Infections invasives à méningocoque

Agent causal

Le méningocoque est une bactérie diplocoque à Gram négatif responsable d’infections invasives comme la méningite ou la méningococcémie (septicémie à méningocoque) qui peuvent mettre la vie en danger (1).

La méningite est une inflammation des méninges (enveloppes du cerveau) et de la moelle épinière généralement d’origine infectieuse (bactéries, virus, mycètes, etc.). Elle est associée à un risque élevé de complications, de séquelles et de décès.

La méningite bactérienne est la forme infectieuse la plus redoutable. Les espèces bactériennes suivantes sont responsables de 50 % des décès dus à la méningite (1) :

  • Neisseria meningitidis (méningocoque ou Nm);
  • Streptococcus pneumoniae (pneumocoque ou Spn);
  • Haemophilus influenzae (Hi);
  • Streptococcus agalactiae (streptocoque du groupe B).

Ces bactéries peuvent également causer des pneumonies et des septicémies. Les agents pathogènes responsables peuvent varier en fonction de l'âge, du système immunitaire et du niveau d'exposition au risque, qui peuvent être influencés par les conditions de vie et la situation géographique (1) :

  • Nouveau-nés : principalement exposés au streptocoque du groupe B;
  • Enfants et adolescents : Nm, Spn et Hi;
  • Adultes : Nm et

Le Mycobacterium tuberculosis (tuberculose), les Salmonella non-Typhi et le Listeria monocytogenes sont d’autres bactéries causales.

Autres agents pathogènes : plusieurs virus (ex. : entérovirus, herpesvirus, arbovirus), mycoses (ex. : Cryptococcus) et parasites (ex. : amibes) sont responsables d’une bonne proportion de méningites (1). Alors que la majorité des méningites sont d’origine virale et généralement bénignes, les formes bactériennes sont responsables de la majorité des séquelles et des décès.

Neisseria meningitidis

Le Nm étant susceptible de provoquer de vastes épidémies (3), il est l’agent pathogène qui rend le voyageur le plus à risque de méningite. Il en existe 12 sérogroupes, dont six (A, B, C, W, X, Y) sont reconnus pour être les principaux responsables d’épidémies récurrentes de méningite, notamment en Afrique (2,3). L’incidence de la méningite à ces sérogroupes respectifs est variable selon les régions du monde. Voir la section Épidémiologie.

Bien que plusieurs agents puissent mener à la méningite, le présent chapitre se concentrera sur l’infection invasive à Neisseria meningitidis (méningocoque, Nm), compte tenu de son importance en santé des voyageurs.

Transmission

La bactérie Nm se retrouve dans les sécrétions nasales et de la gorge des personnes infectées (symptomatiques, malades) ou porteuses de la bactérie (asymptomatiques, non malades) (1,4).

L’état de porteur asymptomatique est transitoire. En tout temps, il est estimé que de 5 à 10 % de la population est porteuse de la bactérie Nm (4).

Nm se transmet de personne à personne via les gouttelettes respiratoires. La transmission nécessite une exposition rapprochée (4).

Voici les facteurs de risque d’acquisition de Nm (2) :

  • Endémicité de l’infection à Nm dans le pays visité. Voir la section Épidémiologie.
  • Conditions et habitudes de vie (la proximité avec les gens, le surpeuplement, les rassemblements de masse religieux ou sportifs, etc.) (1)
  • Âge (les enfants d’âge préscolaire, les adolescents et les jeunes adultes sont plus à risque de Nm);
  • Certaines conditions médicales:
    • Asplénie fonctionnelle ou anatomique;
    • Drépanocytose (anémie falciforme);
    • Déficits immunitaires congénitaux;
    • Certains médicaments immunosuppresseurs agissant sur le complément;
    • Infection au virus d’immunodéficience humaine (VIH).

Tableau clinique

Le Nm peut provoquer une infection invasive (méningite, septicémie ou autre), mettant en danger la vie de la personne (1).

La période d’incubation de l’infection invasive à méningocoque (méningite ou méningococcémie) est de deux à dix jours après l’exposition (moyenne de trois à quatre jours).

Les premiers symptômes peuvent ressembler à une infection banale des voies respiratoires, avec rhinorrhée, congestion nasale, mal de gorge, toux et fièvre (5). Cependant, rapidement dans les heures qui suivent, d’autres symptômes apparaissent de façon soudaine (2).

Les symptômes classiques de la méningite (présents dans 50 % des cas (4)) sont :

  • Céphalées;
  • Fièvre;
  • Raideur de nuque;
  • Nausées;
  • Vomissements;
  • Faiblesse;
  • Photophobie;
  • Symptômes d’atteinte cérébrale : altération de l’état mental (confusion, somnolence, coma), déficit neurologique focal (paralysie de nerfs crâniens, parésie motrice).

