Statistiques sur la violence sexuelle

Portrait général de l’ampleur de la violence sexuelle

  • Les filles et les femmes représentent la grande majorité des victimes d’agressions sexuelles rapportées par la police, soit près de 9 victimes sur 10.
  • Les jeunes de 12 à 19 ans sont le groupe d’âge avec la plus grande proportion de victimes d’agressions sexuelles rapportées par la police.
  • Les garçons et les hommes représentent la presque totalité des auteurs présumés d’agressions sexuelles. Les jeunes de 12 à 17 ans sont proportionnellement plus nombreux que les adultes à en être auteurs.
  • Les agressions sexuelles sont le plus souvent commises par une personne connue de la victime, comme une ou un partenaire intime, une ou un membre de la famille immédiate ou élargie, une connaissance ou une amie ou un ami.
  • Les agressions sexuelles surviennent le plus souvent dans une résidence ou une propriété privée, bien qu’elles puissent aussi survenir dans un lieu public, comme dans un établissement d’enseignement, un commerce ou à l’extérieur.
  • Les statistiques disponibles sur l’ampleur de la violence sexuelle, incluant les agressions sexuelles, représentent une sous-estimation de la réalité, puisqu’elle n’est pas toujours dévoilée dans les enquêtes ou signalée aux services de police et rapportée par ceux-ci.
  • Au Canada, une faible proportion (5 à 6 %) des agressions sexuelles est signalée à la police chaque année.

Les termes infraction sexuelle et agression sexuelle, plutôt que violence sexuelle, sont utilisées dans ce texte afin de refléter de façon fidèle les données rapportées qui proviennent principalement des services de police. Pour en savoir davantage sur les sources de données et leur méthodologie, voir la page Sources et considérations méthodologiques.

Qui sont les personnes victimes d’infractions sexuelles rapportées par la police?

Au Québec, en 2022, 11 904 infractions sexuelles ont été rapportées par la police. Les agressions sexuelles représentent près du deux tiers des infractions sexuelles, alors que les autres infractions d’ordre sexuel en constituent un peu plus du tiers1. Ces autres infractions d’ordre sexuel incluent notamment les contacts sexuels, l’incitation à des contacts sexuels, le leurre d’enfant, la publication non consensuelle d’images intimes et le voyeurisme.

En 2022, les femmes constituent 89 % des victimes d’agressions sexuelles et 82 % des victimes des autres infractions d’ordre sexuel. Le taux de femmes victimes d’agressions sexuelles déclarées par la police (157,5 par 100 000 femmes) est plus de huit fois supérieur à celui des hommes (19,0 par 100 000 hommes). Parmi tous les groupes d’âge, les jeunes de 12 à 19 ans sont ceux ayant les taux d’agressions sexuelles les plus élevés. Les jeunes de moins de 18 ans constituent la presque totalité des personnes victimes des autres infractions d’ordre sexuel, ce qui s’explique par le fait qu’une grande part de ces infractions s’appliquent uniquement à des victimes d’âge mineur en vertu du Code criminel1.

Évolution du taux d’infractions sexuelles

Au Québec, de 2013 à 2022, le taux d’infractions sexuelles a plus que doublé. Il est passé de 66,3 infractions pour 100 000 personnes en 2013 à 139,2 infractions pour 100 000 personnes en 20231.

Depuis 2017, les services de police ont rapporté une hausse importante des signalements d’agressions sexuelles au Québec et au Canada. Cette hausse peut s’expliquer, entre autres, par une plus grande sensibilisation du public à cette violence découlant du mouvement médiatique #MoiAussi (#MeToo), ayant pris naissance à l’automne 2017, et aux changements apportés à certaines pratiques policières durant cette période (p. ex., modification de la méthode de classification des affaires signalées)2,3.

Qui sont les personnes qui commettent des infractions sexuelles?

Au Québec, en 2022, la majorité des auteurs d’infractions sexuelles sont d’âge adulte (71 %), alors que les jeunes de 12 à 17 ans représentent 29 % des auteurs. Toutefois, toutes proportions gardées, les jeunes de 12 à 17 ans ont un taux d’auteurs présumés cinq fois plus élevé que celui des adultes (255,5, comparativement à 48,2 par 100 000 personnes)1.

