Un changement de regard peut faire toute la différence!

Émilie Dansereau-Trahan
Annie Aimé, Christophe Maïano

Contexte et objectifs

L’Association pour la santé publique du Québec, en collaboration avec des chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais, s’est intéressée à la stigmatisation à l’égard du poids auprès d’adolescents considérant le peu de données probantes sur le sujet au Québec. Plusieurs enfants sont sujets à l’intimidation en raison de leur excès de poids (Puhl, 2011). D’ailleurs, 41 % des adolescents américains en sont victimes (Puhl, 2009). Le projet visait à documenter le phénomène de la stigmatisation par rapport au poids chez des adolescents québécois et à sensibiliser la population sur ses conséquences auprès des jeunes.

Description et population visée

Afin d’approfondir ce phénomène, l’environnement scolaire apparaît comme un lieu idéal puisqu’il s’agit de leur principal milieu de vie et où ils sont confrontés à plusieurs mécanismes sociaux tels que l’intimidation et la stigmatisation.

Méthode

Un devis méthodologique quantitatif a été développé afin de comprendre le phénomène de la stigmatisation à l’égard du poids chez les adolescents québécois. Pour les rejoindre, une enquête par questionnaire au sein de 17 commissions scolaires a permis de rejoindre 824 jeunes (n=402 garçons, 422 filles) de 14 à 18 ans, répartis dans 78 écoles secondaires. Le questionnaire est une adaptation québécoise qui reprenait diverses échelles de mesure tirées de questionnaires anglophones (Marsh, 1992;Cusumano & Thompson, 2001; Crandall, 1994; Maïano, Morin, Monthuy-Blanc, & Garbarino, 2010; Garner & Garfinkel, 1979; Shafran, Fairburn, Robinson, & Lask, 2003), notamment le Weight Stimatization Questionnaire (Puhl, 2011).

Résultats et outils développés

Les données analysées indiquent que 37 % des jeunes considèrent l’intimidation à l’égard du poids comme un problème sérieux, voire très sérieux. La majorité d’entre eux (89 %) sont témoins d’actes d’intimidation. Le tiers des répondants considère que le poids constitue un motif d’intimidation. Les données mettent également de l’avant le fait que 47 % des jeunes intimidés en raison du poids deviennent ainsi obsédés par celui-ci. Enfin, 59 % des répondants indiquent que les jeunes intimidés dans leur école le sont en raison de leur poids.

Grâce à ces résultats, des outils de sensibilisation ont été développés afin d’intervenir auprès d’adolescents, de parents et d’intervenants sur les conséquences de la stigmatisation. À cet égard, le microsite produit (www.changezderegard.com) les informe, les outille et leur offre des ressources précises. De plus, deux guides éducatifs à l’intention d’enseignants en Éducation physique et à la santé et en Éthique et culture religieuse y sont disponibles gratuitement. Ceux-ci leur permettent de traiter de cette problématique dans le cadre de leurs cours, de sensibiliser et de mieux outiller leurs élèves.

Conclusion et recommandations

Les résultats confirment la prévalence de la stigmatisation à l’égard du poids chez les adolescents au Québec. Considérant l’impact de cette problématique sur le développement global des jeunes, poursuivre l’investigation est nécessaire pour mieux intervenir. Il apparaît également important d’évaluer l’impact sur les populations visées des outils développés pour les accompagner.