Recevoir un dévoilement de violence sexuelle
Il peut être difficile de recevoir un dévoilement de violence sexuelle. Ce contenu vise à soutenir les personnes qui désirent savoir quoi faire face à un dévoilement par une ou un enfant ou par une personne adulte. En plus d’orienter la personne victime vers des ressources qui pourront l’aider, il peut aussi être bénéfique d’aller chercher du soutien pour soi-même.
Les réactions de la personne qui reçoit un dévoilement de violence sexuelle sont importantes, car elles ont un impact direct sur le rétablissement de la personne victime. Écouter la personne, la croire, la valoriser, la déculpabiliser, lui offrir du soutien, assurer sa sécurité et l’orienter vers des ressources sont des exemples de réactions positives et aidantes à privilégier.
Ce contenu informatif ne remplace en aucun cas l’expertise des professionnelles et professionnels œuvrant auprès des personnes victimes de violence sexuelle. Si vous êtes ou avez été victime de violence sexuelle, consultez notre page Ressources.
Reconnaître les indices
Il n’existe pas de signes ou d’indices spécifiques qui permettent de savoir avec certitude si une personne a été victime de violence sexuelle, sauf dans les cas où il y aurait eu des témoins. Ainsi, la plupart du temps, le seul signe clair est un dévoilement. La majorité des indices qui peuvent laisser croire à l’entourage qu’une personne a été victime d’une violence sexuelle correspondent souvent aux conséquences engendrées par l’évènement vécu. Par exemple, les personnes peuvent présenter des réactions psychologiques, comportementales ou physiques particulières(1–7). Reconnaître ces indices est une première étape dans le soutien aux personnes victimes.
Chez les enfants
Voici la liste non exhaustive de réactions possibles chez les personnes de moins de 18 ans :
Des réactions psychologiques
- Difficulté à réguler ses émotions;
- Difficulté à être dans le moment présent;
- Identité et concept de soi altéré (p. ex. faible estime de soi, altérations dans la perception de soi, sentiment d’inefficacité);
- Dépression;
- Anxiété;
- Symptômes du trouble de stress post-traumatique (p. ex. flashbacks, cauchemars, insomnie, dissociation, amnésie dissociative, évitement);
- Autres troubles de santé mentale;
- Compréhension du monde altérée (p. ex. perception erronée du monde, altérations dans la perception de la personne auteure);
- Pensées suicidaires.
Des réactions comportementales
- Comportements sexuels précoces, préoccupants ou problématiques;
- Changements soudains de comportements (p. ex. régression de certains comportements);
- Comportements à risque ou dangereux et destructeurs envers soi-même (p. ex. automutilation) ou envers les autres;
- Prise de risque et impulsivité;
- Connaissances non appropriées pour ce qui est de la sexualité en fonction du développement psychosexuel de l’enfant;
- Troubles alimentaires;
- Difficultés d’apprentissage et de traitement de l’information (p. ex. difficulté à se concentrer, difficultés scolaires, déficit de l’attention, troubles de mémoire);
- Difficultés interpersonnelles (p. ex. difficultés à développer des relations saines, isolement social);
- Problèmes d’attachement (p. ex. manque de confiance envers les autres, attachement insécurisant ou attachement désorganisé).
Des réactions physiques
- Infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS);
- Blessures ou douleurs aux organes génitaux;
- Problèmes gastro-intestinaux et d’ordre somatique (p. ex. incontinence);
- Maux de tête ou d’estomac;
- Retards de développement.
Lorsque les enfants dévoilent une violence sexuelle subie, elles ou ils ne savent pas nécessairement qu’elles ou ils sont victimes de violence sexuelle, surtout chez les plus jeunes. Elles ou ils vont souvent révéler des bouts d’information sur ce qui est arrivé, que ce soit de façon accidentelle ou délibérée. Les enfants peuvent être hésitants et ambivalents lors d’un dévoilement, en raison de la honte ressentie, des sentiments mitigés envers la personne auteure et des craintes quant aux impacts du dévoilement sur celle-ci ou leur famille8,9.
Pour en savoir plus sur les conséquences associées aux violences et agressions sexuelles vécues pendant l’enfance, consultez les pages Conséquences.
