Vaccination contre les VPH : les faits

Questions-réponses pour soutenir une décision éclairée

Données mises à jour le 27 septembre 2017

À chaque automne, il est particulièrement pertinent de revenir sur le sujet de la vaccination contre les virus du papillome humain (VPH). C’est la période où les jeunes peuvent être vaccinés en milieu scolaire et où le sujet peut être abordé dans les médias.

À ce sujet, Dre Chantal Sauvageau et Dre Caroline Quach, deux médecins spécialistes dans le domaine de l’immunisation à l’Institut national de la santé publique du Québec, rappellent les faits sur le fardeau de l’infection par les VPH et les interventions disponibles pour le réduire, particulièrement la vaccination contre ces virus (1).

Dans le cadre de l’intervention en prévention des ITSS, le professionnel de la santé est amené à proposer la vaccination contre les VPH aux personnes pour qui elle est recommandée. Il doit souvent répondre à plusieurs questions concernant l’efficacité, l’innocuité et les bénéfices de ce vaccin. Il est normal et sain que les gens se questionnent sur une intervention (un vaccin ou autre). Dre Sauvageau et Dre Quach nous rappellent que ces questionnements ne sont pas exclusifs au vaccin contre les VPH, ils sont également survenus lors de l’implantation du programme de vaccination contre l’hépatite B dans les années 90 et maintenant, 20 ans plus tard, les nouveaux diagnostics d’hépatite B aiguë au Québec sont très rares. Il est important de prendre le temps de décrire l’état actuel des connaissances sur le sujet pour favoriser une décision éclairée des personnes.

Nous proposons ici une série de questions/réponses, à partir des informations transmises par Dre Sauvageau et Dre Quach, pouvant aider les professionnels à accompagner les gens dans leur réflexion quant à la vaccination contre les VPH.

Quelles sont les conséquences d’une infection aux VPH?

Au Québec, environ 300 nouveaux cas de cancer du col sont diagnostiqués chez les femmes chaque année. Des milliers de femmes reçoivent un résultat anormal à leur test de dépistage du cancer du col (test Pap) et doivent subir des investigations supplémentaires – souvent invasives – avec les répercussions physiques et psychologiques que cela comporte. D’autres cancers sont associés aux VPH (par exemple : vulve, vagin, anus, pénis, cavité orale), et actuellement, il n’y a pas d’activités de dépistage structurées et reconnues pour les détecter. Les VPH sont également responsables des verrues anogénitales (condylomes).

Est-ce que je suis à risque d’avoir l’infection aux VPH?

Sans vaccination, il est estimé qu’environ les trois quarts de la population seront infectés par au moins un VPH au cours de sa vie. La prévalence de l’infection n’est pas la même dans tous les groupes de la population et le groupe des 16-24 ans est le plus touché. Les données obtenues avant l’implantation du programme de vaccination contre les VPH en milieu scolaire indiquent que 35 à 50 % des femmes de cet âge étaient infectées par un des types de VPH.

À quoi sert le vaccin contre les VPH?

La vaccination vise à prévenir l’infection aux VPH acquise le plus souvent avant l’âge de 30 ans afin d’éviter la progression vers les lésions précancéreuses et le cancer.

Si la majorité des personnes réussit à se débarrasser du virus, pourquoi faut-il se faire vacciner?

Même si 90 % des personnes élimineront le virus, cela en laisse des milliers à risque d’évoluer vers des lésions précancéreuses et le cancer. Actuellement, nous n’avons pas d’outil permettant d’identifier et de vacciner uniquement les personnes incapables d’éliminer l’infection, d’où la stratégie de prévention pour tous.

Donc si je suis vaccinée, je ne peux pas avoir le cancer du col de l’utérus.

Nous n’avons actuellement pas de données prouvant l’efficacité du vaccin contre les cancers. Mais avec les connaissances actuelles au sujet de l’histoire naturelle de la maladie et avec les données montrant que le vaccin mène à une réduction des infections et des lésions précancéreuses (2-6), une baisse des cancers est attendue. Toutefois, nous ne pourrons évaluer cette donnée avant de nombreuses années. De plus, les vaccins disponibles ne protègent pas contre l’ensemble des types de VPH, d’où l’importance d’encourager les femmes à participer aux activités de dépistage du cancer du col de l’utérus, qu’elles soient vaccinées ou pas.

Est-ce que le vaccin est sécuritaire?

Après plus de 270 000 millions de doses administrées et après avoir revu les données sur le sujet à l’échelle internationale, l’Organisation mondiale de la santé a conclu que la vaccination contre les VPH est sécuritaire (7). Plusieurs études indépendantes et deux récentes revues de la littérature confirment également la sécurité du vaccin (8-9). Dans une étude de cohorte en Suède et au Danemark, portant sur près d’un million de filles vaccinées contre les VPH âgées de 10 à 17 ans, les auteurs ont relevé 53 problèmes de santé dans les 180 jours suivant la vaccination, aucune association n’a toutefois été démontrée entre l'exposition au vaccin contre les VPH et les maladies auto-immunes, neurologiques ou thromboemboliques veineuses (10). Un rapport français récent a montré, pour la première fois, une association entre la vaccination contre les VPH et le syndrome de Guillain-Barré. Les auteurs concluent que si l’association trouvée dans leurs données était réelle, cela signifierait une augmentation de l’ordre de 1-2 cas pour 100 000 jeunes filles vaccinées (11). Des initiatives se mettent actuellement en branle à cet effet. Si une telle association se confirme, cette information sera ajoutée aux documents québécois sur la vaccination contre les VPH destinés aux professionnels de la santé et à la population.

