Blessures associées aux piscines résidentielles et aux bains publics

Les activités pratiquées dans les piscines résidentielles et les bains publics peuvent être associées à des noyades et quasi-noyades, des blessures à la moelle épinière et des blessures par piégeage. Les bains publics incluent les piscines publiques, les pataugeoires et les plages publiques.

Importance du problème

Noyades et quasi-noyades

Au Québec, entre 2000 et 2013, 140 décès par noyade sont survenus dans une piscine résidentielle ou dans un bain public1,2. De ce nombre, 125 noyades (89 %) sont survenues dans une piscine résidentielle (9 noyades par année en moyenne)1 et 15 noyades (11 %) sont survenues dans un bain public (près d’une noyade par année en moyenne)2. Le tiers (33 %) des victimes de noyade dans une piscine résidentielle sont des enfants âgés entre 0 et 4 ans3. Ce groupe d’âge est surreprésenté puisqu’il constitue seulement 5 % de la population4. En ce qui concerne les noyades survenues dans un bain public, plus de la moitié des victimes (53 %) étaient âgées entre 6 et 17 ans et 86 % des victimes étaient des hommes5.

Les activités pratiquées dans les piscines résidentielles et dans les bains publics sont également associées à des quasi-noyades, c'est-à-dire des asphyxies par submersion non mortelles. Durant la période 2006-2007 à 2015-2016, au moins 195 personnes ont été hospitalisées pour quasi-noyades en lien avec ces activités, ce qui représente en moyenne 19 cas par annéea,6.

Blessures à la moelle épinière

Les blessures à la moelle épinière survenues à la suite d’un saut dans l’eau sont responsables de 11 décès entre 2000 et 2015. Les informations disponibles ne permettent cependant pas de connaître le lieu de survenue de ces décèsb,7. De plus, au cours des années 2006-2007 à 2015-2016, au moins 14 personnes ont été hospitalisées pour blessures à la moelle épinière à la suite d’un saut dans une piscine résidentielle ou dans une piscine publiquec,8.

Blessures par piégeage

Bien que plus rare, le phénomène du piégeage associé aux systèmes de filtration, aux grilles de recouvrement ou à la succion est aussi une cause de blessures (amputation, éviscération) dans les piscines résidentielles et dans les bains publics. Les données disponibles ne permettent cependant pas d’établir le nombre de décès, d’hospitalisations ou d’événements traumatiques associés à ce phénomène. Entre 1990 et 2003, 17 cas de piégeage dans les piscines, les pataugeoires ou les spas ont été répertoriés dans le Système canadien hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes (SCHIRPT). Ces données sont incomplètes puisqu’elles sont basées uniquement sur les consultations à l’urgence dans 10 hôpitaux pédiatriques et 4 hôpitaux généraux au Canada9.

Circonstances

Noyades

Les noyades dans une piscine résidentielle chez les enfants âgés entre 0 et 4 ans, surviennent généralement en dehors des heures de baignade, au moment où on croyait que l’enfant était dans la maison ou avec l’autre parent, son frère ou sa sœur. Ce type de noyade survient parce que l’enfant avait accès à la piscined. Pour les autres groupes d’âge, la majorité des noyades dans une piscine résidentielle surviennent lors de la baignade10. En ce qui concerne les noyades survenues dans les bains publics, les principaux facteurs de risque sont les comportements imprudents de certains baigneurs, tel que le fait de retenir son souffle sous l’eau en compétition avec des pairs, certains problèmes de santé comme l’épilepsie et la déficience mentale, ainsi que la surveillance insuffisante ou inadéquate9.

Blessures à la moelle épinière

Une étude réalisée auprès de 45 personnes ayant subi une blessure à la moelle épinière au Québec entre 1961 et 2004 à la suite d’un saut dans une piscine résidentielle ou dans une piscine publique a permis de documenter les circonstances dans lesquelles surviennent ces blessures. Une grande part des sauts ayant causé une blessure à la moelle épinière ont été effectués à partir du bord de la piscine (51 %) ou d’un tremplin (16 %) et 52 % des sauts ont été effectués dans moins de 1,4 m d’eau. La majorité des sauts (89 %) ont été effectués dans une piscine résidentielle qui appartenait à un ami, à un proche ou à une connaissance. De plus, dans un certain nombre de cas, les blessés ont rapporté avoir consommé de l’alcool au moment de l’événemente. Il est à noter que la présence de panneau indiquant l’interdiction de plonger ou la profondeur de l’eau a été peu rapportée par les personnes interrogées, ce qui pourrait suggérer que ce type d’information est souvent absent11.

Blessures par piégeage

Des blessures peuvent également être attribuables au piégeage du corps, d’un membre, des cheveux ou des vêtements dans le système de filtration. Les drains qui génèrent une forte succion et qui ne sont pas recouverts adéquatement augmentent les risques de piégeage qui peuvent se traduire par des noyades ou des quasi-noyades, tout comme l’absence d’un interrupteur d’urgence aux abords d’une piscine ou d’un spa qui permet d’arrêter le système de filtration et ainsi enlever toute pression négative au drain en cas d’urgence9.

