Contexte de vulnérabilité : relations amoureuses à l’adolescence

Note : Sauf avis contraire, le contenu de ce document est tiré de : Hébert, M., Moreau, C., Lavoie, F. et Fernet, M. (2014). Violence dans les relations amoureuses à l’adolescence : constats et approches préventives. Source : observatoiremaltraitance.ca/Pages/Coup_d'oeil_sur_les_relations_amoureuses.aspx

Faits saillants

  • La violence dans les relations amoureuses à l’adolescence représente un enjeu majeur de santé publique, notamment en raison de ses répercussions sur la santé mentale, physique et sexuelle des jeunes1.
  • Ce type de violence augmente avec l’âge des jeunes, touchant le quart des élèves du 1er secondaire et plus du tiers des élèves du 3e et 5e secondaire1.
  • Les jeunes ayant vécu une expérience traumatique durant l’enfance sont particulièrement à risque de vivre de la violence dans leurs relations amoureuses.
  • Les efforts de promotion de relations égalitaires et harmonieuses s’avèrent essentiels pour assurer la santé et le bien-être des jeunes ainsi que la prévention de la violence dans leurs relations amoureuses.
 
 

La violence dans les relations amoureuses à l’adolescence se définit comme « tout comportement ayant pour effet de nuire au développement de l’autre en compromettant son intégrité physique, psychologique et sexuelle »3.

La violence dans les relations amoureuses à l’adolescence touche un nombre important de jeunes1,2.

Cette violence est particulièrement préoccupante du fait qu'elle survient à une période développementale cruciale. L'adolescence est en effet propice à l’émergence des premières relations amoureuses qui contribuent à la formation de l’identité, la découverte de l’intimité ainsi que l’épanouissement affectif, relationnel et sexuel.

Ce type de violence se distingue de celle vécue à l’âge adulte par la courte durée et la nature successive des relations chez les adolescents (monogamie sérielle). Cette réalité combinée au fait qu'ils expérimentent leurs premières relations amoureuses fait en sorte que certains jeunes peuvent vivre de la violence sans avoir de repères pour l’identifier et trouver l’aide appropriée.

Ampleur de la violence dans les relations amoureuses à l'adolescence

La problématique de la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence fait l’objet d’un intérêt croissant depuis les dernières années. Au Québec, l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2010-2011 permet d’offrir des données représentatives de l’ensemble de la province concernant cette problématique.

  • Trois jeunes sur 10 (30 %) ont déclaré avoir subi de la violence dans leurs relations amoureuses au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête et le quart (25 %) rapportait avoir infligé au moins une forme de violence à leur partenaire2.
  • Les filles sont victimes de violence dans leurs relations amoureuses comparativement à 25 % des garçons (36 % c. 25 %)2.
  • Environ 16 % des jeunes du secondaire ont déclaré avoir été à la fois victimes et auteurs de violence dans leurs relations amoureuses au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête2.

Enquête sur les parcours amoureux des jeunes (PAJ)

Selon l’Enquête PAJ réalisée en 2011-2012 auprès d’un échantillon représentatif d’élèves du 3e, 4e et 5e secondaire au Québec :

  • La violence dans les relations amoureuses au cours des 12 mois précédant l’enquête concernait 63 % des filles et 49 % des garçons4;
  • Au regard des formes de violence :
    • La violence psychologique était la forme de violence la plus rapportée par les jeunes (56 % chez les filles et 46 % chez les garçons);
    • En ce qui a trait à la violence physique, 16 % des filles et 13 % des garçons rapportaient au moins un épisode de violence au cours des 12 derniers mois;
    • Des disparités importantes étaient notées sur le plan de la violence sexuelle : 20 % des filles rapportaient au moins un épisode de coercition sexuelle alors que cette proportion était de 7 % chez les garçons4.

Facteurs de risque associés à la violence dans les relations amoureuses chez les adolescents

La documentation scientifique identifie un certain nombre de facteurs de risque associés à une probabilité accrue de vivre ou d’exercer de la violence dans le contexte des relations amoureuses à l’adolescence. Ces études permettent généralement de conclure que ces facteurs sont sensiblement les mêmes pour les garçons et les filles5.

Conflits familiaux+

Une histoire familiale marquée par le divorce et la séparation des parents, des pratiques parentales sévères et une discipline peu cohérente sont tous des éléments associés aux incidents de violence subis ou perpétrés dans les relations amoureuses à l’adolescence5.

Exposition à la violence conjugale +

Quelques études suggèrent qu’il existe une association entre le fait d’être exposé à la violence entre les parents et celui de vivre une relation amoureuse empreinte de violence5.

Troubles de conduites à l’enfance +

Le fait d’avoir des comportements délinquants et antisociaux (le non-respect des règles, briser des objets, commettre des délits, exercer de la violence à l’égard des pairs et la consommation de substances) durant l’enfance et au début de l’adolescence est un élément prédictif de la  violence exercée dans les relations amoureuses5.