Comment peut-on savoir si au Québec le vaccin a des conséquences négatives?

Au Québec, un programme continu de surveillance des manifestations cliniques importantes potentiellement reliées à la vaccination est implanté depuis plusieurs années (ESPRI). Il identifie des signaux nous permettant de réagir de façon proactive. À titre d’exemple, une augmentation des taux de convulsions fébriles chez les jeunes enfants vaccinés à l’âgés de 12 mois avec le vaccin combiné RROV (rougeole, rubéole, oreillons, varicelle) nous a fait changer l’ordre des vaccins administrés et déplacer le RROV à l’âge de 18 mois, puisqu’à cet âge et après avoir déjà reçu une première dose du composant rougeole (RRO à 12 mois), l’augmentation disparait (12). La surveillance post-implantation des programmes de vaccination est en place et se poursuivra. Un tel système organisé devrait être également en place pour tous les médicaments.

Pour lire l’article intégral de Dre Sauvageau et Dre Quach, consultez le site Profession santé (requiert un code d'accès).

Des documents de référence sont disponibles pour aider à répondre aux questions des personnes que vous êtes amenés à vacciner. N’hésitez pas à les consulter.


  1. Sauvageau, C. & Quach, C. (2015) La vaccination contre les VPH : état des connaissances. Profession santé, 13 octobre 2015. Disponible sur http://www.professionsante.ca/medecins/infos-cliniques/champs-therapeutiques/maladies-infectieusesvaccination/la-vaccination-contre-les-vph-etat-des-connaissances-36451
  2. Hariri S, Unger ER, Powell SE, et al. The HPV vaccine impact monitoring project (HPV-IMPACT): assessing early evidence of vaccination impact on HPV-associated cervical cancer precursor lesions. Cancer causes & control : CCC. Feb 2012;23(2):281-288.
  3. Mariani L, Vici P, Suligoi B, Checcucci-Lisi G, Drury R. Early direct and indirect impact of quadrivalent HPV (4HPV) vaccine on genital warts: a systematic review. Adv Ther. Jan 2015;32(1):10-30.
  4. Read TR, Hocking JS, Chen MY, Donovan B, Bradshaw CS, Fairley CK. The near disappearance of genital warts in young women 4 years after commencing a national human papillomavirus (HPV) vaccination programme. Sex Transm Infect. Dec 2011;87(7):544-547.
  5. Baldur-Felskov B, Dehlendorff C, Munk C, Kjaer SK. Early impact of human papillomavirus vaccination on cervical neoplasia--nationwide follow-up of young Danish women. J Natl Cancer Inst. Mar 2014;106(3):djt460.
  6. Drolet M, Benard E, Boily MC, et al. Population-level impact and herd effects following human papillomavirus vaccination programmes: a systematic review and meta-analysis. Lancet Infect Dis. May 2015;15(5):565-580.
  7. Organisation mondiale de la santé. Relevé épidémiologique hebdomadaire, No 28, 2017, 92, 393–404 : http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/255870/1/WER9228.pdf?ua=1%5d (page consultée le 26 septembre 2017).
  8. Macartney KK, Chiu C, Georgousakis M, Brotherton JM. Safety of human papillomavirus vaccines: a review. Drug Saf. Jun 2013;36(6):393-412.
  9. De Vincenzo R, Conte C, Ricci C, Scambia G, Capelli G. Long-term efficacy and safety of human papillomavirus vaccination. Int J Womens Health. 2014;6:999-1010.
  10. Arnheim-Dahlstrom L, Pasternak B, Svanstrom H, Sparen P, Hviid A. Autoimmune, neurological, and venous thromboembolic adverse events after immunisation of adolescent girls with quadrivalent human papillomavirus vaccine in Denmark and Sweden: cohort study. Bmj. 2013;347:f5906.
  11. Alpérovitch A, Elbaz A, Faye A, et al. Vaccins anti-HPV et risque de maladies autoimmunes : étude pharmacoépidémiologique. Paris: Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.
  12. Boulianne N, Kiely M, Quach C, De Serres G. Risque de convulsions et de fièvre après l’administration du vaccin combiné contre la rougeole, la rubéole, les oreillons et la varicelle (RROV) en comparaison au vaccin RRO et varicelle administrés séparément. Québec: Institut national de santé publique du Québec;2013. ISBN : 978-2-550-68493-0.

Rédigée par : 

Geneviève Boily - Espace ITSS

Catégorie(s):