Chez les adultes
Tout comme chez l’enfant, il n’existe pas d’indice spécifique pour identifier qu’une personne adulte a été victime de violence sexuelle, qu’elle ait été vécue à l’enfance ou à l’âge adulte. Cette personne est tout de même plus susceptible de présenter une diversité des réactions psychologiques et émotionnelles, physiques et sexuelles, et comportementales(13–16). Voici la liste non exhaustive de réactions possibles chez les personnes de 18 ans et plus :
Des réactions psychologiques et émotionnelles
- Tristesse, colère, honte, blâme de soi, culpabilité;
- Dépression;
- Anxiété;
- Identité et concept de soi altéré (p. ex. faible estime de soi, sentiment de vide intérieur, peine à prendre contact avec soi);
- Difficulté à se projeter dans le futur ou à poursuivre des objectifs personnels;
- Difficulté à s’arrêter et à être dans le moment présent;
- Gêne, méfiance face aux autres, peur ou attente d’être rejeté ou rejetée ou abandonné ou abandonnée;
- Symptômes de stress post-traumatique (p. ex. flashbacks, cauchemars, insomnie, dissociation, amnésie dissociative, évitement);
- Difficultés à réguler ses émotions;
- Problème identitaire;
- Pensées suicidaires et tentatives de suicide.
Des réactions comportementales
- Comportements réducteurs de tension (p. ex. automutilation; consommation)
- Troubles alimentaires, inconforts avec son corps ou son image corporelle;
- Troubles du sommeil;
- Évitement des relations intimes, de la sexualité, des émotions, des situations pouvant rappeler les agressions;
- Difficultés relationnelles ou isolement social;
- Difficultés de concentration;
- Difficultés scolaires.
Des réactions physiques et sexuelles
- Blessures ou infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS);
- Maux de tête ou d’estomac;
- Fatigue ou troubles de sommeil;
- Douleurs lors des relations sexuelles;
- Évitement de la sexualité;
- Compulsion sexuelle;
- Faible satisfaction sexuelle;
- Dysfonctions sexuelles;
- Manque d’estime de soi sexuelle;
- Dissociation ou flashback lors des relations sexuelles.
Pour en savoir plus les conséquences associées aux violences et agressions sexuelles vécues à l’âge adulte, consultez les pages Conséquences.
Comment réagir ?
Il est normal de ne pas savoir comment réagir de premier abord. Ce qui importe, c’est que la personne victime reçoive de l’écoute et du soutien. Elle doit se sentir en sécurité au moment de dévoiler son vécu ainsi que par la suite. Par ailleurs, pour la personne qui reçoit le dévoilement, il est aussi normal d’avoir besoin de soutien ou de subir des impacts.
Lorsqu’une ou un enfant dévoile une violence sexuelle :
- Demeurer calme devant l’enfant;
- Écouter l’enfant ouvertement et la ou le laisser parler librement;
- Éviter de juger l’enfant et de l’interroger indûment;
- Croire l’enfant et prendre au sérieux ce qu’elle ou il dit;
- Rassurer l’enfant;
- Ne pas promettre à l’enfant de garder secret ce qu’elle ou il a raconté;
- Mémoriser et noter les paroles de l’enfant dès que possible;
- Signaler la situation à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ou, en cas d’urgence, composer le 9-1-17,10.
Chez le parent ou l’adulte significatif, le dévoilement peut créer diverses réactions et avoir un impact majeur. Considérant que les parents sont souvent les personnes les plus importantes pour l’enfant, il est important qu’ils se créent un cercle de soutien et prennent soin d’eux-mêmes. Par exemple, en demandant de l’aide, en joignant un groupe de soutien (p. ex. un groupe de parents ayant vécu une situation similaire) ou en contactant un service d’aide aux personnes victimes9.
Obligation de signalement des enfants victimes de violence sexuelle
Au Québec, toute personne adulte qui a des motifs raisonnables de croire qu’une ou un enfant est victime de violence sexuelle a l’obligation de le signaler immédiatement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de sa région. Il n’est pas nécessaire d’avoir la certitude que la violence sexuelle a eu lieu. La DPJ s’assurera de prendre le signalement, de l’évaluer et de s’assurer que l’enfant obtient le soutien nécessaire.
