La prévention primaire des maladies liées au virus du papillome humain (VPH)

Les infections par le virus du papillome humain (VPH) sont très fréquentes et certains génotypes du virus causent des lésions aux régions anogénitale et oropharyngée. Il s’agit en fait de l’infection transmissible sexuellement (ITS) la plus courante au monde. On rapporte d’ailleurs que 7 à 8 personnes sexuellement actives sur 10 seront atteintes par au moins un des génotypes de VPH infectant la région anogénitale au cours de leur vie.

La prévention primaire : de quoi parle-t-on?

Les moyens à prendre avant d’être exposé(e) à un partenaire potentiellement infecté font partie de ce qui est appelé la prévention primaire. Comme professionnel de la santé, vous pouvez contribuer à cette prévention en communiquant à vos patients des informations claires, précises et à jour. Cette fiche souhaite vous outiller en ce sens.

Prévenir les infections au VPH avant leur acquisition permet d’éviter des conséquences importantes pour la santé, tant sur le plan physique (cancer du col utérin, condylomes, etc.) que psychosexuel, (anxiété, difficultés relationnelles, etc.). Cela rend aussi possibles des économies considérables au sein du système de santé.

Quels sont les principaux moyens de prévention primaire contre le VPH?

1. Les vaccins contre le VPH : une excellente protection

La protection offerte par les vaccins préventifs contre le VPH est très importante. Les deux vaccins disponibles protègent contre les deux types de VPH à haut risque qui sont parmi les plus fréquents et les plus dangereux. Le vaccin quadrivalent, quant à lui, protège aussi contre deux autres types de VPH qui causent les condylomes.

Aucun des deux vaccins ne guérit les personnes déjà infectées.

Pourquoi favoriser une vaccination à un jeune âge?

L’infection par le VPH est très fréquente dans les premières années suivant le début des activités sexuelles. Pour bénéficier pleinement du potentiel protecteur de ces vaccins, il vaut donc mieux vacciner avant les premières relations sexuelles. De plus, les deux vaccins existants ont démontré une meilleure réponse immunitaire chez les jeunes de 9 à 11 ans que chez les personnes plus âgées.

Au Québec, le programme gratuit pour la vaccination contre le VPH est offert aux jeunes filles et aux adolescentes âgées entre 9 à 17 ans inclusivement. Puisque le Québec a l’un des meilleurs programmes organisés de vaccination scolaire s’adressant aux jeunes de 9 ans (hépatites A et B), en procédant ainsi, on n’ajoute pas de visites supplémentaires reliées à la vaccination et on minimise l’impact sur les activités scolaires. On permet également de minimiser les coûts de gestion du programme de vaccination contre le VPH.

Pour connaître les détails sur le Programme québécois de vaccination gratuite contre le VPH, consultez le site Web du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec :

http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/santepub/vaccination/index.php?programme-de-vaccination-contre-le-vph.

Peut-on vacciner des femmes ayant déjà eu des relations sexuelles?

En plus de la clientèle visée par le programme provincial gratuit, les deux vaccins existants sont aussi homologués pour les femmes de 18 à 25 ans dans le cas du vaccin CervarixMC (bivalent), et jusqu’à 45 ans pour le vaccin Gardasil® (quadrivalent). Ces recommandations tiennent encore si ces femmes ont déjà eu des relations sexuelles, car elles peuvent ne pas avoir encore été infectées par les types de VPH contre lesquels les vaccins protègent ou n’avoir été infectées que par certains d’entre eux.

Si certaines femmes ont déjà eu des lésions reliées au VPH, ces lésions peuvent elles aussi ne pas avoir été causées par les types de VPH visés par les vaccins. La vaccination demeure donc une option à considérer.

La vaccination comporte-t-elle des risques?

Les deux vaccins sur le marché sont très sécuritaires tant du point de vue des réactions locales que des réactions systémiques. Ils ne peuvent pas causer la maladie, car ils ne contiennent aucun produit biologique vivant pouvant causer des infections ou des lésions.

