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Nanotechnologies et santé : que sait-on des risques?

En 1966, le roman fantastique d’Isaac Asimov relatait l’épopée d’une équipe médicale miniaturisée voyageant à travers le corps d’un scientifique malade afin d’y déloger un caillot de sang au cerveau. Plus près de nous, Michael Crichton, dans son récent roman à succès intitulé « Proie », décrit un monde ténébreux envahi par des robots meurtriers auto-reproducteurs constitués de nanostructures. Aujourd’hui, la réalité a sans aucun doute rattrapé et peut-être même dépassé ces fictions.

Plusieurs gouvernements s’apprêtent d’ailleurs à investir dans ce champ d’activité en pleine expansion : plus d’un milliard de dollars aux États-Unis1, 600 millions pour l’Union européenne, 800 millions au Japon et 800 millions pour les autres pays industrialisés. Il s’agit d’un accroissement de 700 % depuis 19992. Les Français prévoient un marché international des nanotechnologies d’environ 1 000 milliards d’euros autour de 2010-20153. Au Québec, plus de 140 millions de dollars ont été investis…

Le khôl, un cosmétique responsable d’intoxications au plomb

Au cours des dernières années, plusieurs cas d’intoxication au plomb chez de jeunes enfants ont été déclarés à la Direction de santé publique (DSP) de Montréal, dans le cadre du système québécois des maladies à déclaration obligatoire (MADO) par agents chimiques. Dans cet article, nous résumerons trois épisodes d’intoxications, le premier survenu en 2002 et les deux autres, en 2005, puis nous présenterons le produit en cause, ses effets sur la santé ainsi que quelques exemples d’interventions réalisées à travers le monde.

En 2002, un médecin rapporte trois cas d’intoxication au plomb chez des enfants âgés de 7 mois, 11 mois et 2 ans et demi, dont deux provenant de la même famille. Les valeurs de plombémie sont respectivement de 1,18 µmol/L, de 1,17 µmol/L et de 0,54 µmol/L. Après investigation, la principale source d’exposition suspectée pour ces cas s’avère être l’application d’un cosmétique pour les yeux, un produit appelé khôl. Une analyse du contenu de ce produit utilisé sur les enfants est alors demandée. Le khôl en question provient de l’extérieur du Canada. Les deux échantillons analysés révèlent une composition en plomb de 78 % et de 92 %. Du counselling est alors offert à la famille. L’événement est considéré, à ce moment, comme isolé. À la suite du retrait de l’exposition au produit contaminé, le suivi des enfants démontre une diminution de la plombémie à 0,81 µmol/L après six mois pour l’enfant de 7 mois et à 0,62 µmol/L après un mois pour l’enfant de 11 mois. Aucun autre résultat ne fait l'objet d'une déclaration par la suite.

Étude des îlots de chaleur montréalais dans une perspective de santé publique

En cette période estivale, une promenade dans les rues de Montréal est tout indiquée pour se rendre compte que certains secteurs ont des températures élevées alors que d’autres présentent des températures plus fraîches. Ce phénomène, appelé îlot de chaleur urbain, est étudié depuis plusieurs décennies sous de multiples points de vue. Plusieurs grandes villes d’Amérique du Nord (ex. Atlanta, Chicago, Houston, Toronto) s’y sont intéressées au moment de l’industrialisation au XIXe siècle puis lors de périodes de chaleur accablante estivales, survenues au début des années 1990. Dans une perspective globale de changements climatiques, une augmentation de la fréquence (nombre accru de journées de chaleur accablante) et de l’amplitude (intensité et longueur) des vagues de chaleur estivale est anticipée1,2, accordant ainsi une importance nouvelle aux îlots de chaleur.

Le phénomène des îlots de chaleur peut affecter la santé des populations. Les périodes de chaleur intense coïncident…

Chaleur accablante et usage de médicaments – Étude exploratoire en Estrie

L’exposition prolongée aux chaleurs intenses constitue un stress non négligeable pour l’organisme humain. En plus d’être la cause initiale d’accidents potentiellement graves tels que le coup de chaleur, cette exposition peut aggraver des maladies préexistantes et accentuer, de diverses façons, la vulnérabilité des populations faisant usage de certains types de médicaments. Lors de vagues de chaleur accablante, les mécanismes d’adaptation à la chaleur sont mis à l’épreuve. Or, ces mécanismes physiologiques peuvent être confrontés à l’effet antagoniste de médicaments agissant sur l’hydratation, la balance électrolytique, le système de thermorégulation et le niveau de vigilance. À l’inverse, les effets de la chaleur sur certains médicaments (p. ex. la déshydratation) peuvent avoir pour conséquence d’affecter leur profil pharmacodynamique. Il s’agit ici d’un volet essentiel pour l’identification des groupes vulnérables.