Si une méningococcémie (septicémie - présente dans 30 % des cas (4)) survient, la personne malade présentera les symptômes suivants :

  • Fièvre;
  • Rash pétéchial ou purpurique (caractéristique de la méningococcémie, mais non spécifique (6));
  • Signes d’hypoperfusion (choc).

Sans antibiothérapie, la létalité de la méningite bactérienne approche 100 % (5). Avec le traitement antibiotique approprié, la létalité de l’infection invasive à Nm demeure autour de 10 à 15 % (4). Chez les personnes qui survivent, 20 % auront des séquelles permanentes sous forme de surdité, convulsions, parésie des membres, pertes visuelles, trouble du langage, de la mémoire, de la communication, du comportement, ou une amputation après une septicémie (1).

Diagnostic

Le diagnostic de la méningite et de la méningococcémie se fait sur une base clinique (histoire, symptômes et examen physique) et à l’aide de tests de laboratoire. La ponction lombaire avec analyse du liquide céphalo-rachidien, ainsi que les hémocultures sont nécessaires pour confirmer le diagnostic et orienter le traitement.

Traitement

La méningite bactérienne est une urgence médicale nécessitant une hospitalisation et souvent une admission aux soins intensifs (6). Des antibiotiques intraveineux doivent être débutés le plus tôt possible dès qu’une méningite bactérienne est suspectée. Des traitements de support hémodynamique et respiratoire peuvent être utilisés au besoin (amines vasopressives, oxygène, ventilation mécanique, etc.).

Épidémiologie

Pays endémiques ou à risque épidémique de l’Afrique

En Afrique, il y a 26 pays (sur 54) où la méningite à méningocoque est endémique ou à risque épidémique (7) :

  • Bénin
  • Burkina Faso
  • Burundi
  • Cameroun
  • Côte d’Ivoire
  • Érythrée
  • Éthiopie
  • Gambie
  • Ghana
  • Guinée (Conakry)
  • Guinée-Bissau
  • Kenya
  • Mali
  • Mauritanie
  • Niger
  • Nigéria
  • Ouganda
  • République centrafricaine
  • République démocratique du Congo
  • Rwanda
  • Sénégal
  • Soudan
  • Soudan du Sud
  • Tanzanie
  • Tchad
  • Togo

La majorité de ces pays ont des régions qui se trouvent dans la ceinture africaine de la méningite, une zone située dans la savane de l’Afrique subsaharienne qui s’étend du Sénégal à l’ouest jusqu’en Éthiopie à l’est. Dans cette ceinture méningée, la méningite à méningocoque est hyperendémique et le risque épidémique est très élevé durant la saison sèche, généralement de novembre à juin selon la région et l’année (7).

Avant l’introduction du vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe A (NmA) en 2010, ce sérogroupe était responsable de la grande majorité des cas de méningites en Afrique. Bien que la transmission de la méningite à NmA ait été interrompue de façon spectaculaire (aucun cas rapporté depuis 2017 (8)), des épidémies causées par d'autres sérogroupes de Nm (C, X et W) et d’autres agents pathogènes (tels que SPn et Hi), se poursuivent.

Un total de 26 457 cas suspects de méningite a été rapporté en Afrique en 2024, dont 72 % sont survenus durant la saison épidémique. Les pays qui ont rapporté le plus de cas sont l’Éthiopie, le Niger, le Nigéria et la République démocratique du Congo. À noter que moins de 15 % des analyses du liquide céphalorachidien des patients ont permis d’identifier un pathogène :

  • Nm dans 65 % des cas (dont 62 % de NmC, 35 % de NmW et 2 % de NmX),
  • Spn dans 28 % des cas, et
  • Hib dans 2 % des cas (8).

Des épidémies majeures de Nm de sérogroupe C se sont présentées surtout au Nigéria et au Niger depuis 2015 en raison de la circulation d’un clone hypervirulent, le CC-10217, détecté pour la première fois au Nigéria en 2013 (7–9).

Ailleurs dans le monde

Les infections invasives à méningocoque surviennent de façon sporadique dans le monde entier. Cependant, la maladie est rare dans les régions non épidémiques avec un taux global d’incidence variant de 0,5 à 10 cas/100 000 personnes/année. Les éclosions se produisent en hiver et au printemps dans les régions tempérées. La plupart des pays développés ont des programmes de vaccination de routine contre le Nm, ce qui a réduit l'incidence de l’infection invasive à Nm, particulièrement celle du NmC.

