Prévention des traumatismes : une approche pour améliorer la sécurité des populations

Auteurs :

Michel Lavoie, Institut national de santé publique du Québec

Pierre Maurice, Institut national de santé publique du Québec

Monique Rainville, Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale

Note :

Le contenu de ce document est tiré en partie de l’article suivant : Maurice P., Lavoie M. et Rainville M. (2001). « Prévention des traumatismes : une approche pour améliorer la sécurité des populations ». La Santé de l’Homme, No 354, p. 18 à 20.

Longtemps, les traumatismes ont été perçus comme des événements malheureux survenant à la suite d’une malencontreuse série d’incidents, la plupart considérés comme le fruit du hasard et sur lesquels il était pratiquement impossible d’agir. Heureusement, l’approche de prévention des traumatismes qui s’est développée durant les cinquante dernières années a permis de changer cette vision fataliste. Cette approche place les traumatismes dans une perspective de santé publique où ces derniers sont considérés comme un phénomène prévisible et donc évitable. Aujourd’hui, cette approche est à la base des stratégies de prévention mise de l’avant par de nombreux organismes qui travaillent pour l’amélioration de la sécurité des populations.

Les traumatismes sont habituellement classés en deux grandes catégories soit : les traumatismes intentionnels et les traumatismes non intentionnels. Les traumatismes intentionnels sont infligés sur une base volontaire tels les suicides, les tentatives de suicides, les homicides et les attentats. Quant aux traumatismes non intentionnels, ils sont le résultat d’événements involontaires, par exemple, une chute, une collision impliquant un véhicule motorisé, une intoxication médicamenteuse et un incendie.

Les fondements théoriques de l’approche de prévention des traumatismes découlent en bonne partie des travaux menés par quatre chercheurs : Hugh De Haven, John Gordon, James J. Gibson et William Haddon junior (Waller, 1989). Le plus connu des quatre est sans aucun doute Haddon qui est considéré par plusieurs, comme le père des méthodes modernes de prévention et de contrôle des traumatismes. En fait, Haddon, qui était à la fois ingénieur, épidémiologiste et médecin, a poursuivi les travaux de ses prédécesseurs sur le plan conceptuel et développé des outils permettant de passer de la théorie à la pratique. Les lignes qui suivent sont une synthèse des travaux de ces pionniers du domaine de la prévention des traumatismes.

Les traumatismes sont définis comme des lésions corporelles1résultant d’un transfert subit d’énergie qui dépasse les capacités de résistance du corps humain (Haddon, 1980; Haddon et Baker, 1981). L’énergie transférée est le plus souvent de nature mécanique (ex. : fracture), mais peut également être de nature thermique (ex. brûlure), électrique (ex. électrocution), chimique (ex. intoxication) ou radiante (ex. : coup de soleil). Fait à noter, les traumatismes peuvent aussi être le résultat d’une privation subite d’énergie ou d’un élément vital (ex. : engelure, noyade, strangulation).

 

L’intérêt de cette définition est de proposer une cause commune à tous les traumatismes soit l’énergie. Ce faisant, les traumatismes peuvent être envisagés comme un phénomène obéissant aux mêmes principes que d’autres problèmes de santé plus classiques telles les maladies infectieuses. En fait, l’énergie est aux traumatismes ce que sont les microorganismes aux maladies infectieuses2. Cette définition des traumatismes contribue donc à défaire un mythe qui prévaut encore trop souvent dans la population et qui associe les traumatismes à des « accidents », c’est-à-dire à des événements fortuits, imprévisibles et empreints d’une certaine fatalité.