Ayant identifié les principaux médicaments problématiques en situation de chaleur accablante, nous avons cherché à estimer la taille de la population faisant usage de tels médicaments afin de mieux connaître l’ampleur de la tâche à accomplir si nous devions communiquer à ces individus de l'information claire et pratique quant à leur risque accru. Afin de bien documenter la proportion de la population vulnérable à la chaleur en Estrie, nous avons d’abord analysé les données populationnelles, principalement chez les personnes âgées.

Les IgE totales et spécifiques chez les jeunes Québécois et leurs associations avec les symptômes respiratoires

Les immunoglobulines (ou Ig) sont des protéines présentes dans le sérum sanguin et dans divers liquides biologiques, jouant un rôle essentiel dans la défense de l’organisme contre les agressions. Il existe cinq classes d’immunoglobulines, soit les IgG, IgA, IgM, IgD et IgE. Les IgE constituent le support immunologique de l’hypersensibilité de type 1 (ou immédiate) dont les manifestations apparaissent dans les minutes qui suivent le contact renouvelé avec un allergène sensibilisant. Le terme « allergie » est souvent employé pour qualifier les réactions d’hypersensibilité de type 1, bien que cette dénomination englobe également certains types d’eczéma. Les IgE, qui sont sécrétées contre les allergènes, entraînent la libération d’histamine, substance responsable de l’apparition des symptômes de l’allergie.

L’atopie est une prédisposition héréditaire à produire de manière excessive des IgE, au contact d’allergènes naturellement inhalés ou ingérés en quantité minime, et de…

Le radon dans l’environnement intérieur – État de la situation au Québec

Le radon (222Rn) est un gaz radioactif d’origine naturelle incolore, inodore et insipide, qui provient de la désintégration de l’uranium présent dans la croûte terrestre et qui migre du sol vers la surface par divers interstices. Sa présence est ubiquitaire à la surface du globe bien que sa production et, par conséquent, sa concentration, ne soient pas uniformes. Les concentrations de radon sont généralement faibles dans l’air extérieur (environ 15 Bq/m3), mais peuvent atteindre des valeurs élevées dans les endroits clos, particulièrement dans les sous-sols, en raison de la densité importante de ce gaz. Ainsi, le radon peut s’infiltrer dans les bâtiments essentiellement par les fissures et autres voies d’entrée au niveau du soubassement.

Le radon est considéré cancérigène pour l’humain et fait partie des classes « A » du système de classification du National Toxicology Program (NTP) et « 1 » de celui de l'International Agency for Research on Cancer (IARC). Le radon 222 est un gaz chimiquement inerte, subissant toutefois des désintégrations radioactives spontanées. Les produits de filiation de la désintégration du radon (polonium 218, plomb 214, bismuth 214, polonium 214) sont des radionucléides solides qui, une fois adsorbés sur les aérosols en suspension dans l’air, sont inhalés dans les poumons. En se désintégrant, ces radionucléides émettent des rayonnements alpha qui, malgré leur faible pénétrance, ont la capacité d’altérer les cellules qui tapissent les parois bronchiques engendrant ainsi les mécanismes génotoxiques susceptibles de causer le cancer. Le cancer du poumon représente le seul effet connu du radon sur la santé.

Commentaires faisant suite à la parution de l’article “Vague de chaleur et climatisation” de Gilles Dixsaut

Dans sa revue bibliographique sur les vagues de chaleur et la climatisation publiée dans le dernier numéro du Bulletin d’information en santé environnementale (BISE, vol. 16, no 3, mai-juin, 2005), G. Dixsaut soulève des doutes quant à l’efficacité de la climatisation comme mesure de santé publique, souligne le caractère empirique de la recommandation de 2 à 3 heures de repos dans un lieu climatisé et aborde les problèmes pratiques ainsi que les impacts négatifs que pose l’utilisation de la climatisation à large échelle. Bien que nous partagions certains des points de vue de l’auteur sur l’utilisation de la climatisation à large échelle, nous aimerions apporter des commentaires sur la valeur des preuves scientifiques concernant l’efficacité de la climatisation et la fréquentation d’un lieu climatisé comme mesure de santé publique.

Trafic routier et risque d’hospitalisation pour problèmes respiratoires chez les personnes âgées de Montréal

Les données actuellement disponibles sur l’impact sanitaire des particules fines (particules dont le diamètre est égal ou inférieur à 2,5 µm, ou PM2.5) démontrent que les taux de mortalité et d’hospitalisation pour problèmes respiratoires sont plus élevés lors de pics de pollution de courtes durées (d'un ou de plusieurs jours). D’autres études montrent aussi que sur une longue période, les populations qui vivent dans des villes ou des secteurs où la concentration de PM2.5 est élevée, présentent des taux de mortalité et d’hospitalisation pour problèmes respiratoires plus élevés comparativement à des populations vivant dans des villes moins polluées. Les enfants et les personnes âgées, notamment celles souffrant de maladies respiratoires et cardiovasculaires, seraient plus susceptibles à certains effets associés aux particules fines.