Mesures de prévention

Noyades et quasi-noyades

Pour prévenir les noyades et quasi-noyades chez les enfants dans les piscines résidentielles, la mesure de prévention la plus efficace consiste à installer un dispositif limitant en tout temps l’accès à la piscine, par exemple une clôture à 4 côtés installée autour de la piscine avec une porte munie d’un mécanisme de fermeture et de verrouillage automatique ou une clôture empêchant l’accès à une piscine hors terre à partir du patio.
Il n’existe pas à notre connaissance d’évaluation permettant d’estimer le nombre de noyades ou de quasi-noyades prévenues dans les bains publics par la réglementation sur la sécurité dans les bains publics qui vise notamment à assurer une surveillance adéquate des baigneurs. Cependant, plusieurs auteurs considèrent que ces normes contribuent au petit nombre de noyades et quasi-noyades observées dans ces lieux. L’obligation de respecter des normes concernant le nombre et la formation des surveillants-sauveteurs contribue à la fois à réduire le délai d’intervention en cas d’immersion et à fournir une aide respectant les standards des organismes de formation. Cela permet de réduire les séquelles possibles et le nombre de noyades. Ainsi, les programmes visant à améliorer la surveillance, notamment en variant les activités des surveillants pour couper la monotonie et en leur donnant des pauses spécialement lors des journées très chaudes, sont fortement recommandés comme mesures de protection pour prévenir les noyades dans les bains publics9.

Blessures à la moelle épinière

Pour prévenir les blessures à la moelle épinière, il est important de prévoir une profondeur minimale suffisante pour pouvoir plonger dans une piscine en toute sécurité9. Cette profondeur minimale est présentée dans la norme BNQ 9461-100/2009 : Piscines résidentielles dotées d’un plongeoir – Enveloppe d’eau minimale pour prévenir les blessures médullaires cervicales résultant d’un plongeon effectué à partir d’un plongeoir. Il est à noter que la majorité des piscines résidentielles ne sont pas assez profondes pour permettre une décélération suffisante du corps lors d’un plongeon.

En ce qui concerne les bains publics, l’interdiction de plonger dans moins de neuf pieds (2,7 m) d’eau avec une signalisation adéquate, de même que l’aménagement du site en conformité avec les normes énoncées dans le Règlement sur la sécurité dans les bains publics et dans le Code de construction du Québec (chapitre X) sont les principales mesures à préconiser pour prévenir les blessures à la moelle épinière9.

Blessures par piégeage

Différentes mesures peuvent également être mises en place afin de minimiser les risques de piégeage, telles que :

  • munir les couvercles des drains d’un dispositif empêchant le piégeage des cheveux et des maillots de bain;
  • utiliser des couvercles de drain suffisamment larges pour éviter que le corps d’un enfant ne puissent les bloquer;
  • fixer les couvercles solidement de manière à ce qu’il soit impossible pour une personne de les enlever;
  • munir les drains d’un système anti-vortex, c'est-à-dire d’un mécanisme qui prévient la formation d’un tourbillon, afin de prévenir l’aspiration du corps et de ses membres9.

De plus, il est recommandé qu’un interrupteur d’urgence se trouve à proximité des piscines afin de pouvoir arrêter les pompes advenant un incident de piégeage9.

Réglementation en vigueur

Le Règlement sur la sécurité des piscines résidentielles en vigueur au Québec depuis juillet 2010 prévoit notamment des mesures de contrôle de l’accès des piscines en règlementant l’enceinte qui doit entourer la piscine de manière à en protéger l’accès de tous les côtés. Ce règlement ne touche toutefois que les piscines installées après 2010.

Au Québec, la norme BNQ 9461-100/2009 : Piscines résidentielles dotées d’un plongeoir – Enveloppe d’eau minimale pour prévenir les blessures médullaires cervicales résultant d’un plongeon effectué à partir d’un plongeoir spécifie les caractéristiques dimensionnelles et géométriques de l’enveloppe d’eau minimale permettant d’offrir un environnement sécuritaire pour pouvoir plonger dans une piscine résidentielle. Bien que la conformité à cette norme soit volontaire, certains arrondissements et municipalités ont rendu son application obligatoire sur leur territoire. Cette norme est disponible auprès du Bureau de normalisation du Québec.

Le Conseil canadien des piscines et spas recommande pour sa part, dans ses lignes directrices concernant la fabrication et l’installation des piscines résidentielles, que chaque drain soit doté d’un couvercle certifié conforme aux exigences de la norme ASME/ANSI A1112.198.2007 et soit installé selon les directives du fabriquant. Ces lignes directrices n’ont cependant pas force de loi.