Les traumatismes, comme les maladies infectieuses résultent de l’interaction entre un hôte, un vecteur et un agent « pathogène », dans un environnement donné, ce qui correspond aux composantes du triangle épidémiologique (Haddon, 1973). Par exemple, dans le cas de la malaria (ou paludisme), on sait que le triangle épidémiologique est constitué d’un individu (l’hôte) qui peut adopter ou non certains comportements préventifs (ex. utiliser une moustiquaire), du moustique (le vecteur) qui transmet le parasite de la malaria (l’agent pathogène) à cet individu en le piquant, lequel développera la maladie (figure 1). Le tout se déroulant dans un environnement plus ou moins favorable à l’expression de cette interaction (hôte, agent, vecteur et environnement). Maintenant, prenons le cas d’un traumatisme à la tête causé par une rondelle de hockey (figure 2). Ici, le triangle épidémiologique pourrait être constitué d’un joueur de hockey (l’hôte) qui adopte des comportements plus ou moins sécuritaires sur la patinoire (ex. : ne pas porter un casque) et d’une rondelle (le vecteur) chargée d’une certaine quantité d’énergie (l’agent pathogène) qui, après avoir été lancée par un autre joueur, vient frapper la tête de la victime, et cause une blessure. La probabilité de survenue d’une telle blessure est aussi fonction d’un certain nombre de paramètres liés à l’environnement (ex. les règlements au hockey, la superficie de la patinoire, le nombre de joueurs, etc.).

Les facteurs associés aux traumatismes sont identifiés à l’aide d’une matrice à deux axes, communément appelé « matrice de Haddon » (Haddon, 1980). Les composantes verticales de cette matrice correspondent à quatre catégories de facteurs dérivés du triangle épidémiologique soit les facteurs humains (hôte), les facteurs technologiques (agent-vecteur) ainsi que les facteurs liés à l’environnement physique et à l’environnement économique et socio législatif (figure 3). Les composantes horizontales de cette matrice sont, quant à elles, constituées de trois phases définies en regard de l’«événement» à l’origine du traumatisme soit les phases préévénement, perévénement et postévénement.

Dans l’exemple du joueur de hockey mentionné précédemment, l’événement correspond au moment où la rondelle frappe la tête de la victime. Ces trois phases introduisent une dimension temporelle qui s’apparente à celle associée au concept de prévention primaire, secondaire et tertiaire utilisé dans le domaine de la santé publique3.

Le croisement des composantes verticales et horizontales de cette matrice produit douze cellules qui permettent de passer en revue l’ensemble des facteurs associés à un traumatisme donné :

  • Les cellules associées à la phase préévénement permettent d’identifier les facteurs qui déterminent la probabilité de survenue de l’événement à l’origine du traumatisme (ex. : Y aura-t-il une collision entre deux véhicules motorisés?).
  • Les cellules associées à la phase perévénement permettent d’identifier les facteurs qui déterminent l’incidence et la gravité du traumatisme au moment où l’événement se produit (ex. : La collision occasionnera-t-elle des blessures aux occupants des véhicules?).
  • Les cellules associées à la phase postévénement permettent d’identifier les facteurs qui déterminent l’incidence et la gravité des conséquences du traumatisme une fois que l’événement a eu lieu (ex. : Les blessures seront-elles associées à des séquelles permanentes?).

La figure 4 est un exemple de matrice se rapportant à une collision impliquant deux automobiles. Cette matrice présente les «questions» auxquelles il faut répondre pour identifier les facteurs de risque (ou de protection) associés à chaque cellule, pour ce type de collision. La figure 5 présente les facteurs de risque (ou de protection) ayant été identifiés en regard de chaque cellule.

Globalement, l’identification de ces facteurs permet d’orienter les actions vers l’atteinte des objectifs suivants : 1) prévenir l’événement à l’origine du traumatisme (pré événement), 2) réduire l’incidence ou la gravité des traumatismes lorsque l’événement se produit (per événement) et 3) diminuer les conséquences des blessures (post événement).

Dix stratégies ont été proposées par Haddon (1973) pour identifier les mesures de prévention des traumatismes, ce qui explique pourquoi celles-ci sont communément appelées les dix stratégies de Haddon. Ces stratégies qui ont l’énergie pour cible principale, permettent de compléter la recherche des solutions amorcée lors de l’identification des facteurs de risque (ou de protection), pour un type de traumatisme donné.

