Augmentation des cas déclarés de gonorrhée et de chlamydia dans la région de Montréal

Mieux comprendre pour mieux intervenir!

L’équipe de vigie et de surveillance des maladies infectieuses de la Direction de santé publique – CIUSSS du Centre-sud-de-l’Île-de-Montréal a documenté une hausse importante des cas déclarés de gonorrhée dans leur région depuis 2012.  Cette analyse a considéré les déclarations de chlamydia et de gonorrhée entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2014. Le nombre de cas déclarés de gonorrhée de 2008 à 2011 est demeuré assez stable, mais il a doublé entre 2011 et 2014. On observe également une augmentation graduelle et constante des déclarations de chlamydia entre 2008 et 2014.

L’ensemble des données suggère que l’incidence réelle de la gonorrhée est probablement relativement stable, au moins chez les hommes. Selon les auteurs, le changement relativement abrupt du nombre de cas déclarés de gonorrhée s’explique surtout par la recommandation récente de dépister par TAAN au pharynx et au rectum, réservoirs antérieurement peu détectés.

Le nombre de cas déclarés de gonorrhée a doublé – Plus de cas détectés aux sites pharyngés et rectaux

Le nombre de cas déclarés de gonorrhée a doublé entre 2011 et 2014. 79% de cette hausse représente des infections au rectum ou au pharynx, particulièrement chez les hommes. L’augmentation très importante de cas déclarés de gonorrhée chez les hommes résulte d’une hausse de 204 % du nombre de cas détectés par TAAN et d’une augmentation simultanée de 8% du nombre de cas détectés par culture.  

Bien que ces résultats puissent suggérer une augmentation de l’incidence de la gonorrhée dans la région, le rapport propose plutôt que cette augmentation du nombre de cas détectés par TAAN s’explique par la recommandation récente de dépister par TAAN les sites pharyngés et rectaux.  L’infection gonococcique génitale, généralement symptomatique chez les hommes, est restée stable contrairement à ces deux autres sites, ce qui suggèrerait une incidence réelle stable de la gonorrhée chez les hommes.

Les résultats concernant la gonorrhée chez les femmes sont plus difficiles à interpréter selon ce rapport, car l’infection est plus souvent asymptomatique. Il pourrait s’agir d’une hausse de la détection de l’infection ou d’une hausse de l’incidence réelle.

Au-delà de l’augmentation constante de cas déclarés de C. trachomatis – Explosion du nombre de cas détectés au site rectal

Les cas déclarés de chlamydia ont graduellement augmenté entre 2008 et 2014. Cela dit, on observe une hausse majeure de la détection de l’infection rectale depuis 2008, particulièrement depuis 2011. Encore là, le rapport ne peut s’avancer sur l’explication de cette hausse, entre l’augmentation du nombre de tests effectués ou l’augmentation de l’incidence réelle dans la population.

Un mot sur la résistance aux antibiotiques

Une croissance de la résistance aux antibiotiques de la Neisseria gonorrhoeae a été observée à travers le monde et elle est également présente dans les données de la région de Montréal. Le rapport propose une réflexion sur les facteurs contribuant à cette résistance en lien avec la hausse de détection de gonorrhée au site pharyngé. Les auteurs soutiennent l’hypothèse que le traitement d’une infection gonococcique génitale chez une personne, également infectée au pharynx, mais non détectée pour ce site, pourrait mener à un traitement sous-optimal de la gonorrhée pharyngée et contribuer au développement des résistances.

Des travaux menés par l’INSPQ sont en cours pour étudier de plus près le phénomène de gonorrhée résistante aux antibiotiques, entre autres par l’instauration d’un réseau sentinelle.

Hausse de la détection ou de l’incidence réelle?

Ce rapport souligne que l’incidence réelle de la gonorrhée est probablement relativement stable, au moins chez les hommes. L’augmentation du nombre de cas déclarés de gonorrhée s’expliquerait surtout par la recommandation récente de dépister par TAAN au pharynx et au rectum, réservoirs antérieurement peu détectés.

Analyse des épisodes déclarés de gonorrhée et de chlamydiose chez les résidants de Montréal 2008-2014
Direction de santé publique – CIUSSS du Centre-sud-de-l’Île-de-Montréal

Rédigée par : 

Geneviève Boily - Espace ITSS

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