Lors des études cliniques, l’effet secondaire le plus fréquent après la vaccination était la réaction locale de courte durée au lieu d’injection (exemples : douleur, enflure, rougeur). Les réactions systémiques sont rares.

Pour obtenir plus d’information sur ces aspects, consultez notre fiche sur l'innocuité des vaccins contre le VPH.  

2. Le condom : une protection incomplète

L’utilisation des condoms permet une protection substantielle, mais non complète contre les infections au VPH.

Le contact peau à peau peut suffire

Il est pertinent de rappeler aux jeunes et à leurs parents que le VPH peut se transmettre bien que les activités sexuelles demeurent sans pénétration vaginale : le virus peut se retrouver sur des zones non couvertes par le condom. Beaucoup de jeunes pratiquent des activités de frottage des organes génitaux sans pénétration, ou avant de mettre le condom pour pénétration. En agissant ainsi, plusieurs se croient protégés, à tort.

En outre, pour être efficace, le condom doit être bien utilisé et utilisé de manière constante. Lorsqu’il y a oubli, bris ou glissement du condom, le VPH serait l’ITSS la plus transmise1.

Quelques chiffres

En cas de mauvaise utilisation du condom et en présence d’infection au VPH chez leur(s) partenaire(s), les femmes hétérosexuelles sont plus susceptibles d’être infectées que les hommes hétérosexuels. Une étude rapporte que, chez ces femmes dont le partenaire utilise le condom lors de 100 % des relations sexuelles, aucune n’a eu de lésions au col de l’utérus causées par le VPH contre 14 % chez celles dont le partenaire n’utilisait pas le condom ou l’utilisait de façon irrégulière2.

Bref, la bonne et constante utilisation du condom confère une excellente protection contre les ITSS et les grossesses indésirées; toutefois, cette protection n’est jamais totale, particulièrement pour prévenir le VPH.

3. L’abstinence n’est pas une solution miracle

Certains parents voudront éviter la vaccination contre le VPH en pensant que l’abstinence est suffisante pour protéger leur enfant contre le VPH. Ceci est effectivement le cas tant que l’abstinence persiste... et est totale, donc qu’elle s’applique à toutes les formes de pratiques sexuelles.

Les parents ne doivent pas se voiler les yeux

À l’intention des parents, il est aussi bon de préciser que de nombreux jeunes ont des relations, notamment orales-génitales, sans nécessairement le dire à leurs parents, et ce, même si ces derniers refusent souvent d’y croire. Une étude québécoise a démontré que les mères surestimaient l’âge de la première relation de leur fille3.

Par ailleurs, l’abstinence, puis la fidélité, doivent être mutuelles pour réellement limiter l’acquisition et la transmission du VPH. Dans la réalité, on a très peu de contrôle sur cet aspect de la vie sexuelle chez son partenaire.

Considérant tous ces éléments, il apparaît clair que l’abstinence n’est pas, pour la majorité des gens, un moyen de prévention efficace à long terme contre le VPH.

4. Limiter le nombre de ses partenaires n’est pas un moyen de protection suffisant

Avoir peu de partenaires, n’en fréquenter qu’un seul à la fois ou retarder les premières relations sexuelles sont des moyens souvent cités pour réduire le risque des ITSS en général. Dans le cas du VPH, ils sont présentés à tort comme une solution alternative à la vaccination.

Puisque l’infection au VPH est très fréquente dans la population, ces moyens ne donnent pas une protection suffisante pour ne pas avoir recours à la vaccination contre le VPH.

Même en étant fidèle dans une nouvelle relation, il est fréquent que son partenaire ait eu d’autres partenaires avant cette relation. Il est donc possible qu’il soit infecté sans le savoir. En effet, très souvent, les personnes infectées ne ressentent aucun symptôme, ou n’apprennent que tardivement, voire jamais, qu’elles sont infectées.

En rafale

Les quelques questions-réponses présentées ici pourraient vous aider à mieux informer vos patients et à intégrer rapidement des éléments d’information à leur visite.