Avoir été victime d’une agression sexuelle +

Des recherches indiquent que le fait d’avoir vécu une agression sexuelle durant l’enfance est un facteur de risque important de revictimisation des jeunes dans leurs relations amoureuses (pour les formes de violence psychologique, physique et sexuelle). L’agression sexuelle ressort comme étant un facteur fortement associé à la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence, et ce, même en contrôlant l’âge et la présence d’autres traumatismes (ex. : exposition à la violence conjugale ou mauvais traitements physiques)6.

Expérience de mauvais traitements dans l’enfance +

Le fait d’avoir subi des mauvais traitements dans l’enfance est prédictif de la violence perpétrée ou vécue dans les relations amoureuses à l’adolescence5. Les enfants témoins ou victimes de violence seraient plus à risque de recourir à de tels comportements comme mode de résolution de conflits7.

Avoir des amis qui vivent de la violence dans leur relation amoureuse +

Le fait d’avoir des amis (victimes ou qui commettent de la violence) impliqués dans une relation amoureuse empreinte de violence est un facteur prédictif de la violence perpétrée ultérieurement5.

Affiliation à des pairs déviants +

Le fait d’avoir des amis délinquants ou d’avoir des amis qui approuvent la violence dans les fréquentations est un facteur associé à la violence dans les relations amoureuses5.

Prévention de la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence

Lorsqu’il s’agit de prévenir la violence dans les relations amoureuses chez les jeunes, deux types d’approches sont préconisés :

Les programmes de prévention universelle s’adressent généralement aux adolescents en milieu scolaire afin de modifier la norme sociale à l’égard de la violence dans les relations amoureuses en agissant surtout sur des facteurs individuels de la violence comme les connaissances, les attitudes et les habiletés sociales de ces jeunes8.+

Quelques exemples de ces programmes développés au Québec :

  • Programme de prévention de la violence dans les relations amoureuses des jeunes (ViRAJ) qui vise à sensibiliser les jeunes de 14-15 ans aux différentes formes de violence et la notion de contrôle dans le couple9.
  • Programme de prévention et de promotion traitant de la violence dans les relations amoureuses et du harcèlement sexuel auprès des jeunes de 16-17 ans (PASSAJ). Il vise à sensibiliser les jeunes à la notion de contrôle dans les relations amoureuses, à la violence sexuelle et au harcèlement sexuel10.
  • Trousse Premières amours vise la promotion des rapports harmonieux et égalitaires et la prévention de la violence dans les relations amoureuses. Elle est destinée aux personnes œuvrant auprès des jeunes de 12 à 18 ans11.

Les programmes de prévention sélective ciblent les jeunes considérés à risque de vivre de la violence dans leurs relations amoureuses, par exemple les jeunes ayant un passé de maltraitance ou ayant vécu une agression sexuelle.+

À ce jour, ces programmes sont peu nombreux, mais ceux qui ont fait l’objet d’une évaluation rigoureuse montrent qu’ils peuvent prévenir la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence. En voici deux exemples :

  • Youth Relationship Project est un programme pour les 14 à 16 ans ayant une histoire de maltraitance. Il est basé sur dix-huit sessions de deux heures et vise à développer des habiletés positives de résolution des problèmes interpersonnels et alternatives à la violence. Ce programme est associé à des changements sur la victimisation psychologique et physique, mais les effets sur la violence sexuelle n’ont pas été encore évalués13.
  • Violence Prevention Mentoring Program vise les garçons en situation de judiciarisation pour des motifs reliés à la violence (ex. : avoir des comportements violents à l’égard des femmes, avoir commis ou subi de la violence, faire partie d’un gang de rue, etc.). Ce programme de quatre sessions de deux heures trente est associé à des changements sur le plan de l’acquisition de connaissances sur la violence conjugale14.

Pistes d’intervention prometteuses

La littérature permet d’identifier un certain nombre d’éléments qui permettrait de mieux soutenir les efforts de prévention de la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence dont :

  • L’implication et la participation active des pairs, des parents et des intervenants dans les programmes15.
  • L’importance de la participation des jeunes à des programmes de mentorat qui visent l’établissement de relations amoureuses et sexuelles saines16.
  • Des programmes qui aident les parents à reconnaitre les influences sociales et culturelles susceptibles de générer des attitudes et des comportements violents chez leur enfant16.
  • L’utilisation des médias sociaux dans l’établissement de stratégies préventives de la violence17.

Mythes et réalité entourant la violence conjugale chez les personnes immigrantes

Des mythes entourant la violence conjugale sont véhiculés dans la population. Certains d’entre eux ont trait à la violence vécue dans les relations amoureuses à l’adolescence.

 
 
 
 

Mythe : La violence vécue par les jeunes dans les relations amoureuses est sans conséquence, car ce ne sont que des « amourettes ».

Réalité : La violence vécue par les jeunes est aussi importante que celle vécue par les adultes en situation de violence conjugale. La violence affecte le développement de l’identité du jeune et a un impact sur ses relations amoureuses futures18.

