Brûlures causées par l’eau chaude domestique

L’eau chaude du robinet peut causer des brûlures graves et même mortelles. Le risque de brûlures dépend de la température de l’eau, de la durée d’exposition de la peau avec l’eau et de la résistance de la peau à la chaleur. En bas de 44 °C, le risque de brûlures est inexistant chez les adultes en bonne santé : à 49 °C, il faut 10 minutes pour causer des brûlures du deuxième degré alors qu’à 70 °C, une seconde suffit1. À température égale, les enfants se brûlent environ quatre fois plus rapidement que les adultes : une eau à 60 °C brûle la peau d’un enfant en une seconde comparativement à 5 secondes pour un adulte2. Cette plus grande susceptibilité des enfants est due au fait qu’ils ont la peau plus mince que celle des adultes2. La peau des personnes aînées est également plus mince que celle des adultes en bonne santé et moins bien vascularisée, ce qui augmente leur risque de brûlures3,4.

Au Québec, les brûlures causées par l’eau chaude du robinet ont occasionné 35 décès entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2013 et 286 hospitalisations, entre le 1er avril 2006 et le 31 mars 2016, soit environ 3 décès et 28 hospitalisations par année. Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 83 % de ces décès et 39 % de ces hospitalisations5,6. L'analyse des cas de brûlures causées par l'eau chaude du robinet observés entre 2000 et 2013 montre que la plupart des victimes (hospitalisées ou décédées) souffraient soit d’une maladie chronique ou mentale, soit d’une incapacité physique, intellectuelle ou cognitive7,8. La baignoire est de loin le principal lieu de survenue de ce type de brûlures et, dans la plupart des cas, au moins un des événements suivants était contributif : chute accidentelle dans la baignoire, ouverture accidentelle du robinet d’eau chaude, perte de conscience dans la baignoire, ne pas avoir vérifié la température de l’eau avant d’entrer dans la baignoire ou d’y être déposé7,8.

La température de l’eau chaude domestique est réglementée par le chapitre III du Code de construction (article 2.1.10.7). Depuis le 1er juillet 2008, la température maximale de l’eau est limitée à 49 °C à la sortie du robinet de la baignoire et du pommeau de douche, sauf dans les établissements de soins et les résidences privées pour personnes aînées où cette limite a été fixée à 43 °C étant donné la plus grande susceptibilité de la clientèle desservie dans ce type de bâtiments. Fait à noter, cette réglementation s’appliquait uniquement aux nouvelles constructions ou aux bâtiments existants faisant l’objet de travaux majeurs de plomberie dans la salle de bain. En 2013, le Code de sécurité  (chapitre I, article 7,1) a été modifié afin de viser également les établissements de soins et les résidences privées pour personnes aînées déjà existants, en obligeant les propriétaires de ce type de bâtiments à prendre les mesures nécessaires pour limiter à 43 °C la température maximale de l’eau à la sortie du robinet des baignoires et des pommeaux de douche.

Tel que mentionné dans le Code de la construction et le Code de sécurité, le contrôle de la température de l’eau chaude doit être assuré par l’installation de dispositifs appropriés à proximité du robinet, plutôt que par l’abaissement de la température de l’eau dans les chauffe-eau, afin d’éviter les risques d’infections liées à la présence de certaines bactéries dans les systèmes d’alimentation en eau chaude, comme les légionelles.

Pour en savoir plus

Références

  1. Moritz, A. R. et Henriques, F. C. (1947). Studies of thermal injury II. The relative Importance of time and surface temperature in the causation of cutaneous burns. American Journal of Pathology. 123, 695-720.
  2. Feldman, K. W. (1983). Help Needed on Hot Water Burns. Pediatrics. 71(1), 145-46.
  3. Tejerina, C., Reig, A., Codina, J., Safont, J. et Mirabet, V. (1992). Burns in patients over 60 years old: epidemiology and mortality. Burns. 18(2), 149-52.
  4. Chartier, S., Tousignant, J. et Bernier-Buzzanga, J. (2002). Le vieillissement de la peau. Le Clinicien. 17 (3), 103-118.
  5. Gagné, M. (2017). Hospitalisations attribuables à une brûlure causée par l’eau chaude du robinet. Fichier Med-Écho (2006-2007 à 2015-2016). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  6. Gagné, M. (2017). Décès attribuables à une brûlure causée par l’eau chaude du robinet. Fichier des décès du registre des évènements démographiques (2000-2013). Bureau d’information et d’études en santé des populations, Institut national de santé publique du Québec. Demande spéciale.
  7. Lavoie M., Lévesque B. et Sergerie D. (2003). Prévention des cas de brûlures et de légionelloses associés à l’eau chaude du robinet dans les résidences privées. Direction du développement des individus et des communautés et Direction des risques biologiques, environnementaux et occupationnels, Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/205_PrevBruluresLegionelResiden...
  8. Lavoie, M. (2014). Décès résultant de brûlures causées par l’eau chaude du robinet. Rapports d’investigation des coroners pour la période 2000 à 2013. Lecture et analyse des rapports.