Les lignes qui suivent présentent les dix stratégies de Haddon, avec quelques exemples spécifiques à chacune. Chaque stratégie est présentée en regard de la phase qui lui est associée dans la matrice de Haddon :

Stratégies liées à la phase préévénement

  1. Éviter la production initiale d’énergie parce que jugée trop dangereuse
    • En prohibant la fabrication ou l’utilisation d’un produit
      Exemples :
      • Bannissement des trimotos parce jugées trop instables;
      • Interdiction de fabriquer des mines anti-personnelles.
    • En neutralisant un produit
      Exemples :
      • Vider l’eau de la piscine en période hors saison;
      • Mise à terre des fils électriques.
  2. Réduire la quantité d’énergie disponible/accumulée (vise à réduire la dangerosité du produit ou son accessibilité)
    • Exemples :
      • Réduire la hauteur d’un plongeoir autour d’une piscine;
      • Réduire le format des contenants pour médicaments;
      • Réduire la température de l’eau chaude à la sortie des robinets;
      • Limiter la puissance des moteurs pour réduire la vitesse;
  3. Empêcher le dégagement inapproprié d’énergie (vise à contrer l’élément déclencheur)
    • En développant les capacités des individus (pour s’assurer que les personnes visées connaissent les comportements sécuritaires et qu’elles sont en mesure de les adopter).
      Exemples :
      • Entrainer les enfants à la traversée des rues aux intersections (en classe et sur le terrain).
    • En adaptant le produit et l’environnement aux capacités des individus (pour s’assurer de leur facilité d’utilisation et de leur fiabilité).
      Exemples :
      • Baignoire avec un fond antidérapant;
      • Dispositif antipatinage sur une automobile;
      • Domicile aménagé pour réduire le risque de chute.

Stratégies liées à la phase perévénement

  1. « Étaler » la quantité d’énergie libérée à la source (vise à réduire le taux ou la répartition spatiale d’énergie libérée)
    • Exemples :
      • Installation d’une valve de sécurité sur un contenant sous pression;
      • Utiliser un filet de sécurité.
  2. Séparer la source d’énergie et l’hôte potentiel dans le temps ou l’espace (vise à réduire le nombre de personnes susceptibles d’être exposées à l’énergie libérée)
    • Séparation dans le temps
      Exemples :
      • Produits toxiques épandus en dehors des heures de fréquentation;
      • Produits dangereux transportés lorsque la circulation est minimale.
    • Séparation dans l’espace
      Exemples :
      • Aménagement d’une piste cyclable en site propre;
      • Installation de trottoirs le long des rues.
  3. Séparer la source d’énergie et l’hôte avec une barrière matérielle (vise à limiter la quantité d’énergie transférée à l’hôte une fois que celle-ci est libérée)
    • Exemples :
      • Utiliser un casque protecteur;
      • Porter une veste antiballes.
  4. Modifier les surfaces de contact et les structures de base (vise à réduire la quantité d’énergie transférée par unité de surface corporelle)
    • Exemples :
      • Arrondir les coins d’une table;
      • Tableau de bord avec des angles arrondis.
  5. Renforcer la résistance à l’énergie transférée (concerne la résistance du corps mais également des biens et des immeubles)
    • Exemples :
      • Bonne condition physique (forte musculature);
      • Exercice de réchauffement avant la pratique d’un sport;
      • Habitacle conçu pour ne pas se déformer lors d’une collision;
      • Bâtiment conçu pour résister à un tremblement de terre.

Stratégies liées à la phase postévénement

  1. Réduire le temps d’exposition à l’énergie libérée
    • Exemples :
      • Lavage immédiat suite au contact avec une substance corrosive;
      • Immerger immédiatement dans l’eau froide la peau brûlée;
      • Lavage gastrique après ingestion volontaire de médicaments.
  2. Initier précocement la gamme complète de services pour le traitement et la réadaptation fonctionnelle des victimes
    • Exemples :
      • Mise en place d’un service pré hospitalier d’urgence efficace;
      • Accès à des équipes spécialisées en traumatologie.