Pour en savoir plus :

Ressources d’aide pour les personnes impliquées dans la violence conjugale

Contacts médias

 
 

Références

  1. Riberdy, H., et Tourigny, M. (2009). Violence et fréquentations amoureuses au secondaire: coup d’œil à Montréal. Enquête sur le bien-être des jeunes Montréalais, Rapport thématique 3. Montréal, Québec : Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Direction de la santé et des services sociaux de Montréal.
  2. Traoré, I., Riberdy, H. et Pica, L. A. (2013). Violence et problèmes de comportement. Dans L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2010-2011. Tome 2 Le visage des jeunes d’aujourd’hui: leur santé mentale et leur adaptation sociale (p. 81-110). Québec: Institut de la statistique du Québec.
  3. Lavoie, F., Vézina, L., Gosselin, A. et Robitaille, L. (1994). VIRAJ: Programme de prévention de la violence dans les relations amoureuses des jeunes: Animation en classe. Québec : Ministère de l’Éducation, Gouvernement du Québec.
  4. Hébert, M., Blais, M., Lavoie, F., Guerrier, M. (soumis). Prevalence of dating victimization in a representative sample of high school students in Quebec
  5. Foshee, V. A. et Reyes, H. L. M. (2011). Dating abuse: Prevalence, consequences, and predictors. Dans J.R. Levesque (Eds.), Encyclopedia of Adolescence (p. 602-615). New York: Springer Publishers.
  6. Hébert, M., Lavoie, F., Blais, M., et les membres du projet PAJ (2013, novembre). Child sexual abuse as a risk factor for adolescent dating violence: Implications for the design of prevention programs. Canadian Injury Prevention and Safety Promotion Conference, Montréal, Québec, Canada.
  7. Wekerle, C., Leung, E., Wall, A.-M., MacMillan, H., Boyle, M., Trocmé, N. et Waechter, R. (2009). The contribution of childhood emotional abuse to teen dating violence among child protective services-involved youth. Child Abuse and Neglect, 33(1), 45-58.
  8. Lavoie, F., Hébert, M. et Beaulieu-Denault, O. (2012). Pour des relations amoureuses harmonieuses à l’adolescence : un bilan des approches en prévention. Les Cahiers de Plaidoyers-Victimes, 8, 47-54.
  9. Lavoie, F., Hotton-Paquet, V., Laprise, S. et Joyal-Lacerte, F. (2009). ViRAJ: Programme de prévention de la violence dans les relations amoureuses chez les jeunes et de promotion des relations égalitaires : Guide d'animation. Québec: Université Laval.
  10. Lavoie, F., Pacaud, M.-C., Roy, M. et Lebossé, C. (2007). Programme PASSAJ: Programme de prévention et de promotion traitant de la violence dans les relations amoureuses et du harcèlement sexuel auprès des jeunes de 16-17 ans : Édition révisée. Québec: Université Laval.
  11. Rondeau, L., Tremblay, P. H., Hamel, C. et coll. (2011). Premières amours : Trousse d'intervention sur les relations amoureuses des jeunes (ensemble multi-supports). Québec: Direction de santé publique de Montréal, Projet Relations amoureuses des jeunes-CSSS Jeanne-Mance et CECOM-Hôpital Rivière-des-Prairies.
  12. Wekerle, C. et Wolfe, D. A. (1999). Dating violence in mid-adolescence: Theory, significance, and emerging prevention initiatives. Clinical Psychology Review, 19(4), 435-456.
  13. Wolfe, D. A., Wekerle, C., Scott, K., Straatman, A.-L., Grasley, C. et Reitzel-Jaffe, D. (2003). Dating violence prevention with at-risk youth: A controlled outcome evaluation. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 71(2), 279-291.
  14. Salazar, L.F. et Cook, S.L. (2006). Preliminary findings from an outcome evaluation of an intimate partner violence prevention program for adjudicated, African American adolescent males. Youth Violence and Juvenile Justice, 4, 368-385.
  15. Vézina, J. et Hébert, M. (2007). Risk factors for victimization in romantic relationships of young women: A review of empirical studies and implications for prevention. Trauma, Violence and Abuse, 8(1), 33-66.
  16. Centers for Disease Control and Prevention. (2007). Understanding sexual violence: Fact Sheet 2007. Repéré le 29 janvier 2014 à www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/svfactsheet-a.pdf.
  17. Fernet, M., Hébert, M., Lavoie, F. et Bédard, I. (sous presse). Le point de vue des jeunes sur la prévention de la violence dans les relations amoureuses et de la promotion des relations harmonieuses et égalitaires. Dans S. Lapierre, G., Lessard & L. Hamelin-Brabant (Eds). Enfants, adolescents, violence et société (p. à déterminer). Montréal: Les Éditions du remue-ménage.
  18. Lavoie, F et Vézina, L. (2002). Violence dans les relations amoureuses. Dans Institut de la Statistique du Québec (Eds). L’Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois 1999 (p. 471-484).Québec : Institut de la Statistique du Québec.