Les PM2.5 peuvent être directement émises dans l’atmosphère ou être formées à partir de gaz, eux-mêmes directement émis dans l’air ambiant. La masse des PM2.5 est dominée par les particules formées à partir de gaz émis dans l’atmosphère (particules secondaires). Les PM2.5 peuvent être transportées sur de longues distances et possèdent une durée de vie de plusieurs jours. Ainsi, les données environnementales révèlent que bien qu’il existe des différences à grande échelle, la distribution des PM2.5 dans l’air est relativement stable à l’échelle régionale. Toutefois, les concentrations de PM2.5 dans l’air varient dans le temps en fonction, entre autres, de leur vitesse de formation et des conditions climatiques. En effet, la provenance des vents, leur vélocité, les inversions thermiques, etc. vont influencer les concentrations de particules à un endroit donné. Il est aussi connu que plus il fait chaud, plus les niveaux de particules sont élevésa.

Évaluation des moyens de communication destinés aux estivants fréquentant les plages de Loire-Atlantique

À la suite du naufrage du pétrolier ERIKA le 12 décembre 1999, des actions de contrôle sanitaire et d’information du public ont été mises en œuvre par la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS) de Loire-Atlantique dans le cadre du plan POL­MAR TERRE (Pollution Maritime Terre) (pour un résumé des événements voir le Bulletin d'information en santé environnementale, 11(6) : 1-4). À l’hiver 2000, une partie importante de l’action menée par la DDASS consistait à gérer la procédure d’ouverture des plages au public en prévision de la saison estivale suivante, incluant les moyens de communication à mettre en place. Afin d’apprécier la perception par le public des moyens d’information mis à leur disposition et de l’état sanitaire des plages, une étude a été confiée à l’association ESSCA, de l’École Supérieure des Sciences Commerciales d’Angers. Le présent article en dresse le bilan.

Plusieurs documents de communication ont été produits afin de diffuser l’information sanitaire pertinente aux différents usagers et responsables des plages. À titre d’exemple, la DDASS avait préparé une fiche de recommandation à l’intention des clubs qui souhaitaient pratiquer des activités de loisirs nautiques sur le littoral de communes où des travaux de dépollution étaient en cours. De la même façon, pour les maires du littoral et les maîtres nageurs sauveteurs, la DDASS avait diffusé un document d’information ainsi qu’une fiche de procédure à suivre lorsque surviendraient des cas de souillure de la peau des estivants par du fioul. Au niveau national, un site Web (www.suivi-erika. info) a été mis en place et une plaquette intitulée Les plages après le naufrage de l’Erika – conseils pour vos vacances, traduite en anglais et en allemand, a été publiée. Des consignes sanitaires nationales ont été reprises par la DDASS sous forme d’affichettes intitulées Information marée noire Erika et mises à la disposition des élus, afin qu’ils les fassent installer à l’entrée des plages, de façon à ce qu’elles soient visibles pour le public. Selon la qualité de la plage, des affichettes « état sanitaire satisfaisant » ou « état sanitaire non satisfaisant », également traduites en anglais et en allemand, devaient être apposées à l’entrée des plages. Pour évaluer la perception des estivants qui fréquentent le littoral de Loire-Atlantique de « l’état sanitaire » des plages et des deux moyens d’information, une étude a été réalisée du 11 au 23 août 2000 auprès de 384 personnes âgées de 18 ans et plus (une personne par famille), réparties sur 12 plages.

Vague de chaleur et climatisation, revue bibliographique

Au cours de la période du 4 au 15 août 2003, une vague de chaleur d’une ampleur exceptionnelle s’est abattue sur la France. Cet événement a entraîné une surmortalité importante en particulier chez les personnes âgées vivant en établissement d’accueil aussi bien qu’à domicile. Le nombre de décès en excès au cours de la période entourant cette vague de chaleur a été estimé à près de15 000. En outre, au-delà de cette période, si l’on prend en compte l’excès des décès jusqu’à la fin de l’année 2003, le nombre de décès en excès atteint environ 20 000. Ceci signifie que cette vague de chaleur a eu un effet retard jusqu’en décembre 2003, effet non connu jusqu’à présent. De fait, l’excès de mortalité n’a été résorbé qu’en septembre 2004.

L’un des moyens évoqués pour lutter contre cette surmortalité est un déploiement généralisé de la climatisation. Cependant, les ministères de la santé et de l’environnement, dans le cadre de la préparation d’un plan d’urgence en situation de vague de chaleur, et avant de proposer une telle généralisation, ont demandé à l’Agence française de sécurité sanitaire environnementale d’évaluer les risques sanitaires et le rapport bénéfice/risque lié aux installations de climatisation, ce qui passe d’abord par une revue de la bibliographie.