Les conséquences de la consommation d’alcool

Quelques faits…

  • Dans le monde, selon les estimations de l’OMS pour 2016, la consommation d’alcool a entraîné environ 3 millions de morts (5,3 % de la mortalité dans le monde) et la perte de 132,6 millions d’années de vie en santé à cause d’une incapacité ou d’un décès (années de vie corrigées de l’incapacité de l’anglais disability-adjusted life years ou DALYs), ce qui en fait un problème de santé publique majeur (1).
    • Sur l'ensemble des décès attribuables à la consommation d'alcool dans le monde, 29 % étaient dus à des blessures, 21 % à des maladies digestives, 19 % à des maladies cardiovasculaires, 13 % à des maladies infectieuses et 12 % à des cancers (1).
    • La consommation d’alcool est au septième rang des facteurs de risque ayant le plus d’impact sur la mortalité et l’incapacité dans le monde. Elle est au premier rang chez les personnes de 15 à 49 ans, soit environ 10 % de la mortalité mondiale pour ce groupe d’âge (2).
  • Au Canada, en 2014, on estime que la consommation d’alcool serait responsable de près de 15 000 décès et d’environ 244 000 années potentielles de vie perdues en raison de décès prématurés (3). Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) de 2017, chaque jour, 10 Canadiens décèdent à l’hôpital en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances : 3 décès sur quatre sont attribuables à l’alcool. Pour en savoir davantage, consulter l’outil Web Votre système de santé : En bref.

Selon l’ICIS, l’alcool est en cause dans plus de la moitié des séjours à l’hôpital causés par l’usage de substances psychoactives.

Les conséquences à long terme

Les conséquences à long terme de la consommation d’alcool sont multiples et affectent autant l’individu qui consomme de l’alcool que son entourage et la société (tableau 2).

Tableau 2 : Conséquences à long terme de la consommation d’alcool

Portée des conséquences

Impacts

Sur la personne

  • Intoxications aiguës à l’alcool
  • Blessures intentionnelles et non intentionnelles
  • Cancers
  • Maladies cardiovasculaires
  • Maladies gastro-intestinales
  • Maladies infectieuses
  • Conditions neurologiques et neuropsychologiques
  • Troubles de l’usage de l’alcool

Sur l’entourage

  • Violence familiale, intime et sexuelle
  • Santé des nouveau-nés et des enfants

Sur la société

  • Coûts sociaux

Les conséquences de la consommation d’alcool sur la personne

Plusieurs problèmes de santé sont associés à la consommation d’alcool. De façon générale, plus la consommation d’alcool est importante, plus les risques pour la santé sont élevés (1).