La figure 6 établie un lien entre les stratégies de Haddon et la matrice de Haddon : les chiffres placés dans une cellule donnée de la matrice correspondent aux stratégies de Haddon qui permettent d’agir sur les facteurs associés à cette cellule. La figure 7 présente des mesures de prévention se rapportant au cas d’une collision impliquant deux automobiles. En considérant les figures 6 et 7, il est plus facile de mettre en évidence le lien existant entre les stratégies et la matrice de Haddon.

Tel que mentionné précédemment, la matrice et les stratégies de Haddon permettent de passer en revue une série de possibilités pour tenter de remédier à un problème donné. Mais, par où commencer? Quoi et comment choisir ? Les principes suivants sont proposés pour répondre à ces questions (Haddon et Baker, 1981):

  • Agir là où ça fait le plus mal
    Il importe de bien connaître l’ampleur des traumatismes sur la mortalité et la morbidité afin d’agir sur les problèmes occasionnant le plus grand nombre de victimes ou les conséquences les plus graves.
  • Agir sur le maillon le plus faible de la chaîne causale
    Le maillon le plus faible est celui qui peut être «défait» le plus facilement par des actions préventives. Le plus souvent, il s’agit des facteurs technologiques (ex. : sécurité du véhicule) ou des facteurs liés à l’environnement physique (ex. : sécurité de la route). Les actions menées en regard de ces deux catégories de facteurs sont plus efficaces parce qu'elles ont souvent l’avantage d’entraîner des changements durables qui agissent sur tous les individus, quelles que soient leurs caractéristiques (âge, sexe, état de santé, etc.). Ces actions sont qualifiées de mesures passives parce que pour agir, elles ne requièrent aucune participation de la part de l’individu à protéger (ex. : présence d'un coussin gonflable comme équipement standard dans les voitures). Quant aux actions visant à modifier les facteurs humains dont les comportements, elles ont généralement l’inconvénient d’avoir peu d’effet auprès des individus les plus à risque et lorsqu’un effet est présent, celui-ci est souvent de courte durée. Ces actions sont qualifiées de mesures actives parce que, pour agir, elles requièrent la participation de l’individu à chaque fois qu’il doit être protégé (ex. : convaincre les automobilistes à attacher leur ceinture de sécurité lors de chaque déplacement en voiture)4.
  • Adopter une stratégie de prévention agissant sur plusieurs cibles à la fois
    C’est souvent la combinaison de plusieurs interventions qui permet d’agir efficacement sur un type de traumatisme donné. D’où l’importance d’opter pour une approche mixte, c’est-à-dire d’agir à la fois sur les facteurs humains dont les comportements, les facteurs technologiques et les facteurs liées à l’environnement dans le but de : 1) prévenir l’événement à l’origine du traumatisme (préévénement), 2) réduire l’incidence ou la gravité des traumatismes lorsque l’événement se produit (perévénement) et 3) diminuer les conséquences des blessures (postévénement).
  • Agir là où c’est le plus rentable
    Les actions ayant le meilleur rapport coût/bénéfice devraient être privilégiées. Plus spécifiquement, à efficacité égale, c’est la mesure la moins coûteuse qui devrait être retenue et, à coût égal, on devrait privilégier la mesure qui permettra de sauver le plus de vies.

L’approche de prévention des traumatismes interpelle d’autres secteurs que celui de la santé : loisir, transports, sécurité publique, justice, habitation, entreprises, municipalités, etc. Le secteur de la santé détient rarement le pouvoir d’appliquer les mesures de prévention reconnues efficaces. Pour cette raison, les intervenants du secteur de la santé n’ont d’autre choix que de tenter d’influencer les personnes qui détiennent ce pouvoir (ex. : politiciens, chefs d’entreprise) du bien-fondé d’appliquer les mesures reconnues efficaces. Plus spécifiquement, ce rôle consiste à informer les personnes concernées de l’impact sanitaire des traumatismes et à susciter la réalisation ou la mise en place des actions correctrices les plus appropriées. Cette contribution se fera entre autres par :

  • l’analyse rigoureuse des problèmes, de leurs causes, de leurs conséquences ainsi que des interventions reconnues efficaces;
  • la participation à des comités de travail intersectoriels;
  • la formulation de recommandations lors d’enquêtes publiques ou d’autres types de consultation sur des questions de sécurité;
  • la conception, l’implantation ou l’évaluation de certaines initiatives de prévention (politiques publiques, projets pilotes, etc.);
  • la formation des intervenants;
  • la diffusion d’information à l’intention de la population via les médias.