La majorité des auteurs présumés d’infractions sexuelles sont des hommes. Ils représentent 96 % des auteurs présumés d’agressions sexuelles et 94 % des auteurs présumés des autres infractions d’ordre sexuel. Toutefois, la proportion d’hommes auteurs présumés est un peu plus faible concernant l’infraction de publication non consensuelle d’images intimes (79 %), les femmes représentant 21 % des auteures présumées pour cette infraction1.

La majorité des auteurs présumés d’infractions sexuelles (81 %) sont connus de leur victime. Seulement 9 % n’étaient pas connus de leur victime, alors que, dans 10 % des cas, la relation avec la victime n’a pu être établie. Plus du quart (27 %) des auteurs présumés d’agressions sexuelles sont une ou un partenaire intime actuel ou ancien. Dans un cas sur cinq (21 %), ils sont une connaissance de la victime et dans plus d’un cas sur dix (12 %), un ami ou une amie. Pour les autres infractions d’ordre sexuel, les auteurs présumés sont plus souvent un membre de la famille immédiate (21 %), une connaissance (19 %) ou une ou un partenaire intime actuel ou ancien (11 %)1.

Où sont commises les infractions sexuelles?

Au Québec, en 2022, 70 % des infractions sexuelles déclarées par la police sont commises dans une résidence d’habitation (p. ex., maison unifamiliale, unité d’habitation). Parmi les autres lieux, on compte les établissements d’enseignement (6 %), les établissements commerciaux (p. ex., restaurant, centre commercial, station-service) (6 %), les établissements d’utilité publique (p. ex., centres sportifs et arénas, hôpitaux, prisons) (5 %), la voie publique (p. ex., route, rue, piste cyclable) (3 %), les zones de plein air (p. ex., parc, plan d’eau) (3 %), les stationnements (1 %) et les transports en commun (1 %)1.

Proportion des agressions sexuelles signalées à la police

Seulement 5 % à 6 % des agressions sexuelles rapportées par la population canadienne de 15 ans et plus dans la dernière année ont été signalées à la police, selon les données de deux enquêtes canadiennes menées en 2018 et 20194,5. Cela en fait l’un des crimes les moins signalés à la police lorsqu’on le compare aux incidents de vols qualifiés et de voies de fait qui ont été signalés dans 47 % et 36 % des cas, respectivement4.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer, du moins en partie, pourquoi l’agression sexuelle est l’un des crimes les moins signalés à la police. Les agressions sexuelles entrainent rarement des blessures physiques et sont rarement commises avec une arme, alors que ces deux éléments se trouvent à être les prédicteurs les plus probables du signalement d’un crime à la police6. Plusieurs raisons sont aussi évoquées par les personnes victimes, comme la perception que l’incident n’est pas assez important, qu’il s’agit d’une affaire privée ou le fait de ne pas vouloir être embêtées par la communication avec la police et par le processus judiciaire. Plusieurs soulèvent aussi la crainte selon laquelle la personne auteure ne sera pas tenue responsable de l’évènement, la crainte de ne pas être crue et la perception d’être responsable de ce qui leur est arrivé6.

Au Québec, en 2022, près des trois quarts (74 %) des infractions sexuelles ont été rapportées à la police moins d’un an après leur perpétration. Plus du tiers (38 %) ont été signalées moins de sept jours après leur perpétration1. Les agressions sexuelles avaient tendance à être signalées plus rapidement que les autres infractions d’ordre sexuel, soit 28 jours après leur perpétration en moyenne, contre 42 jours1.

Sources des statistiques

Les statistiques qui permettent de documenter l’ampleur, l’évolution et les caractéristiques des agressions sexuelles proviennent de trois sources principales :

  • Les services de protection de la jeunesse
  • Les services de police
  • Les enquêtes populationnelles

Les données des services de protection de la jeunesse se basent sur les cas d’agression sexuelle sur des personnes mineures rapportés aux services de protection de la jeunesse, sur une période donnée (habituellement une année). Bien que ces données permettent de connaître le nombre de cas d’agression sexuelle traités par ces services, elles ne représentent qu’une faible proportion de toutes les agressions sexuelles subies par les enfants et les jeunes parce que celles-ci ne sont pas toutes dévoilées ni rapportées aux services de protection de la jeunesse et que les cas signalés ne sont pas tous jugés fondés. Ces données proviennent principalement de l’Étude canadienne sur l’incidence des cas de violence et de négligence envers les enfants (ÉCI) et de l’Étude d’incidence québécoise sur les signalements évalués en protection de la jeunesse (ÉIQ).

