Travailler en réseau : vers une nouvelle logique

L’ère de la surinformation

Alors qu’elle permet de grandes avancées à plusieurs niveaux, l’abondance d’information disponible rend extrêmement complexe le travail des gestionnaires et des intervenants auprès des populations vulnérables. Non seulement l’assimilation de toute information demande du temps, mais elle exige d’abord et avant tout de détenir un ensemble de connaissances permettant de l’interpréter adéquatement, de manière à l’intégrer dans le cadre de nos actions et nos prises de décision.

Autrement dit, notre bassin de connaissances est le fruit de ce que nous faisons avec l’information que nous percevons (ex. : des associations, des comparaisons, etc.) tandis qu’une information à elle seule, c'est-à-dire non enrichie et n’étant point mise en contexte, n’est en réalité d’aucune utilité. La figure 1 sert d’ailleurs d’illustration graphique pour ce phénomène d’habilitation de la donnée jusqu’à la compétence, ou les connaissances appliquées.

Pourquoi parler de valeur ajoutée?

Le bassin de connaissances de chacun d’entre nous est indubitablement limité et afin de profiter réellement de l’abondance d’information dans laquelle nous baignons, il est aujourd’hui essentiel de modifier nos modes de pratique individuelle et organisationnelle afin de s’ouvrir à la possibilité du travail en réseau. Nous nous retrouvons ainsi à augmenter notre bassin de connaissances et donc à multiplier les possibilités de comparaisons nouvelles d’information, de connections inédites entre différentes connaissances menant vers la création d’approches novatrices pour mieux répondre aux besoins de la population. Partagées, et empreintes de nouveaux sens, l’information disponible prend ainsi une nouvelle valeur, une valeur ajoutée.

Ainsi, pour faire face à ce contexte où la coordination des soins de santé aux populations vulnérables est de plus en plus complexe, nous devons nous éloigner de la logique ‘Château’ et nous rapprocher de la logique ‘Réseau’. En fait, nos modes de pratique qui cherchent à conserver et à protéger nos connaissances doivent être modifiés pour d’autres qui nous permettent de mieux collaborer et d’appartenir à des réseaux forts autour d’enjeux partagés.

Collaborer avec de nouvelles valeurs

Ces changements doivent être soutenus par un ensemble de valeurs: le droit à l’erreur, la sollicitude et l’entraide entre les personnes. Ce n’est pas rien ! Il s’agit en fait d’un changement complet de paradigme (illustré en figure 2), et ce, surtout pour les organisations de notre domaine d’activités, où le travail en silos a longtemps été garant de notre haut niveau d'efficacité dans le passé.

Des compétences collectives

Afin de mieux s’adapter aux besoins complexes des populations vulnérables, de créer de nouvelles approches qui répondent encore mieux à ces besoins, il faut apprendre à mieux gérer les connaissances de chacun afin de générer des compétences collectives.

Ce changement nécessaire ne signifie pas seulement de rassembler des informations, comme des livres dans une bibliothèque. Il s’agit plutôt de créer une infrastructure à la fois humaine et matérielle qui permet à ces mêmes informations de circuler à travers nos organisations pour pouvoir y être transformées et utilisées. C’est de travailler en réseau : le tout a plus de valeur que la somme de ses parties.

Rédigée par : 

Jean-François Harvey, doctorant, HEC

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