjugale dans sa famille9. Des conflits avec les parents et l’exposition à la violence conjugale entre ses parents caractérisent spécifiquement l’homicide d’un parent par un enfant21.
Conséquences des homicides sur les proches des victimes
En plus des victimes directes, les homicides familiaux font des victimes collatérales pour qui les homicides ne sont pas sans conséquences. Parmi celles-ci se retrouvent les membres de la famille ainsi que les proches des personnes victimes et des auteurs de l’homicide21,24.
Par exemple, les proches des personnes victimes peuvent se sentir coupables ou responsables de ne pas avoir pu prévenir le geste, ou se sentir trahis par l’auteur de l’homicide. Des problèmes de santé et des pertes financières et matérielles peuvent aussi être rapportés par les proches des victimes, comme pour ceux et celles devenus responsables de la garde des enfants de la victime21,25. Un contexte de stigmatisation sociale et de honte peut également découler des homicides familiaux, notamment pour la famille de l’auteur de l’homicide21.
Conséquences de l’homicide conjugal sur les enfants
Il peut engendrer d’importantes répercussions sur le développement, la santé mentale et le bien-être des enfants des personnes victimes. Pour ces enfants, cela implique souvent la perte des deux parents, c’est-à-dire le parent victime de l’homicide et le parent auteur de l’homicide, décédé par suicide ou qui purge une peine de prison. Les enfants doivent souvent quitter le domicile familial et s'adapter à un nouvel environnement (ex : milieu d’accueil, quartier, école, amies et amis)25–27.
D’autres événements ou facteurs de risque survenant avant, durant et après l’homicide peuvent aussi influencer les difficultés vécues par les enfants (ex : antécédents de violence conjugale, maltraitance, avoir été témoin de l’homicide). Les répercussions qui en découlent sont variées et peuvent être psychologiques, sociales, physiques et scolaires (ex : symptômes de stress post-traumatique, deuil traumatique, difficultés d’attachement, changements de poids et d’appétit, baisse des notes scolaires).
Prévention
Les homicides familiaux et conjugaux peuvent se prévenir. La majorité de ces homicides sont prémédités4 et une encore plus grande proportion comporte des facteurs de risque communs – comme une séparation récente ou imminente, des antécédents de violence conjugale ou des craintes de la personne victime – qui peuvent être identifiés afin de prévenir l’escalade de la violence. Dans de nombreux cas, les homicides familiaux et conjugaux sont l’aboutissement d’une trajectoire de violence qui s’est intensifiée. Même si chacun des types d’homicides familiaux comporte des caractéristiques qui lui sont propres et appelle à des stratégies d’intervention différentes, la détection précoce de la violence conjugale et des situations à risque d’homicide fait partie des meilleures pratiques pour les prévenir21.
En amont à ces mesures, prévenir l’occurrence de la violence conjugale peut contribuer à prévenir ces homicides puisqu’ils surviennent souvent dans ce contexte.
Pour en savoir plus sur les stratégies de prévention de la violence conjugale, consultez notre section Prévention.
Références
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- Ministère de la Sécurité publique (2023). Criminalité au Québec - Infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal en 2021, [en ligne], Ministère de la Sécurité publique, (consulté le 1 mai 2023).
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