Les tueries de masse : définitions, profils des auteurs et prévention

Une tuerie de masse est généralement définie comme un type d’homicide multiple au cours duquel un individu tue — ou avait l’intention de tuer — quatre personnes ou plus en moins de 24 h dans un même lieu, généralement public tel qu’une école, un milieu de travail, un centre commercial ou un lieu de culte (tableau 1)1–5).

Sans prendre pour cible des personnes en particulier, l’auteur d’une tuerie de masse vise tout de même parfois une catégorie d’individus, tels qu’un groupe ethnique, national ou religieux, des personnes appartenant à un genre en particulier ou encore les étudiants et étudiantes d’une même école2.

Dans 96 % des cas répertoriés à travers le monde, l’auteur des tueries de masse est un homme. Son âge moyen est de 26 ans, mais il est de 16 ans dans les cas de tuerie commise en milieu scolaire2,6,7.

Les raisons menant une personne à commettre un geste violent telle une tuerie sont complexes et multifactorielles. Le passage à l’acte ne peut en aucun cas être réduit à un évènement difficile comme une perte d’emploi, une rupture amoureuse, la mort d’une personne proche, ou encore à l’adhésion à une idéologie ou à un mouvement prônant la violence, autrement dit, une radicalisation. Dans la grande majorité des cas, ce geste est planifié et réfléchi2,6,8,9.

Au Canada, entre 1984 et 2018, 13 tueries de masse ont eu lieu. En excluant les auteurs, elles ont fait au total 51 morts et 90 blessés 2–5

Tableau 1 - Distinctions entre les différents types d’homicides multiples
Homicide multiple Victimes Cadre temporel Localisation Armes utilisées

Crime de guerre

Cible des civils, prisonniers de guerre ou soldats blessés

Semaines, mois, voire années

Différents lieux

Multiples

Génocide

Cible un groupe ethnique, national ou religieux

Au cours de plusieurs mois, voire années

Différents lieux

Multiples

Intrafamiliaux

Cible des membres de sa famille

Au cours d’une journée

Le plus souvent dans un seul lieu

Multiples, le plus souvent armes blanches, armes à feu, poisons

Tuerie en série

Cible une victime en fonction de critères spécifiques

Plus de trente jours

Différents lieux

Multiples, le plus souvent armes blanches, armes à feu, poisons

Tuerie à la chaine

Ne cible pas ou sélectionne une catégorie d’individus

Moins de trente jours

Différents lieux

Le plus souvent une arme à feu

Tuerie de masse

Ne cible pas ou sélectionne une catégorie d’individus

Au cours d’une journée

Le plus souvent dans un seul lieu

Le plus souvent une arme à feu

La prévention des tueries de masse

La prévention des tueries exige une compréhension des différents facteurs en cause10,11. Aucune mesure unique n’est suffisante pour prévenir les tueries de masse.

Vu la complexité et l’interaction des facteurs pouvant expliquer le phénomène des tueries et les déclencheurs variés du passage à l’acte, la prévention de ces évènements exigent un ensemble d’actions préventives complémentaires à différents niveaux et mobilisant des acteurs variés12-15.

Les stratégies visant à réduire la violence en général, qui agissent tôt (ex. : visites à domicile auprès des familles, programmes en milieu scolaire) sont susceptibles de réduire l’adoption de comportements violents, incluant les actes les plus extrêmes tels que les tueries13,15,16.

Bien que l’enjeu génère de la controverse, beaucoup d’études tendent à démontrer que les mesures de contrôle de l’accès aux armes à feu peuvent également contribuer à prévenir la violence et réduire les décès par armes à feu17,18. Parmi les mesures de contrôle, mentionnons les mesures limitant leur disponibilité (ex. : restrictions dans la vente ou l’achat de certains types d’armes), leur acquisition (ex. : obtention obligatoire d’un permis de possession nécessitant une vérification des antécédents) et leur utilisation (ex. : règles strictes quant à l’entreposage, contrôle sur le port d’armes dans certains lieux).

L’efficacité de certains dispositifs de sécurité (ex. : garde de sécurité armé, détecteur de métaux, portail de sécurité) mis en place pour éviter les tueries dans des lieux ayant été la cible de tels évènements, comme les écoles, demeure encore à démontrer19,20.