  • Les intoxications aiguës à l’alcool : L’intoxication aiguë à l’alcool est une conséquence grave de la consommation abusive d’alcool. Du 1er janvier 2017 au 26 novembre 2017, 7 055 personnes ont été vues dans une urgence du Québec pour une intoxication aiguë à l’alcool. De ce nombre, 2 332 étaient de jeunes âgés de 12 à 24 ans. Parmi les consultations dans les urgences du Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke pour des problèmes liés à l’alcool, le quart des jeunes patients âgés de 12 à 24 ans avait un niveau de priorité indiquant que leur vie était en danger (4).
  • Les blessures intentionnelles et non-intentionnelles: Les blessures attribuables à la consommation d’alcool sont fréquentes. Elles peuvent être intentionnelles (homicides, suicides, violence interpersonnelle) ou non-intentionnelles (accidents de la route, accidents de travail, noyades, chutes). Les conséquences de ces blessures peuvent être mineures, lourdement incapacitantes ou mortelles. Selon les données de la Société d’assurance automobile du Québec, de 2010 à 2014, les accidents dus à l’alcool ont causé en moyenne 140 décès et 2 240 blessés par année (5).
  • Les cancers : L’alcool est une substance cancérigène pour l’humain. La consommation d’alcool, même à faible quantité (moins d’un verre par jour), augmente le risque de développer un cancer colorectal, de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage et du foie ainsi que du sein chez les femmes (6). 
  • Les maladies cardiovasculaires : On entend souvent que l’alcool a des effets bénéfiques sur la santé du cœur. La relation entre la consommation d’alcool et les maladies cardiovasculaires est complexe. Une étude récente (méta-analyse) démontre que la consommation modérée d’alcool est associée à un risque plus élevé d’accident vasculaire cérébral, de maladie coronarienne (à l’exception de l’infarctus du myocarde), d’insuffisance cardiaque, de maladie hypertensive et d’anévrisme de l'aorte mortels. Par contre, l’étude démontre que l’augmentation de la consommation d’alcool est associée à un risque inférieur d’infarctus du myocarde (7).
  • Les maladies gastro-intestinales : Les cirrhoses et les pancréatites sont associées à la consommation d’alcool. Près de la moitié des décès liés aux cirrhoses seraient attribuables à la consommation d’alcool (1).
  • Les maladies infectieuses : Au-delà d’une certaine quantité d’alcool consommée, les risques de maladies infectieuses augmentent. La consommation d’alcool peut mener à des comportements sexuels à risque et interférer avec la capacité de protection contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Par ailleurs, chez les personnes qui consomment de façon excessive, la consommation d’alcool peut diminuer la réponse du système immunitaire, ce qui peut accroître les risques d’acquérir des maladies infectieuses comme la pneumonie et la tuberculose (1).
  • Les conditions neurologiques et neuropsychologiques : Plus la consommation d’alcool est importante, plus les risques de développer l’épilepsie sont importants (1). La dépression est à la fois un facteur de risque de la consommation d’alcool et une conséquence de la consommation d’alcool (8-10).
  • Les troubles de l’usage de l’alcool : La consommation d’alcool est responsable du développement du trouble de l’usage de l’alcool (abus ou dépendance à l’alcool) de même que de nombreux troubles neurologiques graves qui peuvent découler du trouble de l’usage de l’alcool (démence, symptômes de sevrage, psychose alcoolique). Au Québec, en 2015-2016, 22 400 individus de 12 ans plus ont reçu un diagnostic de trouble de l’utilisation d’alcool: 7760 cas d’abus et 16400 cas de dépendance. Entre 2001 et 2016, 40 individus pour 1 000 ont reçu un diagnostic pour un trouble lié à l’alcool. Pendant cette période, la prévalence annuelle des troubles de l’utilisation d’alcool diagnostiqués a légèrement diminué (de 3,3 pour 1 000 en 2001-2002 à 2,1 pour 1 000 en 2015-2016). Cette prévalence est restée stable chez les femmes de 18 ans et plus, alors qu’elle a diminué chez les hommes de 25 ans et plus (11).

Les conséquences de la consommation d’alcool sur l’entourage

Au-delà de l’individu qui consomme de l’alcool et qui développe des problèmes de santé, la consommation d’alcool peut avoir des conséquences sur l’entourage proximal (amis, enfants, conjoints, milieu de travail) et distal (communauté) des consommateurs (12). Ces conséquences peuvent être liées à la santé (ex. : blessures, anxiété, dépression, transmission d’ITSS), peuvent être sociales (ex. : agression, nuisance à la communauté) ou peuvent être économiques (ex. : dommage à la propriété, dettes familiales liées à la consommation d’alcool). La prise en considération des conséquences de la consommation d’alcool sur l’entourage du consommateur permet d’avoir une perspective plus complète de la problématique. Voici quelques exemples des conséquences de la consommation d’alcool sur l’entourage :