Figure 1 - Illustration du triangle épidémiologique (ex. : paludisme)

Illustration du triangle épidémiologique (ex. : paludisme)

Figure 2 - Illustration du triangle épidémiologique (ex. : Hockey sur glace)

Illustration du triangle épidémiologique (ex. : Hockey sur glace)

Figure 3 - Composantes de la matrice de Haddon
Périodes par rapport à l’événement CATÉGORIES DE FACTEURS
Facteurs humains
(l’hôte)
Facteurs technologiques
(agent-vecteur – produit)
Facteurs liés à l’environnement physique Facteurs liés à l’environnement économique et socio législatif
Avant (préévénement)        
Pendant (perévénement)        
Après (postévénement)        
Figure 4 - Questions à répondre pour identifier les facteurs associés à chacune des cellules de la matrice de Haddon (ex. : cas d’une collision impliquant deux automobiles)
Périodes par rapport à l’événement CATÉGORIES DE FACTEURS
Humains
(les conducteurs / passagers)
Technologiques
(les deux automobiles)
Environnement physique
(la route, la météo, les services préhospitaliers, etc.)
Environnement socio-économique
(les lois et règlements en vigueur, les valeurs qui prévalent au sein de la population, etc.)
Avant la collision
Y aura-t-il collision?
Les occupants ont-ils des caractéristiques ou des comportements qui pourraient constituer un danger de collision? Les automobiles ont-elles des caractéristiques qui pourraient constituer un danger de collision? La route et les conditions météorologiques peuvent-elles constituer un danger de collision? Les lois, règlements, normes et valeurs rendent-ils les occupants, les automobiles et l’environnement physique moins susceptibles d’être à l’origine d’une collision?
Pendant la collision
La collision occasionnera-t-elle des blessures?
Les occupants sont-ils en mesure de résister au transfert d’énergie associé à la collision? Les automobiles sont-elles conçues pour protéger les occupants en cas de collision? La route et les abords de la route sont-ils conçus pour protéger les occupants en cas de collision? Les lois, règlements, normes et valeurs ont-ils une incidence négative (ou positive) sur la capacité des occupants à résister au transfert d’énergie et sur le niveau de protection des véhicules et des routes?
Après la collision
Les blessures auront-elles des conséquences graves ou permanentes?
Les occupants sont-ils capables de résister au stress (physique / psychologique) occasionné par les blessures? Les automobiles sont-elles conçues / équipées pour favoriser la prise en charge rapide des blessés? La route, les services d’urgence et le réseau de santé favorisent-ils la prise en charge rapide et adéquate des blessés et leurs traitements? Les lois, règlements, normes et valeurs ont-ils une incidence négative (ou positive) sur le niveau de résistance des occupants au stress des blessures et sur la rapidité et la qualité des services d’urgences et de soins disponibles?
Figure 5 - Exemples de facteurs de risque (ou de protection) associés à chacune des cellules de la matrice de Haddon
(ex. : cas d’une collision impliquant deux automobiles)
Périodes par rapport à l’événement CATÉGORIES DE FACTEURS
Humains
(les conducteurs / passagers)
Technologiques
(les deux automobiles)
Environnement physique
(la route, la météo, les services préhospitaliers, etc.)
Environnement socio-économique
(les lois et règlements en vigueur, les valeurs qui prévalent au sein de la population, etc.)
Avant la collision
  • Consommation d’alcool
  • Excès de vitesse
  • Respect de la signalisation
  • Fatigue
  • Usage du téléphone cellulaire
  • Acuité visuelle
  • Nouveau conducteur
  • Temps de réaction
  • Usure des pneus / freins
  • Freins ABS
  • Système antipatinage
  • Puissance du moteur
  • Stabilité dans les virages
  • Routes (entretien/conception)
  • Météo (pluie/neige/glace)
  • Visibilité
  • Signalisation adéquate
  • Volume de circulation
  • Type de route
  • Loi et règlements (alcool/vitesse)
  • Activités de contrôle (surveillance policière, cinémomètre)
  • Norme sociale (alcool/vitesse)
  • Normes de construction (véhicules / routes)
Pendant la collision
  • Âge
  • Sexe (ostéoporose)
  • Usage de la ceinture de sécurité
  • Usage du siège d’auto
  • Position dans le véhicule
  • Conception du véhicule (absorption énergie)
  • Ceinture/coussins
  • Habitacle sécuritaire (design / renforcé)
  • Poids/tailles du véhicules
  • Réservoir ignifuge
  • Etc.
  • Garde fou présent
  • Objets fixes (arbres/lampadaires)
  • Etc.
  • Loi et règlements (ceinture/siège d’auto/coussin)
  • Norme sociale (ceinture/siège d’auto)
  • Normes de construction (véhicules/abords des routes)
  • Etc.
Après la collision
  • Âge
  • État de santé
  • Condition physique
  • Cellulaire disponible
  • Cabine téléphonique
  • Système 911
  • Services préhospitaliers (rapidité / efficacité)
  • Système de soins adéquat
  • Normes de construction (véhicules / routes)
  • Importance accordée aux traumatismes dans le système de santé
Figure 6 - Lien existant entre les stratégies et la matrice de Haddon
  Hôte
(individu)
Véhicule /
Vecteur
Environnement
Physique Loi/norme/règlement
Avant (préévénement) 3 1, 2, 3 3 1, 2, 3
Pendant (perévénement) 4, 6, 8 4, 7, 8 5, 7, 8 4, 5, 7, 8
Après (postévénement) 9 9 9, 10 9, 10