Pour ce faire, contactez la DPJ de votre région, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. En cas d’urgence, composez le 9-1-1.
| Attitudes aidantes | Attitudes nuisibles |
|---|---|
Écouter Chaque enfant qui dévoile le fait à sa manière et à son rythme, il est donc important de l’écouter de façon attentive et ouverte, et de faire preuve d’empathie.
| Éviter de poser des questions directives, suggestives ou détaillées :
Éviter d’interrompre l’enfant; |
Croire Il est important de croire l’enfant qui dévoile. Certains enfants choisissent de le faire, car ils ou elles ont espoir d’être crus.
| Éviter les commentaires qui mettent la parole de l’enfant en doute;
|
Valoriser et encourager ses forces Souligner le courage de l’enfant d’en avoir parlé; relever ses forces lui permettra de se sentir rassuré et soutenu.
| |
Déculpabiliser Il arrive fréquemment que l’enfant victime sente responsable de la violence sexuelle subie. Il est important de lui faire comprendre que ce n’est pas de sa faute.
| Éviter de mettre la responsabilité sur l’enfant :
Éviter les émotions chargées ou les commentaires sur la personne auteure de la violence sexuelle. |
Reconnaître ses émotions
|
Sources : Tiré du Guide pour les parents et tuteurs après la découverte d’un abus du Centre canadien de protection de l’enfance9, du Guide à l’intention des parents du Centre de prévention et d’intervention pour victimes d’agression sexuelle8, du Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle de la Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal12.
Pour en savoir plus, consultez les publications suivantes :
- Mon enfant a été victime d’une agression sexuelle - Guide à l’intention des parents, Centre de prévention et d’intervention pour victimes d’agression sexuelle.
- Faire un signalement au DPJ, c’est déjà protéger un enfant - Quand et comment signaler ? Ministère de la Santé et des Services sociaux.
- Guide pour les parents et tuteurs après la découverte d’un abus, Centre canadien de protection de l’enfance.
- Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle, Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal.
- Le dévoilement de la violence sexuelle, Fondation Marie-Vincent.
Lorsqu’un adulte dévoile une violence sexuelle :
- Écouter la personne (p. ex. écouter activement ce qu’elle a à dire sans porter de jugement, la laisser s’exprimer à son rythme, éviter les questions suggestives);
- Croire ce que la personne dit (p. ex. éviter les commentaires mettant en doute la parole de la personne);
- Garder son calme (p. ex. contrôler ses propres réactions afin que la personne se sente libre d’exprimer ses émotions);
- Recevoir sans amplifier ni minimiser (p. ex. ne pas minimiser, dramatiser ou comparer ce que la personne vit);
- Déculpabiliser la personne (p. ex. aider la personne à comprendre que ce n’est pas de sa faute et que c’est la personne qui a commis la violence sexuelle qui est responsable);
- Valoriser la personne et ses émotions (p. ex. souligner les forces de la personne et son courage d’en parler, laisser la personne exprimer ses émotions);
- Favoriser son autonomie (p. ex. aider la personne à reprendre du pouvoir sur sa vie, à son propre rythme);
- Offrir du soutien (p. ex. se montrer disponible, que ce soit pour parler avec la personne ou l’accompagner, vérifier si la personne a un réseau de soutien);
- Vérifier et assurer la sécurité de la personne, si possible (p. ex. vérifier si la personne est en situation de danger, si elle a des pensées suicidaires et si elle a besoin d’une aide professionnelle);
- Orienter vers les ressources (p. ex. encourager la personne à aller chercher du soutien, la diriger vers des ressources adaptées à ses besoins)12,17.
Au besoin, il est possible pour les proches d’une personne victime de se diriger vers des services d’aides professionnels et vers des ressources qui seront susceptibles de les aider et de soutenir la personne victime12.
Pour en savoir plus sur comment aider et soutenir une personne victime de violence sexuelle :
- Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle, Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal.
- Les attitudes aidantes, Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Montréal.