  • La violence familiale, intime et sexuelle : La consommation d’alcool, surtout lorsqu’elle est abusive, peut affecter les proches du consommateur. Les membres de la famille, en particulier le conjoint ou la conjointe et les enfants, sont les personnes les plus à risque de subir des conséquences de cette consommation.
    • Les enfants sont particulièrement vulnérables face à la consommation d’alcool de leurs parents. Entre autres, les enfants dont l’un des parents consomme de l’alcool de façon abusive sont plus à risque de subir de la négligence et de la maltraitance physique et psychologique (13).
    • Il existe un lien étroit entre la consommation d’alcool et l’éclosion de violence entre partenaires intimes. Par ailleurs, la consommation d’alcool augmente généralement la fréquence et la gravité de la violence (14).
    • Une association forte existe entre les agressions sexuelles et la consommation d’alcool de l’agresseur (15). Plus encore, la consommation d’alcool est fortement associée aux violences sexuelles entre partenaires intimes (16).
  • Santé des nouveau-nés et des enfants : La consommation d’alcool durant la grossesse est associée à plusieurs conséquences nocives sur le fœtus ou l’enfant à naître, comme l’avortement spontané, la mortinaissance (c’est-à-dire la mort fœtale avant ou après 20 semaines de gestation), un retard de développement intra-utérin et un faible poids à la naissance (17-18). De plus, la consommation d’alcool lors de la grossesse augmente le risque de lésions au cerveau et de trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale (19). Notons que plus la consommation d’alcool est importante, plus les risques de conséquences sont grands : cela dit, la seule façon d’éviter tout risque est de s’abstenir de consommer de l’alcool pendant la grossesse. Pour en savoir davantage, consultez nos pages https://www.inspq.qc.ca/information-perinatale/fiches/alcool.

Les coûts de la consommation d’alcool sur la société

Au Canada, en 2014, le coût total pour la société de l’usage des substances psychoactives (incluant : tabac, alcool, cannabis, opioïdes, autres dépresseurs, cocaïne, autres stimulants et autres substances) est estimé à près de 38,4 milliards de dollars. Environ 41 % de ces coûts étaient dus à une perte de productivité, 29 % aux soins de santé, 23 % à la justice pénale et 7 % aux autres coûts directs (3).

Pour l’alcool seulement, le coût pour la société est estimé à 14,6 milliards de dollars, alors que les revenus nets tirés de la vente d’alcool sont de 10,9 milliards de dollars. Ce coût représente 38,1 % du coût total attribuable à l’usage des substances psychoactives au Canada. À titre de comparaison, le coût global de la consommation du tabac, du cannabis et des opioïdes est, respectivement, estimé à 12 milliards, 2,8 milliards et 3,5 milliards de dollars (3).

Au Québec, les coûts sociaux de la consommation d’alcool étaient estimés à 3 milliards de dollars en 2002 (20).


