Prophylaxie préexposition : analyse des faits

Chaque année, on observe plus de 2 millions de nouveaux cas d’infection du VIH à travers le monde1. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les données actuelles montrent qu’il s’agit d’une diminution de 35% des nouvelles infections du VIH depuis l’an 20002. Cette diminution est attribuable aux stratégies populationnelles de lutte au VIH comme les campagnes favorisant le port du condom, l’accès à des services de dépistage, l’accès à du matériel d’injection stérile ou encore l’accès au traitement antirétroviral. Néanmoins, les taux d’infection restent hauts. Dans ce contexte, la recherche de stratégies de prévention supplémentaires s’impose. Récemment, avec l’homologation par Santé Canada du TruvadaMD (tenofovir/emtricitabine) comme médication préventive contre le VIH chez les groupes vulnérables, la prophylaxie préexposition (PrEP) se taille une place de plus en plus importante comme stratégie de prévention. Mais que dit la recherche sur la PrEP?

Les données actuelles sur la PrEP nous permettent de voir des avantages et des limites pour la santé publique. Ces données sont tirées des études suivantes : IPERGAY3, PROUD4, CDC 4945, Partners PrEP OLE6 , iPrEx OLE7, The Demo Project8, PrEPBrasil9 (résultats préliminaires) & Partners Demonstration Project10 (résultats préliminaires).

Efficacité de la PrEP

Les recherches sur la PrEP nous offrent l’opportunité d’utiliser une nouvelle stratégie de prévention contre le VIH. En effet, les études ont montré son efficacité pour réduire le taux d’incidence du VIH chez les groupes vulnérables. En combinaison avec d’autres stratégies de prévention, les données démontrent de plus en plus son efficacité.

Bien que les études réalisées sur la PrEP aient toutes été réalisées de manière concomitante avec d’autres stratégies de prévention comme le port du condom, la PrEP montre des bénéfices également lorsque le condom n’est pas utilisé de manière optimale. Plusieurs résultats montrent une diminution de l’incidence du VIH dans des groupes de participants qui rapportaient deux épisodes ou plus de relations anales sans condom au cours des 12 derniers mois.

Bien prise, la PrEP semble efficace selon les données actuelles. En effet, la majorité des études sur le sujet montre des taux de réduction du risque allant jusqu’à 92%. Ces résultats, comparés aux études canadiennes Omega11 et ARGUS12 sur l’incidence du VIH, montrent une réduction significative du risque d’acquisition du VIH parmi les groupes vulnérables. Cette stratégie de prévention pourrait avoir le potentiel de modifier la tendance épidémique du VIH, enjeu d’intérêt pour la santé publique.

La prise optimale de la PrEP

La prise optimale de la PrEP est associée à une meilleure efficacité et à une réduction du taux d’incidence du VIH chez ses utilisateurs. La majorité des études montrent qu’un haut taux d’observance au traitement permet de maintenir des taux sériques élevés de médication antirétrovirale et donc, une protection accrue contre le virus. L’étude iPrEx OLE indique aussi que l’adhérence au traitement se doit d’être bonne, mais pas parfaite. En ce sens, selon les auteurs, la prise de quatre comprimés ou plus de PrEP par semaine permettrait une réduction des risques de près de 100% alors qu’une prise de deux ou trois comprimés permettrait une réduction des risques de 84%. Ainsi, il est essentiel de trouver des stratégies efficaces pour favoriser une prise optimale de la PrEP afin de permettre l’efficacité du traitement contre l’acquisition de l’infection du VIH.

PrEP et résistances du VIH

À ce jour, aucune étude n’a observé de résistance au VIH en lien avec l’utilisation de la PrEP. Cependant, lors de la dernière Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI), le Dr David Knox a rapporté un cas de transmission du VIH chez un homme de Toronto ayant des rapports sexuels sans condom avec d’autres hommes (HARSAH) et sous prise optimale de PrEP depuis deux ans13. La portée des études actuelles sur de possibles risques de résistance reste restreinte. Nous en savons peu et d’autres recherches seront nécessaires pour mieux évaluer le risque de résistance.

PrEP et autres ITS

Dans le cadre des études sur la PrEP, les taux d’infections transmissibles sexuellement (ITS) sont restés stables et les données ne permettent pas de suggérer que la PrEP favorise la recrudescence d’autres ITS. Cependant, dans l’étude iPrEx OLE, on décrit que les participants suivant le traitement préventif ont développé un sentiment de sécurité vis-à-vis du risque d’acquisition du VIH. Bien que l’étude décrive ce sentiment de manière positive, il est important de se questionner sur les impacts de ce sentiment de sécurité sur l’utilisation d’autres méthodes de protection contre les ITS, comme le condom, et éventuellement sur l’exposition et sur l’acquisition d’autres ITS.