Les chiffres placés dans une cellule donnée de la matrice correspondent aux stratégies de Haddon qui permettent d’agir sur les facteurs associés à cette cellule.

Figure 7 - Exemples de mesures de prévention dans le cas d’une collision impliquant deux automobiles
Périodes par rapport à l’événement CATÉGORIES DE FACTEURS
Humains
(les conducteurs / passagers)
Technologiques
(les deux automobiles)
Environnement physique
(la route, la météo, les services préhospitaliers, etc.)
Environnement socio-économique
(les lois et règlements en vigueur, les valeurs qui prévalent au sein de la population, etc.)
Avant la collision
  • Nouveau conducteur (accès graduel au de permis conduire)
  • Conducteurs âgés (vérification de la capacité de conduire)
  • Conducteurs récidivistes (programme et suivi spécifiques)
  • Réduire la puissance du moteur
  • Installer un limiteur de vitesse
  • Bon entretien mécanique
  • Anti démarreur (alcool)
  • Équipement de sécurité standard (freins ABS / antipatinage/etc.)
  • Design de route sécuritaire (réduire courbe / voies séparées)
  • Bonne visibilité (intersection / courbe)
  • Signalisation adéquate
  • Chaussée en bon état (entretien hivernal, éliminer les ornières)
  • Etc.
  • Lois / règlements (alcool, vitesse, etc.)
  • Assurer des activités de contrôle (surveillance policière accrue, usage de cinémomètre)
  • Sanction en cas d’infraction (tient compte de la gravité, appliquée rapidement)
  • Norme de construction sécuritaire (véhicule, route, signalisation, etc.)
  • Etc.
Pendant la collision
  • Utiliser un dispositif de retenu (ceinture / siège d’auto)
  • Enfants sur la banquette arrière
  • Augmenter sécurité véhicule (bon résultat test de collision, présence ceintures / coussins, habitacle sécuritaire, réservoir ignifuge, etc.)
  • Abords route sécuritaires (garde-fou présent / absorbant, lampadaire qui cède, éliminer les arbres / objets fixes, glissière de sécurité dans les côtes)
  • Norme de construction sécuritaire (véhicule, route, abords de route, etc.)
Après la collision
  • Formation en premiers soins
  • Moyens de communication? (cellulaire? GPS?)
  • Cabine téléphonique (longue autoroute, parc faunique)
  • Assurer un service 911
  • Services préhospitaliers (rapides, efficaces)
  • Accès à des soins spécialisés (traitement, réadaptation)
  • Agir auprès des décideurs pour favoriser l’accès à des soins rapides et spécialisés aux blessés de la route (système 911, services préhospitaliers, soins curatifs / réadaptation)