  1. World Health Organization. (2018). Global status report on alcohol and health 2018. https://www.who.int/substance_abuse/publications/global_alcohol_report/en/
  2. Griswold, M. G., Fullman, N., et al. (2018). Alcohol use and burden for 195 countries and territories, 1990–2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. The Lancet, 392(10152), 1015-1035. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(18)31310-2/fulltext
  3. Groupe de travail scientifique sur les coûts et les méfaits de l’usage de substances au Canada (2018). Coûts et méfaits de l’usage de substances au Canada (2007-2014), préparé par l’Institut canadien de recherche sur l’usage de substances et le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. Ottawa, ON: Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. http://www.ccdus.ca/Fra/topics/Costs-of-Substance-Abuse-in-Canada/Pages/default.aspx
  4. April N, Paradis C, Maurice A, Niquette M, Cyr C. Intoxications aiguës à l’alcool et boissons sucrées alcoolisées: avis scientifique [Internet]. Montréal: Institut national de santé publique du Québec; 2018, 22 p. https://www.inspq.qc.ca/publications/2360
  5. Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Profil détaillé des faits et des statistiques touchant l’alcool et les drogues au volant - 2016. https://saaq.gouv.qc.ca/salle-de-presse/actualite/profil-des-faits-et-des-statistiques-de-lalcool-et-des-drogues-au-volant/
  6. World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research. Food, Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer: a Global Perspective. Third expert report 2018. https://www.wcrf.org/dietandcancer/resources-and-toolkit
  7. Wood, A. M., Kaptoge, S., et al. (2018). Risk thresholds for alcohol consumption: combined analysis of individual-participant data for 599 912 current drinkers in 83 prospective studies. The Lancet, 391(10129), 1513-1523. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(18)30134-X/fulltext
  8. Coulson, C. E., Williams, L. J., Berk, M., Lubman, D. I., Quirk, S. E., & Pasco, J. A. (2014). Association between alcohol consumption and self-reported depression among elderly Australian men. Geriatric Mental Health Care, 2(1-2), 3-8. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2212969314000020
  9. van den Berg, J. F., Kok, R. M., et al. (2014). Correlates of alcohol abstinence and at-risk alcohol consumption in older adults with depression: the NESDO study. The American Journal of Geriatric Psychiatry, 22(9), 866-874. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1064748113002145?via%3Dihub
  10. Grennfield, T. K. et Martinez, P. (2017). Alcohol as a risk factor for chronic disease : raising awarness and policy options. Dans N. Giesbrecht & L. M., Bosma (Eds), Preventing Alcohol‐related Problems: Evidence and Community‐based Initiatives. (p.33-50). Washington: APHA Press. https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/9780875532929ch04
  11. Christophe Huỳnh, Louis Rochette, Éric Pelletier, Didier Jutras-Aswad, Alexandre Larocque, Marie-Josée Fleury, Steve Kisely et Alain Lesage (2019). Les troubles liés aux substances psychoactives : Prévalence des cas identifiés à partir des banques de données administratives, 2001-2016. Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/publications/2512
  12. Laslett, A-M. (2017). Alcohol’s harm to others : evidence and options for community action. Dans N., Giesbrecht & L. M., Bosma (Eds), Preventing Alcohol‐related Problems: Evidence and Community‐based Initiatives. (p.67-81). Washington: APHA Press. https://ajph.aphapublications.org/doi/book/10.2105/9780875532929
  13. Sedlak, A. J., Mettenburg, J., Basena, M., Petta, I., McPherson, K. Greene, A., & Li, S. (2010). Fourth National Incidence Study of Child Abuse and Neglect (NIS-4): Report to Congress. Washington, DC: U.S. Department of Health and Human Services, Administration for Children and Families. https://www.acf.hhs.gov/opre/resource/fourth-national-incidence-study-of-child-abuse-and-neglect-nis-4-report-to
  14. Gouvernement du Canada. (2012). Dossier de l’OMS sur l’alcool et la violence à l’égard du partenaire intime. https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/promotion-sante/arretons-violence-familiale/ressources-prevention/femmes/dossier-alcool-violence-egard-partenaire-intime.html
  15. Abbey A, Wegner R, Woerner J, Pegram SE, Pierce J (2014). Review of survey and experimental research that examines the relationship between alcohol consumption and men’s sexual aggression perpetration. Trauma Violence Abuse. 15(4):265–82. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4477196/
  16. Devries, K. M., Child, J. C., Bacchus, L. J., Mak, J., Falder, G., Graham, K., ... & Heise, L. (2014). Intimate partner violence victimization and alcohol consumption in women: a systematic review and meta‐analysis. Addiction, 109(3), 379-391. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24329907
  17. Bailey, B. A., et R. J. Sokol (2011). Prenatal Alcohol Exposure and Miscarriage, Stillbirth, Preterm Delivery, and Sudden Infant Death Syndrome, Alcohol Research & Health, vol. 34, n° 1, p. 86 91. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3860553/
  18. Patra, J., R. Bakker, H. Irving, V. W. V. Jaddoe, S. Malini et J. Rehm (2011). Dose-response relationship between alcohol consumption before and during pregnancy and the risks of low birth weight, preterm birth and small-size-for-gestational age (SGA) – A systematic review and meta-analyses, Bjog, vol. 118, n° 12, p. 1411 1421. https://obgyn.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/j.1471-0528.2011.03050.x
  19. Popova S, Lange S, Shield K, Mihic A, Chudley AE, Mukherjee RA et al. (2016). Comorbidity of fetal alcohol spectrum disorder: a systematic review and meta-analysis. Lancet. 387(10022):978–87. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(15)01345-8/fulltext
  20. Rehm et coll., 2006, Les coûts de l’abus de substances au Canada 2002. http://www.ccsa.ca/Resource%20Library/ccsa-011333-2006.pdf

Dernière modification: 

7 octobre 2019