COVID-19 : Pandémie et travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance

Sondages sur les attitudes et comportements de la population québécoise

En mars, à la suite de l’application des mesures de confinement pour faire face à la pandémie, certains services de garde ont été maintenus ouverts pour les travailleurs des services essentiels. Quant au milieu scolaire, à l’exception de la Communauté métropolitaine de Montréal, de la municipalité régionale de comté de Joliette et de la Ville de l’Épiphanie, les enseignants et le personnel de soutien des écoles primaires sont retournés dans les écoles en mai, après une période de confinement et de travail à la maison en mars et avril. Plusieurs de ces travailleurs ont affronté la crise avec de nombreuses inquiétudes dans un contexte d’incertitudes multiples. Ils ont aussi dû s’adapter rapidement à un environnement de travail physique et des pratiques de gestion changeants, ce qui comportait un lot de défis.

À retenir

  • Ces travailleurs sont plus inquiets de contracter la maladie et de la transmettre à leur entourage comparativement à la population générale.
  • Ils sont proportionnellement plus nombreux à croire que le « déconfinement » est trop rapide et que le pire de la crise est à venir comparativement à la population générale.
  • Leur niveau de détresse psychologique et d’anxiété est plus élevé que les autres personnes du même âge.

Méthodologie et source des données

Du 21 mars au 31 mai 2020, des sondages Web transversaux ont été réalisés auprès d'échantillons quotidiens de 1 000 adultes québécois. Le questionnaire comportait approximativement 20 questions qui ont été adaptées en fonction de l’évolution des mesures de confinement – « déconfinement » et d’autres éléments liés au contexte de la pandémie. Les résultats ont été pondérés selon certains facteurs sociodémographiques (sexe, âge, région, langue, composition du ménage) pour être représentatifs de la population québécoise. Ce feuillet présente les résultats d’analyses plus spécifiques portant sur les réponses des travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance âgés de 18 à 69 ans (n = 518) pour les sondages réalisés du 21 au 31 mai 2020. Les résultats présentés comparent les travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance avec les autres répondants de ce groupe d'âge qui n’y travaillent pas.

Des questions mesuraient les inquiétudes liées à la COVID-19 et l’adhésion aux mesures de prévention recommandées. Six questions mesuraient la détresse psychologique en utilisant l’échelle de Kessler nommée K61 et a permis de créer un score de détresse psychologique problématique2. Un score de bien-être émotionnel a aussi été mesuré à l’aide de trois questions (niveau de satisfaction à l’égard de sa vie, se sentir heureux(se) et se sentir intéressé(e) par la vie), tirées de l’échelle élaborée par Keyes3. Enfin, une question portait sur l’augmentation perçue de la consommation d’alcool (parmi les personnes qui consomment de l’alcool). Pour des périodes spécifiques, des comparaisons des réponses selon les caractéristiques sociodémographiques ont été réalisées et les résultats statistiquement significatifs sont présentés.

Notons enfin que les résultats présentés doivent être interprétés avec prudence étant donné l’échantillonnage non probabiliste.

Résultats

Les travailleurs du milieu de l’éducation et des services de gardes éducatifs à l’enfance étaient proportionnellement plus nombreux à être inquiets à l’idée de contracter la maladie et craignaient davantage de la transmettre à leur entourage que les autres répondants (figure 1). Ils étaient aussi plus anxieux dans les lieux publics et plus préoccupés à l’idée de perdre un être cher à cause de la maladie. Toutefois, il y avait peu de différences en ce qui a trait au risque perçu de contracter la maladie entre ces travailleurs et les autres personnes âgées de 18 à 69 ans. Ils étaient aussi proportionnellement moins nombreux à croire que la COVID-19 pourrait être dangereuse pour leur santé.

Figure 1 - Inquiétudes des travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance envers la COVID-19 (%), période du 21 au 31 mai 2020

Figure 1 - Inquiétudes des travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance envers la COVID-19 (%), période du 21 au 31 mai 2020

Concernant l’application de certaines des mesures recommandées pour prévenir la COVID-19, les travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance étaient proportionnellement plus nombreux à porter un masque ou un couvre-visage dans les lieux publics, lorsque la distanciation de deux mètres n’est pas possible (figure 2). La majorité disait qu’il était difficile de pratiquer la distanciation physique à leur travail (60 % comparativement à 36 % pour les autres répondants de 18 à 69 ans). Enfin, plus de la moitié de ces travailleurs (54 %) ont avoué avoir fait exception à certaines mesures recommandées au moins une fois dans la semaine précédant la collecte.