Être témoin d’une violence sexuelle
Si vous sentez un quelconque danger pour la personne victime ou pour vous, composez immédiatement le 911.
Vous pouvez également :
- Établir un contact avec la personne victime et lui communiquer votre soutien;
- Prévenir l’entourage de la personne victime de la situation;
- Prendre les moyens nécessaires pour mettre fin à la situation, si l’action peut être faite en toute sécurité (p. ex., détourner l’attention de la personne auteure; parler à la personne victime);
- Agir avec la personne victime comme si vous la connaissiez, pour lui permettre de sortir de la situation;
- Aider la personne victime à se mettre en lieu sûr;
- Orienter la personne victime vers les ressources qui peuvent l’aider;
- Dénoncer la situation à une ressource compétente (p. ex. garde de sécurité, responsable de l’endroit, personne de confiance)16.
Pour en savoir plus sur les actions à poser si vous êtes témoins d’une violence sexuelle :
- Proche de victime. Quoi faire ? Centre d’aide pour victimes d’agression sexuelle.
- Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle, Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal.
Références
- Fondation Marie-Vincent (2019). « Le dévoilement de la violence sexuelle », dans Fondation Marie-Vincent, [en ligne], (consulté le 24 janvier 2023).
- Action ontarienne contre la violence faite aux femmes « Soutenir son enfant victime d’agression », dans Traçons les limites, [en ligne], (consulté le 27 janvier 2023).
- Hailes, H. P., R. Yu, A. Danese et S. Fazel (2019). « Long-term outcomes of childhood sexual abuse: an umbrella review », The Lancet Psychiatry, vol. 6, n° 10, p. 830‑839.
- Hornor, G. (2010). « Child Sexual Abuse: Consequences and Implications », Journal of Pediatric Health Care, vol. 24, n° 6, p. 358‑364.
- Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Montréal « Les attitudes aidantes », dans Info-aide violence sexuelle, [en ligne], (consulté le 27 janvier 2023).
- Ministère de la Santé et des Services sociaux (2020). Faire un signalement au DPJ, c’est déjà protéger un enfant - Quand et comment signaler ?, Montréal, Québec, Ministère de la Santé et des Services sociaux.
- Centre de prévention et d’intervention pour victimes d’agression sexuelle (2021). Guide à l’intention des parents - Mon enfant a été victime d’une agression sexuelle, [en ligne], Laval : Québec, Centre de prévention et d’intervention pour victimes d’agression sexuelle, (consulté le 13 novembre 2023).
- Centre canadien de protection de l’enfance (2018). Abus pédosexuels : réparer les dégâts - Guide pour les parents et tuteurs après la découverte d’un abus, [en ligne], Manitoba, Centre canadien de protection de l’enfance, (consulté le 24 mars 2023).
- Roy, S. (2022). L’intervention en contexte de dévoilement d’une violence sexuelle ou dans une situation de soupçon [Webinaire]. Fondation Marie-Vicent.
- Loi sur la protection de la jeunesse, RLRQ, ch. P-34.1 (1977). LégisQuébec, (consulté le 29 novembre 2021).
- Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal (2018). Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle, 3e édition, [en ligne], Québec, Secrétariat à la Condition féminine, (consulté le 20 février 2023).
- Cotter, A., et L. Savage (2019). La violence fondée sur le sexe et les comportements sexuels non désirés au Canada, 2018 : Premiers résultats découlant de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés, [en ligne], Statistique Canada, (consulté le 10 décembre 2021).
- Dworkin, E. R., S. V. Menon, J. Bystrynski et N. E. Allen (2017). « Sexual assault victimization and psychopathology: A review and meta-analysis », Clinical psychology review, vol. 56, p. 65‑81.
- Action ontarienne contre la violence faite aux femmes « Comment recevoir le dévoilement d’une amie ? », dans Traçons les limites, [en ligne], (consulté le 27 janvier 2023).
- Centre d’aide pour victimes d’agression sexuelle « Proche de victime », dans CAVAS, [en ligne], (consulté le 27 janvier 2023).
- Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (21 mars 2023). « Les attitudes aidantes », dans RQCALACS, [en ligne], (consulté le 27 janvier 2023).