L’incidence de la maladie en Australie, en Europe, en Amérique du Sud et aux États-Unis d’Amérique est de 0,1 à 2,4 cas/100 000 habitants par année. (4)

En Europe, l’incidence de la méningococcie se situe généralement en dessous de 1 cas/100 000 habitants/année, en raison de la bonne couverture vaccinale (10). Le rapport de surveillance de 2022 des ECDC, publié en 2024, indique que le sérogroupe B prédomine (62 % des cas), suivi du sérogroupe Y (16 %), du sérogroupe W (10 %) et du sérogroupe C (6 %) (11). En 2022, 1 149 cas et 110 décès ont été rapportés par 30 des pays membres.

La situation est similaire en Australie et en Amérique du Nord, avec une prédominance du sérogroupe B dans plusieurs pays (12,13). Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) rapportaient en 2024 une augmentation des cas causés par un clone de NmY, le ST-1466 (14).

À noter que les données de la surveillance de nombreux pays, en particulier en Asie, sont incomplètes ou manquantes et on ne dispose pas actuellement d’une estimation fiable de la charge de morbidité mondiale de cette maladie (15,16).

Distribution géographique

 

 

Risques en voyage

Pour les infections invasives à méningocoque, seuls les pays qui présentent un risque particulier d’infection (endémicité modérée à forte) font l’objet d’une mention dans la section Recommandations par pays. Lorsqu’elles sont connues, la répartition géographique des régions à risque dans chaque pays est précisée ainsi que la saisonnalité du risque s’il y a lieu. Cependant, compte tenu de la variabilité de ces paramètres, on ne devrait pas les utiliser de manière restrictive pour juger de l’indication de la vaccination.

En général, l’infection invasive à méningocoque constitue un risque très faible lors d’un séjour à l’étranger. Cependant, les rassemblements de masse comme le pèlerinage pour le Hadj et l’Umrah en Arabie Saoudite augmentent le risque pour plusieurs raisons : la proximité humaine, la présence simultanée de citoyens de nombreux pays dont certains sont endémiques pour le méningocoque, ainsi que le faible taux de vaccination (17–19).

On peut se référer au Protocole d’immunisation du Québec pour connaître les indications usuelles de vaccination.

Étant donné que les réactions indésirables au vaccin sont rares et que la maladie peut rapidement évoluer vers une issue fatale, il pourrait s’avérer prudent d’envisager la vaccination lorsque le voyageur n’est pas certain de la nature exacte de l’exposition. En cas de doute, il faut discuter avec le voyageur des risques et des bénéfices de la vaccination avant de prendre une décision.

Immunisation

Les recommandations qui suivent concernent l’usage des vaccins conjugués. Il est préférable d’utiliser le vaccin quadrivalent contre les sérogroupes A, C, W et Y lorsqu’indiqué. Le vaccin contre le sérogroupe B sera quant à lui utilisé pour des régions où sévit une éclosion avec ce sérogroupe.

Pays africains endémiques ou à risque épidémique

  1. L’immunisation est recommandée pour tous les voyageurs qui effectueront un séjour à l’intérieur de la ceinture africaine de la méningite durant la saison sèche (novembre à juin).
  2. Envisager l’immunisation pour certains groupes particuliers de voyageurs qui effectueront un séjour à l’intérieur de la ceinture africaine de la méningite, mais en dehors de la saison sèche (juillet à octobre), ou qui effectueront un séjour à l’extérieur de la ceinture africaine de la méningite:
  • Les enfants et les adultes de moins de 30 ans, quelle que soit la durée du séjour;
  • Les adultes de 30 ans et plus qui auront des contacts plus étroits et prolongés avec la population locale (lors de l’hébergement, dans les transports en commun, lors d’un travail en soins de santé ou avec des réfugiés ou lors de voyage d’aventure) ou qui s’y rendent pour un long séjour (trois semaines ou plus).
  1. L’immunisation n’est généralement pas recommandée pour les voyageurs qui effectuent un safari de courte durée dans de très bonnes conditions au Kenya et en Tanzanie, étant donné le faible risque d’exposition.

