Relevé des maladies transmissibles au Canada (RMTC) sur les ITSS

Comme chaque année en février, le journal de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), consacre son édition aux ITSS.

Apercu

Cette édition est l’occasion de faire le point sur la surveillance des ITSS au Canada, avec des articles sur les 3 maladies les plus signalées au Canada : gonorrhée, syphilis et chlamydia, de 2010 à 2015. Les définitions de cas confirmés sont par ailleurs rappelées en annexe de chaque article. Cette édition présente également un article sur la lymphogranulomatose vénérienne au Québec, qui apporte des précisions sur les résultats de la vigie intensifiée et détails les éléments de discussions déjà présentés avec l'affiche que les auteurs avaient présenté lors des journées annuelles de Santé Publique 2017 (cliquez ici pour revoir ces résultats).

Un article décrivant l’élaboration, le contenu et l’évaluation de ressources pour lutter contre la stigmatisation liée aux ITSS est proposé dans la section ‘Science de la mise en œuvre’ (Ce sujet fera l’objet d’une prochaine manchette dans Espace ITSS et ne sera pas développé pour l’instant). La section 'Témoin occulaire' apporte quant à elle une ouverture sur d’autres réalités, en décrivant l’administration de traitements anti-VIH et antirétroviraux en Afrique subsaharienne, de 2003 à 2017. L’auteur indique que si l’accès à des médicaments antirétroviraux ne constitue plus un enjeu majeur pour la gestion du VIH et du SIDA en Afrique subsaharienne, le manque de cliniciens formés en gestion du VIH constitue en revanche un énorme obstacle au traitement. Ses propos sont basés sur ses propres observations, dans le cadre d’une mission avec l'Infectious Diseases Institute à l'Université de Makerere à Kampala (Ouganda). Son rôle premier était de former un grand nombre de cliniciens dans le cadre d'un programme de formation en traitements antirétroviraux et en gestion du VIH et du SIDA, ces derniers pouvant ensuite utiliser leurs compétences pour la gestion de grandes cliniques dans leur pays.

Surveillance de la Gonorrhée au Canada de 2010 à 2015

Similairement à ce qui est observé au Québec, les taux de gonorrhée confirmés en laboratoires et déclarés entre 2010 et 2015 ont considérablement augmenté, passant de 33,5 cas par 100 000 habitants à 55,4 cas par 100 000 habitants (augmentation de 65,4%). Néanmoins, les réalités sont différentes d’une province à l’autre, avec une diminution de taux pour le Nunavut (56,9% mais reste le taux le plus élevé) et le Nouveau-Brunswick (22%), tandis que les provinces et les territoires présentant l'augmentation de taux la plus élevée au cours de la période étaient le Yukon (237,3%) et Terre-Neuve-et-Labrador (212,7%). La source de données étant le Système Canadien de Surveillance des Maladies à Déclaration Obligatoire (SCSMDO), les seules autres analyses possibles étaient le sexe et l’âge. Les auteurs observent que les hommes, les adolescents et les jeunes adultes continuent de représenter la majorité des cas de gonorrhée. Des études indiquent que des tests plus sensibles et une résistance antimicrobienne pourraient expliquer une partie de l'augmentation des cas.
D’avantages de données, issues notamment du système de surveillance accrue de la résistance de la gonorrhée aux antimicrobiens (SARGA), seraient utiles afin d’améliorer la surveillance des facteurs de risques et par la suite pouvoir évaluer et améliorer la prise en charge globale de la maladie et son fardeau. Le réseau SARGA permet en effet de compléter les données obtenues via la surveillance passive du SCSMDO. Les premières analyses présentées lors de la phase pilote sont essentiellement descriptives car le nombre de souches incluses reste petit (334 épisodes en 2014), et pour l’instant la représentativité des sites participants reste un enjeu important. Les résultats de la phase pilote sont disponibles ici.

Surveillance de la Syphilis au Canada de 2010 à 2015

A partir des données du SCSMDO, les auteurs visaient à résumer les tendances observées dans les taux de syphilis de 2010 à 2015 au Canada, incluant les cas de syphilis congénitale. De 2010 à 2015, le taux national de syphilis infectieuse au Canada a augmenté de 85,6 %, passant de 5 à 9,3 cas par 100 000 habitants. Tel qu’observé au Québec, la hausse touche principalement les hommes (90,2% d’augmentation), bien qu’on voit également une augmentation chez les femmes (27,8%). Moins de 10 cas de syphilis congénitale sont déclarés chaque année au Canada. Les auteurs rappellent que d’autres études ailleurs dans le monde (notamment États-Unis et Australie) ont montré que les HARSAH sont l’un des groupes les plus à risques. La source de données ne permettant pas d’identifier les facteurs de risques associés à ces hausses de taux de syphilis, les données de surveillance présentées ici restent limitées, mais permettent de suivre les tendances, et les écarts entre les régions et territoires : les taux les plus élevés de syphilis infectieuse ont notamment été observés au Nunavut (153,3 cas par 100 000 habitants en 2015), en Colombie-Britannique (13,0 cas par 100 000 habitants en 2015) et au Manitoba (15,8 cas par 100 000 habitants en 2015).

Surveillance de la Chlamydia au Canada de 2010 à 2015

La chlamydiose est l'infection transmissible sexuellement à déclaration obligatoire la plus fréquemment rapportée au Québec et au Canada (325 cas par 100 000 habitants). Comme pour la gonorrhée et la syphilis, les taux observés au Québec (296 par 100 000 habitants) sont proches et augmentent de manière similaire à ceux du Canada. Le Nunavut (3 791,2 par 100 000 habitants) fait encore partie des régions et territoires les plus touchés, avec les Territoires- du Nord-Ouest. L’infection touche particulièrement les jeunes adultes. En ce qui concerne le sexe, bien que le taux d'infections déclarées chez les femmes (398,6 par 100 000 habitants) soit demeuré supérieur à celui retrouvé chez les hommes (249,1 par 100 000 habitants) de 2010 à 2015, c'est chez les hommes qu'il a connu la hausse la plus marquée. Les auteurs concluent ainsi : ‘Même si de nombreux facteurs peuvent expliquer cette tendance à la hausse, la possibilité d'une réelle augmentation de l'incidence de l'infection ne peut être exclue.’

Rédigée par : 

Fannie Defay – Espace ITSS

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