Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Éclosion de diarrhées auprès de participants à une course à obstacles dans les Alpes-Maritimes de France en juin 2015

Auteur(s): 

  • Denis Gauvin
    M. Sc, conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec
  • Benoît Lévesque
    M.D., M. Sc., FRCPC, médecin spécialiste, Direction de la santé environnementale et de la toxicologie

Les activités de course extrême ont de plus en plus la cote partout à travers le monde. L’une d’entre elles entraîne les coureurs à franchir des obstacles dans un environnement où la présence de boue ajoute au « plaisir » et à la difficulté de l’épreuve. Ce type de course dans la boue n’est généralement pas réservé qu’aux athlètes, la population de tous les âges y participant, tant adultes qu’enfants. Malheureusement, l’exposition à la boue implique la présence potentielle de micro-organismes pathogènes pouvant se solder par des cas où des éclosions de maladies.

L’enquête épidémiologique

Cix et al. (1) rapportent une importante éclosion de gastro-entérite survenue chez des participants à une course « aventure race » dans les Alpes-Maritimes en France en juin 2015. Suivant la déclaration de quelques personnes malades, l’Agence régionale de santé publique de la région a procédé à l’investigation de l’éclosion en deux phases :

  • La première phase consistait en un sondage Web réalisé auprès des participants, leur demandant de rapporter tout problème de santé. Sur les 8 229 personnes sondées (5,2 % étaient des enfants âgés de 7 à 12 ans), 1 264 ont rapporté des symptômes de gastro-entérite suivant la course (taux d’attaque de 16 %), dont 866 étaient cohérents avec la définition de cas dans le cadre de l’éclosion : avoir pris part à la course et symptômes rapportés de gastro-entérite (vomissement et/ou diarrhée) associés ou non à d’autres symptômes dans les 8 jours suivant la course.
  • La deuxième phase consistait à réaliser une enquête rétrospective auprès de tous les participants de la course, qu’ils aient été malades ou non. Au total, 748 questionnaires ont été remplis. Un nombre de 375 participants a déclaré des symptômes correspondant à la définition de cas. De plus, 177 personnes n’ayant pas participé à la course ont été considérées comme des cas secondaires (cas résultant d’une infection secondaire entre les participants malades et leur relation en dehors du contexte de la course). Ces cas n’ont pas été inclus dans l’analyse. Finalement, 373 personnes sans symptômes ont été dénombrées parmi les participants. Le groupe d’âge, l’heure de départ de la course (par vagues) et l’ingestion de boue étaient liés significativement aux symptômes déclarés. Sur les 375 cas répondant à la définition de cas, 52 % disaient avoir consulté un médecin et 4 % le service d’urgence médical local. Aucune hospitalisation n’a été rapportée.

Les analyses biologiques et environnementales

Sur 20 échantillons de selles analysés, les bactéries Salmonella, Campylobacter et Yersinia n’ont pas été détectées. Un échantillon était positif pour Shigella sonnei et, dans 4 autres échantillons, la présence de norovirus du génogroupe 1 et génotype 2 a été détectée. Les participants n’ont pas apporté de nourriture ou de breuvages sur le site, mais ils ont consommé de la nourriture et des boissons distribuées à des stations de ravitaillement. Un tiers des cas ont consommé de la nourriture achetée sur place, après la course, mais aucun cas n’a été déclaré chez les non-participants, dont le personnel et les organisateurs de l’événement. Il a été impossible d’analyser la nourriture distribuée sur place.

Les analyses environnementales, quant à elles, n’ont révélé la présence d’aucune bactérie indicatrice de contamination fécale (coliformes totaux, E. coli, entérocoques) ni de virus et de parasites dans les 3 échantillons d’eau potable prélevés sur place. Cinq échantillons d’étangs d’eau situés sur le parcours étaient contaminés par des bactéries aérobies à 36 °C (étendue : 86 à 3 600 000 UFC/100 ml) et à 22 °C (2500 à 1 400 000 UFC/100 ml). Tous ces échantillons étaient exempts de bactéries Salmonella, Campylobacter, Vibrio cholerae, V. parahemolyticus et d’entérovirus. Cependant, ils étaient tous positifs pour le parasite microscopique (amibe) Naegleria spp. Toutefois, N. fowleri et les norovirus des génogroupes I et II n’ont pas été détectés. Les auteurs expliquent ces derniers résultats négatifs par le faible nombre d’échantillons environnementaux récoltés sur l’ensemble du site, la réduction possible des concentrations des agents pathogènes dans le temps (les échantillonnages ayant été réalisés 3 jours après la course) et, enfin, dû au fait que la zone contaminée n’a peut-être pas été échantillonnée.

La cause possible

Les auteurs rapportent que l’éclosion a possiblement été causée à la suite d’une transmission de personne à personne, lors de l’introduction du virus (norovirus) dans la boue contaminée par une ou plusieurs personnes infectées avant ou au début de la course. Sans exclure d’autres causes potentielles, l’ingestion de boue représente le principal facteur de risque de contamination, mais sans toutefois pouvoir identifier formellement la source d’infection. Fait intéressant, il n’y a eu aucune déclaration de gastro-entérite chez les enfants suivant la course, ces derniers s’étant vu attribuer un parcours sans eau boueuse, différent de celui emprunté par les adultes. Également, bien que n’ayant pu réaliser d’analyses microbiologiques sur les aliments distribués durant la course, il n’y a pas eu de déclaration de maladies chez les personnes ayant utilisé ce même service alimentaire mais n’ayant pas participé à la course.

Un minimum de précaution s’impose

D’autres éclosions en lien avec la pratique de courses extrêmes en environnements boueux sont rapportées dans la littérature (2-3). Étant donné ce récent engouement de la population à participer à de tels événements, il convient de recommander un minimum de précaution lors de l’organisation ou de la participation à ce type d’activités :

  • Les coureurs et organisateurs de l’activité devraient être informés des risques d’infection potentielle associés à l’exposition à la boue;
  • Les coureurs ainsi que les organisateurs préparant le tracé ne devraient pas avoir été victimes de symptômes gastro-intestinaux (diarrhée, vomissement) lors des 2 jours précédant l’événement;
  • Les organisateurs de l’événement devraient utiliser des espaces de course où la contamination par des matières fécales animales (animaux domestiques ou sauvages) est peu probable;
  • Des installations pour le lavage des mains avec de l’eau potable devraient être facilement accessibles sur le site;
  • Lors d’éclosion, les médecins de la région concernée devraient être sensibilisés à recommander des prélèvements de selles chez des personnes malades, permettant ainsi de mieux identifier le risque associé à l’activité pratiquée.

Bonne course!

Références

  1. Six C, Aboukais S, Giron S, D'Oliveira JC, Peloux-Petiot F, Franke F, et al. Outbreak of diarrhoeal illness in participants in an obstacle adventure race, Alpes-Maritimes, France, June 2015. Euro Surveill. 2016;21(23). Disponible: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27311488 DOI : 10.2807/1560-7917.ES.2016.21.23.30253.
  2. Zeigler M, Claar C, Rice D, Davis J, Frazier T, Turner A, et al. Outbreak of campylobacteriosis associated with a long-distance obstacle adventure race – Nevada, October 2012. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2014;63(17):375-8.
  3. Stuart TL, Sandhu J, Stirling R, Corder J, Ellis A, Misa P, et al. Campylobacteriosis outbreak associated with ingestion of mud during a mountain bike race. Epidemiol Intect. 2010;138(12):1695-703. DOI: https://doi.org/10.1017/S095026881000049X

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