PrEP et effets indésirables

Les effets à long terme de la PrEP sont actuellement peu connus. À ce jour, nous savons que la médication combinée de tenofovir/emtricitabine peut être associée à une diminution de la fonction rénale et à une perte de densité osseuse. Ces effets indésirables ont été répertoriés chez une minorité de cas dans les études sur la PrEP. La PrEP reste sécuritaire, mais un suivi clinique rigoureux est nécessaire. D’autres recherches longitudinales seront essentielles pour mieux comprendre les événements potentiellement indésirables sur la santé des groupes populationnels concernés.

D’autres études sur la PrEP sont en cours. Leurs résultats sont attendus d’ici un à trois ans. D’ici à ce qu’on en connaisse davantage sur la PrEP, celle-ci semble être une stratégie complémentaire efficace de prévention du VIH pour les groupes vulnérables. L’utilisation de la PrEP peut venir répondre à un besoin individuel ayant des répercussions positives sur la santé populationnelle puisqu’on vient briser le cycle de transmission du VIH.

Actuellement, au Québec, les médecins ayant une expertise pour prescrire une médication antirétrovirale peuvent prescrire la PrEP s’il le juge nécessaire.

Pour en savoir davantage sur la PrEP, reportez-vous au document suivant :

Pour en savoir davantage sur le cas recensé d’acquisition du VIH sous la PrEP, reportez-vous au document suivant :

Pour davantage d’information sur les lignes directrices sur la PrEP au Québec, reportez-vous aux documents suivants :

Pour les résultats des études citées sur la PrEP dans cette manchette, reportez-vous au document suivant :

Références

  1. Krakower, D. S., Kenneth, H. M. (2015). Pre-Exposure Prophylaxis to Prevent HIV Infection : Current Status, Future Opportunities and Challenges Drug. Drugs, 75. 243-251. doi : 10.1007/s40265-015-0355-4
  2. ONUSIDA. (2015).  Le sida en chiffres. Repéré à http://www.unaids.org/sites/default/files/media_asset/AIDS_by_the_numbe…
  3. Molina, J.-M. et al. (2015). On-Demand Preexposure Prophylaxis in Men at High Risk for HIV-1 Infection. The New England Journal of Medicine, 373(23). 2237-2246. doi : 10.1056/NEJMoa1506273
  4. McCormack, S. et al. (2016). Pre-exposure prophylaxis to prevent the acquisition of HIV-1 infection (PROUD): effectiveness results from the pilot phase of a pragmatic open-label randomised trial. Lancet, 387. 53-60. doi : http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(15)00056-2
  5. Thigpen, M. C. et al. (2011). Antiretroviral preexposure prophylaxis for heterosexual HIV transmission in Botswana. The New England Journal of Medicine, 367(5). 423-34. doi: 10.1056/NEJMoa1110711
  6. Baeten, J. M. et al. (2012). Antiretroviral prophylaxis for HIV prevention in heterosexual men and women. The New England Journal of Medicine, 367(5). 399-410.
  7. Grant, R. M. et al. (2010). Preexposure chemoprophylaxis for HIV prevention in men who have sex with men. The New England Journal of Medicine, 363(27), 2587-2599.
  8. Liu, A. et al. (2015). Adherence, sexual behavior and HIV/STI incidence among men who have sex with men (MSM) and transgender women (TGW) in the US PrEP demonstration (Demo) project. Communication présentée à la 8e International AIDS Society Conference on HIV Pathogenesis, Treatment and Prevention, Vancouver. Repérée à https://www.youtube.com/watch?v=6SP3Hbe27lM&feature=youtu.be
  9. Newman, E. (2015, février). Partners PrEP Demo Project : Near Elimination of HIV Transmission with ART and PrEP. Communication présentée à la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, Boston. Repérée à http://betablog.org/partners-prep-demo-project-near-elimination-hiv-tra…
  10. Hoagland, B. et al. (2015). PrEP uptake and associated factors among MSM and TGW in the PrEP Brasil demonstration project. Communication présentée à l’International AIDS Society Conference on HIV Pathogenesis, Treatment and Prevention, Vancouver. Repérée à http://pag.ias2015.org/PAGMaterial/Webcast/2244_11083/webcast.mp4
  11. Dufour, A. et al. (2000). Risk behaviours and HIV infection among men having sexual relations with men: Baseline characteristics of participants in the Omega Cohort study, Montreal, Quebec, Canada. Canadian Journal of Public Health, septembre – octobre. 344-349.
  12. Gallant, S., Cox, J., Lambert, G., Allard, R., Alary, M., Otis, J., Remis, R. et Mcguire M. (2011). Trends in factors associated with recent hiv testing among montreal men who have sex with men (MSM): Results from the argus 2005 and 2008 surveys. Canadian Journal of Infectious Diseases and Medical Microbiology.
  13. Know, David. (2016). HIV-1 Infection With Multiclass Resistance Despite Preexposure Prophylaxis (PrEP). Communication présentée à la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, Boston. Repérée à http://www.croiconference.org/sessions/hiv-1-infection-multiclass-resis…
Rédigé par
Olivier Godin - Unité ITSS
Date de publication
15 avril 2016