Les piscines publiques, pataugeoires et plages publiques sont quant à elles assujetties au Règlement sur la sécurité dans les bains publics. Ce règlement, administré par la Régie du bâtiment du Québec, énonce les exigences auxquelles doivent se conformer les propriétaires de ces types d’installations, notamment en matière de surveillance. La réglementation concernant la construction des lieux de baignade au Québec est pour sa part énoncée dans le chapitre X du Code de construction du Québec.

Puisque les propriétaires et exploitants de bains publics sont en majorité des municipalités, vous trouverez toute l’information relative à la sécurité sur le site internet Ville sécuritaire en loisir et en sport.

Pour en savoir plus

a. Puisque le lieu de survenue est indéterminé pour 84 des 375 quasi-noyades survenues au Québec entre 2006-2007 et 2015-2016, le nombre d’hospitalisations attribuables à une quasi-noyade survenue dans une piscine résidentielle ou dans un bain public pourrait être plus élevé.

b. Le lieu de survenue des décès résultant d’une blessure à la moelle épinière liée à un saut dans l’eau est inconnu. Les événements à l’origine de ces blessures ont pu survenir dans une piscine résidentielle, dans un bain public ou dans un plan d’eau naturel.

c. Puisque le lieu de survenue des sauts dans l’eau provoquant une blessure à la moelle épinière est indéterminé pour 10 des 58 cas survenus au Québec entre 2006-2007 et 2015-2016, le nombre d’hospitalisations attribuables à une blessure à la moelle épinière suite à un saut dans une piscine résidentielle ou un bain public pourrait être plus élevé.

d. Les données disponibles pour la période 2000 à 2013 ne permettent pas de confirmer la proportion exacte des événements qui surviennent au domicile de l'enfant. Cependant, ces données sont disponibles pour la période 1998 à 2002 et il s’avère que durant cette période environ les deux tiers (68 %) des noyades impliquant des enfants âgés de 1 à 4 ans ont eu lieu au domicile de la victime. (Bureau du coroner (2004). Les noyades accidentelles chez les enfants âgés de 14 ans et moins. Demande spéciale.)

e. Parmi les 89 personnes interrogées ayant subi une blessure à la moelle épinière à la suite d’un saut dans une piscine (résidentielle ou publique) ou dans un plan d’eau naturel au Québec entre 1961 et 2004, 47 % ont rapporté avoir consommé de l’alcool au moment des événements. Les données disponibles ne permettent cependant pas de distinguer la part de ces personnes ayant effectué un saut dans une piscine résidentielle ou dans une piscine publique de celles ayant effectuées un saut dans un plan d’eau naturel.

Références

  1. Tremblay, B. (2016). Proportion des décès par noyade survenus dans les piscines résidentielles. Fichier de la banque de données du coroner (2000-2013). Direction de la promotion de la sécurité en loisir et sport, ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Demande spéciale.
  2. Tremblay, B. (2016). Proportion des décès par noyade survenus dans un bain public. Fichier de la banque de données du coroner (2000-2013). Direction de la promotion de la sécurité en loisir et sport, ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Demande spéciale.
  3. Tremblay, B. (2016). Proportion des décès par noyade survenus dans les piscines résidentielles par groupe d’âge. Fichier de la banque de données du coroner (2000-2013). Direction de la promotion de la sécurité en loisir et sport, ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Demande spéciale.
  4. Gagné, M. (2016). Nombre et proportion des 0-4 ans dans la population, 2000 à 2014. Perspectives démographiques basées sur le recensement de 2006. Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  5. Tremblay, B. (2016). Âge et sexe des victimes de noyade dans un bain public. Fichier de la banque de données du coroner (2000-2013). Direction de la promotion de la sécurité en loisir et sport, ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Demande spéciale.
  6. Gagné, M. (2017). Hospitalisations pour quasi-noyades. Fichier Med-Écho (2006-2007 à 2015-2016). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  7. Gagné, M. (2018). Décès attribuables à un saut dans l'eau provoquant une lésion traumatique autre que noyade ou submersion (2000-2015). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  8. Gagné, M. (2017). Hospitalisations attribuables à un saut dans l’eau provoquant une lésion médullaire. Fichier Med-Écho (2006-2007 à 2015-2016). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  9. Trépanier, J.-P., Sergerie, D. et Blais, É. (2006). Avis de santé publique sur la sécurité dans les piscines résidentielles et publiques au Québec. Direction du développement des individus et des communautés, Institut national de santé publique du Québec. www.inspq.qc.ca/publications/554
  10. Tremblay, B. (2016). Nombre et proportion des noyades selon le type d’événements par groupe d’âge. Fichier de la banque de données du coroner (2000-2013). Direction de la promotion de la sécurité en loisir et sport, ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Demande spéciale.
  11. Barss, P., Djerrari, H., Leduc, B. E., Lepage, Y. et Dionne, C. E. (2008). Risk factors and prevention for spinal cord injury from diving in swimming pools and natural sites in Quebec, Canada: a 44-year study. Accident, Analysis and Prevention, 40(2), 787‑797.