Le VPH est-il si grave?

Les infections au VPH sont bien souvent contrôlées par le système immunitaire et la disparition spontanée se fait dans 80 à 90 % des cas. Toutefois, dans d’autres cas, le VPH peut causer différents types de cancer (col utérin, vulve, vagin, anus, pénis, gorge, etc.) et des condylomes. Il est impossible de prévoir chez quels individus l’infection sera persistante et évoluera vers la maladie.

Quel est le meilleur moyen pour éviter d’être infecté par le VPH?

Le meilleur moyen de se protéger contre les infections au VPH est d’opter pour la vaccination contre le VPH, préférablement avant les premières relations sexuelles, et de recevoir les doses prévues au calendrier.

Est-ce que je peux être infecté(e) par le VPH si je n’ai pas de relations sexuelles avec pénétration avec mon ou ma partenaire?

Oui, c’est possible. Le contact peau à peau suffit parfois. Les relations orales-génitales peuvent elles aussi provoquer des infections aux parties génitales, dans la bouche ou dans la gorge.

Y a-t-il des risques à se faire vacciner contre le VPH?

Les vaccins disponibles sur le marché sont très sécuritaires. D’abord, soulignons que Santé Canada analyse les données présentées par les compagnies avant d’homologuer les vaccins. Pour les vaccins VPH, aucune différence notable quant aux effets secondaires considérés comme graves n’a été observée entre les sujets ayant reçu le placebo et ceux ayant reçu l’un des vaccins contre le VPH.

De plus, après l’homologation de tous les vaccins, des mécanismes de surveillance des manifestations cliniques liées à la vaccination sont en place. Les autorités de santé publique surveillent donc de près les cas qui lui sont rapportés comme étant des effets secondaires potentiellement reliés à la vaccination.

Au total à ce jour, 85 millions de doses des vaccins contre le VPH ont été distribuées à travers le monde. Au Québec, plus de 150 000 doses ont été administrées annuellement depuis le début du programme en 2008.

Mon garçon peut-il être vacciné contre le VPH lui aussi?

Le vaccin Gardasil® est homologué par Santé Canada pour les hommes de 9 à 26 ans. Par contre, pour l’instant, le Comité consultatif national sur les immunisations (Canada) et le Comité d’immunisation du Québec n’ont pas émis de recommandations au sujet de l’utilisation de ce vaccin chez les garçons, ni sur l’inclusion de ces derniers au programme public de vaccination.

Si je suis vaccinée contre le VPH, dois-je passer le test Pap quand même?

Oui, la vaccination ne remplace pas le test Pap. En effet, comme le vaccin n’a pas de propriétés thérapeutiques, et que le vaccin ne couvre pas toutes les souches de VPH, les femmes vaccinées doivent passer leur test Pap de la même façon que les femmes non vaccinées.

Au Québec, les recommandations précises de dépistage du cancer du col utérin seront communiquées très bientôt aux médecins par les autorités.

Pour découvrir d’autres intéressants questions-réponses au sujet du VPH, visitez :

Pour plus d’information, consultez les autres documents liés au VPH sur Espace ITSS :

Autres références intéressantes sur le Web :

Références

  1. SHLAY, J. C. MCCLUNG, M. W. PATNAIK, J.L., and DOUGLAS, J. M. JR., Comparison of Sexually Transmitted Disease Prevalence by Reported Level of Condom Use Among Patients Attending an Urban Sexually Transmitted Disease Clinic, Sexually Transmitted Diseases 2004, Vol. 31, No. 3, p.154–160. DOI: 10.1097/01.OLQ.0000114338.60980.12
  2. Winer RL., Hughes JP., Feng Q, et al. Condom Use and the Risk of Genital Human Papillomavirus Infection in Young Women. N Eng J Med 2006; 354:2645-2654.
  3. Frappier J.-Y., Communications personnelles en commentaires des résultats de l’Enquête Sex Study –Teenagers and Mothers, Ipsos Insight, 2005.

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