  1. Cette définition ne permet pas d’inclure les dommages autres que physiques, comme par exemple les problèmes liés au stress ou aux troubles d’adaptation résultant d’un traumatisme, incluant le choc post-traumatique. Cela est probablement dû au fait que ces problématiques étaient relativement peu connues au moment où cette définition fut proposée. Par contre, la définition du concept de «sécurité» proposée dans une monographie produite par Maurice et col. (1998) permet d’inclure ce type de problématiques : la sécurité y est définie comme «un état où les dangers et les conditions pouvant provoquer des dommages d’ordre physique, psychologique ou matériel sont contrôlés de manière à préserver la santé et le bien-être des individus et de la communauté.
  2. Le fait d’avoir pu identifier la cause des traumatismes (l’énergie) a grandement favorisé le développement des activités de prévention dans ce domaine d’intervention. L’importance de cette découverte peut sans doute être comparée à l’identification de la cause des maladies infectieuses (micro-organismes) et à ses répercussions en matière de prévention.
  3. La prévention primaire vise à empêcher l'apparition de la maladie en agissant sur les facteurs de risque d’une maladie donnée, la prévention secondaire, à dépister le plus tôt possible la présence de cette maladie et la prévention tertiaire, à traiter les personnes malades et à leur offrir des services en réadaptation, lorsque nécessaire.
  4. Les mesures passives (aucun effort requis) et les mesures actives (effort requis à chaque fois) représentent en fait les deux pôles d’un continuum exprimant le niveau d’effort requis par la personne à risque pour utiliser la mesure. Mais entre ces deux pôles, il existe des mesures «hybrides» (semi-passives ou semi-actives) qui demandent plus ou moins d’effort de la part de l’individu à protéger. Les trois mesures suivantes permettent d’illustrer ce continuum pour la prévention des intoxications médicamenteuses auprès des enfants : 1) obliger les pharmaciens à vendre tous les médicaments dans des contenants munis d’un bouchon protège enfant (mesure passive), 2) demander aux parents de toujours ranger les médicaments dans une armoire fermée à clé (mesure semi-passive) et, 3) enseigner aux enfants qu’il ne faut jamais jouer avec les médicaments (mesure active).
  • Haddon W. (1973). « Energy damage and the 10 countermeasure strategies ». Journal of Trauma. Vol.13:321-331.
  • Haddon W. (1980) « Conference on the prevention of motor vehicle crash injury, proceedings ». Israel J Med Sci. Vol.16(1):45-68.
  • Haddon W, Baker SP. (1981). « Injury control ». Dans: Clark D, MacMahon B, rédacteurs. Preventive and community medicine. Little, Brown and Company. Pp.109-140.
  • Maurice, P., Lavoie, M., Levacque, R., Chapdelaine, A., et Bélanger-Bonneau, H., Svanström, L., Laflamme, L., Andersson, R., et Romer, C. (1998). Sécurité et promotion de la sécurité : aspects conceptuels et opérationnels. Québec : Centre collaborateur OMS du Québec pour la promotion de la sécurité et la prévention des traumatismes.
    http://www.inspq.qc.ca/publications/149
  • Waller J.A. (1989). « Injury Control in Perspective ». American Journal of Public Health. Vol. 79(3):272-273.