Les données policières nous informent sur les infractions sexuelles déclarées par les services de police. Ces données sont recueillies et colligées par le ministère de la Sécurité publique (MSP) en vertu du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (Programme DUC). Pour être incluse dans les statistiques, une infraction doit être détectée, signalée à un corps de police et enregistrée par celui-ci en adhérant aux normes du Programme DUC. Même si ces données permettent de connaître le nombre d’infractions sexuelles inscrites au Code criminel rapportées par ces services, elles ne représentent qu’une faible proportion de toutes les agressions sexuelles subies par la population, car celles-ci ne sont pas toutes déclarées aux services de police.

Les données des enquêtes populationnelles se basent habituellement sur de larges échantillons représentatifs d’une population qui permettent d’obtenir une estimation plus juste de la prévalence des agressions sexuelles, comparativement aux cas signalés à la police ou à d’autres instances7. Ces enquêtes interrogent généralement les personnes répondantes sur leurs expériences de victimisation de façon anonyme. Toutefois, il demeure qu’une partie des agressions sexuelles ne seront pas rapportées dans les enquêtes et que certaines populations vulnérables y sont parfois sous-représentées, entrainant ainsi une sous-estimation de la prévalence réelle7. Ces données réfèrent aux enquêtes nationales, telles que l’Enquête sociale générale(ESG) sur la victimisation et l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés (ESEPP), et à certaines études scientifiques.

Figure 1 - Ampleur de l’agression sexuelle selon les différentes sources de données

*Au Québec, dans le cadre de l’Entente multisectorielle relative aux enfants victimes d’abus sexuels, de mauvais traitements physiques ou d’une absence de soins menaçant leur santé physique, si la situation d’agression sexuelle d’une personne mineure est rapportée à la police, celle-ci en fait part à la Direction de la protection de la jeunesse, et inversement.

Source : Baril, K., et J. Laforest (2018). Chapitre 3 : Les agressions sexuelles, dans Rapport québécois sur la violence et la santé, Montréal, p. 56‑95. Institut national de santé publique du Québec. (Inspiré de : Jewkes, R., P. Sen et C. Garcia-Moreno (2002). La violence sexuelle. Dans E. G. Krug, L. L. Dalhberg, A. Z. Mercy et R. Lozano-Ascencio [dir.], Rapport mondial sur la violence et la santé. P.147-181, Genève : Organisation mondiale de la Santé, (consulté le 19 avril 2022).

Pour en savoir plus

Références

  1. Ministère de la Sécurité publique (2024). Criminalité au Québec - Infractions sexuelles en 2022, Ministère de la Sécurité publique.
  2. Ministère de la Sécurité publique (2017). Criminalité au Québec - Infractions sexuelles en 2017, Québec, Ministère de la Sécurité publique.
  3. Statistique Canada (2018). Les agressions sexuelles déclarées par la police au Canada avant et après le mouvement #MoiAussi, 2016 et 2017, Statistique Canada, « Juristat ».
  4. Cotter, A. (2021). La victimisation criminelle au Canada, 2019, « Juristat ».
  5. Cotter, A., et L. Savage (2019). La violence fondée sur le sexe et les comportements sexuels non désirés au Canada, 2018 : Premiers résultats découlant de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés, Statistique Canada, « Juristat ».
  6. Cotter, A. (2021). La victimisation criminelle au Canada, 2019, Statistique Canada, « Juristat ».
  7. Organisation mondiale de la Santé, et London School of Hygiene and Tropical Medicine (2012). Prévenir la violence exercée par des partenaires intimes et la violence sexuelle contre les femmes : Intervenir et produire des données, Genève, Organisation mondiale de la Santé.

Rédaction : Maude Lachapelle, conseillère scientifique, INSPQ
Collaboration : Dominique Gagné, conseillère scientifique, INSPQ

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