Ailleurs dans le monde

  1. Envisager l’immunisation pour les voyageurs qui feront un séjour prolongé (trois semaines ou plus) dans une région où sévit au moment du voyage une épidémie, une éclosion ou une hausse inhabituelle d’infections à méningocoque d’un sérogroupe contenu dans l'un des vaccins, ou si une épidémie y a sévi au cours des six derniers mois avant le voyage (incluant les pays industrialisés);
  2. L’immunisation est exigée pour tous les voyageurs qui se rendent en Arabie saoudite durant le Hadj ou pour participer à l’Umrah, ainsi que pour du travail saisonnier. Pour ces voyageurs, pèlerins ou non-pèlerins, un certificat d’immunisation est exigé par les autorités du pays, le carnet de vaccination pouvant servir de preuve de vaccination. Pour connaître les exigences vaccinales, se référer au document de l’OMS, Exigences et recommandations sanitaires pour les personnes se rendant en Arabie saoudite pour le hajj en 2025.

Références

  1. Organisation mondiale de la Santé. Meningitis. 2025.
  2. Agence de la santé publique du Canada. Infection invasive à méningocoque : Pour les professionnels de la santé. 2024.
  3. Organisation mondiale de la Santé. Lutte contre la méningite épidémique dans les pays de la ceinture africaine de la méningite, 2023. Relevé Épidémiologique Hebd. 2024;99(39):545‑64.
  4. McNamara LA, Rubis AB. Meningococcal Disease. Dans: CDC Yellow Book: Health Information for International Travel. 2026e éd. 2025.
  5. Kaplan SL. UpToDate. Bacterial meningitis in infants and children (excluding neonates): Clinical features and diagnosis. 2025.
  6. Hasbun R. UpToDate. Clinical features and diagnosis of acute bacterial meningitis in adults. 2025.
  7. Organisation mondiale de la Santé. Enhanced Surveillance of Meningitis in Africa - Meningite Belt Countries Dashboard WHO-AFRO. [cité 27 nov 2025].
  8. Organisation mondiale de la Santé. Lutte contre la méningite épidémique dans les pays de la ceinture africaine de la méningite, 2024. Relevé Épidémiologique Hebd [Internet]. 19 sept 2025;38.
  9. Organisation mondiale de la Santé. Note de synthèse: position de l’OMS sur l’utilisation des vaccins antiméningococciques conjugués multivalents dans les pays de la ceinture africaine de la méningite. Relevé Épidémiologique Hebd. 12 janv 2024;99(1/2):1‑10.
  10. Borrow R, Campbell H, Caugant DA, Cherkaoui A, Claus H, Deghmane AE, et al. Global Meningococcal Initiative: Insights on antibiotic resistance, control strategies and advocacy efforts in Western Europe. J Infect. 1 dec 2024;89(6):106335.
  11. European Centre for Disease Prevention and Control. Invasive meningococcal disease. 2024.
  12. Lahra MM, George R, van Hall SJ, Hogan TR. Australian Meningococcal Surveillance Programme Annual Report, 2023. Communicable Diseases Intelligence. Report No.: 48. 2024.
  13. Asturias EJ, Bai X, Bettinger JA, Borrow R, Castillo DN, Caugant DA, et al. Meningococcal disease in North America: Updates from the Global Meningococcal Initiative. J Infect. dec 2022;85(6):611‑22.
  14. Centers for Disease Control and Prevention. Health Alert Network (HAN). Increase in Invasive Serogroup Y Meningococcal Disease in the United States. 2024.
  15. The Nguyen PN, Hung NT, Mathur G, Pinto T de JP, Minh NHL. Review of the epidemiology, diagnosis and management of invasive meningococcal disease in Vietnam. Hum Vaccines Immunother. 19(1):2172922.
  16. Thisyakorn U, Carlos J, Chotpitayasunondh T, Dien TM, Gonzales MLAM, Huong NTL, et al. Invasive meningococcal disease in Malaysia, Philippines, Thailand, and Vietnam: An Asia-Pacific expert group perspective on current epidemiology and vaccination policies. Hum Vaccines Immunother. 30 nov 2022;18(6):2110759.
  17. Alhajaji R, Alfahmi M, Alamri SA, Alamri AA, Al Sulaiman K, Alsugair SI, et al. Neisseria Meningitidis Carriage Among Hajj and Umrah Pilgrims: A Systematic Review and Meta-Analysis. Eur J Med Res. 5 août 2025;30(1):710.
  18. Organisation mondiale de la Santé. Disease Outbreak News. Invasive meningococcal disease - Kingdom of Saudi Arabia. 2025.
  19. Vachon MS, Barret AS, Lucidarme J, Neatherlin J. Cases of Meningococcal Disease Associated with Travel to Saudi Arabia for Umrah Pilgrimage — United States, United Kingdom, and France, 2024. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2024;73(22):514‑6.

Auteurs
Comité consultatif québécois sur la santé des voyageurs

Collaborateurs
Karl Forest-Bérard, Secrétariat général

Dernière mise à jour :