Davantage de travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance jugeaient que le « déconfinement » au Québec était trop rapide (46 % comparativement à 36 % au reste des répondants du même groupe d’âge).

Figure 2 - Application de certaines des mesures recommandées par les travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance (%), période du 21 au 31 mai 2020

Figure 2 -	Application de certaines des mesures recommandées par les travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance (%), période du 21 au 31 mai 2020

Comparativement aux autres répondants âgés de 18 à 69 ans (à l’exception des travailleurs de la santé), la détresse psychologique problématique était plus grande chez les travailleurs des écoles et des services de garde éducatifs à l’enfance (figure 3). Ils étaient aussi plus nombreux à rapporter une augmentation de leurs sentiments d’inquiétude et d’anxiété dans les 15 derniers jours. Toutefois, il y avait peu de différences avec les autres répondants en ce qui a trait à leur bien-être émotionnel et leur perception d’une mauvaise santé mentale.

Enfin, 35 % des travailleurs des écoles et des services de garde éducatifs à l’enfance qui consomment de l’alcool jugeaient que leur consommation avait augmenté dans les 15 jours précédant le sondage (comparativement à 28 % pour les autres personnes de ce groupe d’âge).

Figure 3 - Détresse psychologique selon l’échelle de Kessler (K6), perception de la santé mentale et consommation d'alcool des travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance (%), période du 21 au 31 mai 2020

Figure 3 -	Détresse psychologique selon l’échelle de Kessler (K6), perception de la santé mentale et consommation d'alcool des travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance (%), période du 21 au 31 mai 2020

Conclusions

Comparativement aux autres Québécois(es) âgé(é)s de 18 à 69 ans (à l’exception des travailleurs de la santé), les travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance étaient plus inquiets par rapport à la COVID-19. Ils percevaient aussi que le processus de « déconfinement » était trop rapide.

Moins de la moitié de ces travailleurs portaient un masque ou un couvre-visage dans les lieux publics, mais ils le portaient davantage que les autres répondants du même groupe d’âge. La majorité pouvait difficilement pratiquer la distanciation physique à leur travail, c’est pourquoi il est recommandé à ces travailleurs de porter un masque de qualité ainsi qu’une protection oculaire4.

Enfin, le niveau de détresse psychologique et d’anxiété est très préoccupant chez ces travailleurs (17 % présentaient un score de détresse psychologique problématique et 50 % rapportaient que leurs sentiments d’anxiété avaient augmenté). Les données sur la détresse psychologique dans la population québécoise recueillies en 2013-2014 lors de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) indiquaient que 2 % des adultes québécois vivaient une détresse psychologique problématique5. Les données de l’ESCC de 2015-2016 rapportaient que 4,8 % des adultes québécois percevaient leur santé mentale comme passable ou mauvaise6.

Références

  1. Institut national de santé publique du Québec. Échelle de détresse psychologique de Kessler à 6 niveaux. En ligne. https://www.inspq.qc.ca/boite-outils-pour-la-surveillance-post-sinistre-des-impacts-sur-la-sante-mentale/instruments-de-mesure-standardises/fiches-pour-les-instruments-de-mesure-standardises-recommandes/detresse-psychologique
  2. K10 and K6 scales. National Comorbidity Survey. En ligne: https://www.hcp.med.harvard.edu/ncs/k6_scales.php
  3. Keyes, C. L. M. (2009). Atlanta: Brief description of the mental health continuum short form (MHC-SF). En ligne : https://www.aacu.org/sites/default/files/MHC-SFEnglish.pdf
  4. Institut national de santé publique du Québec. (2020). Services de garde en installation. Mesures de prévention de la COVID-19 en milieu de travail – recommandations intérimaires. En ligne : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/covid/2984-travailleuses-services-garde-covid19.pdf
  5. Institut national de santé publique du Québec. (2020). Compilation spéciale en utilisant le fichier de microdonnées à grande diffusion de Statistique Canada: Enquête de santé dans les communautés canadiennes (ESCC) 2013-2014 cycles combinés.
  6. Rapport de l'onglet Plan national de surveillance produit par l'Infocentre de santé publique à l'Institut national de santé publique du Québec, juin 2020. Mise à jour de l'indicateur le 18 juin 2019.  Fichier de microdonnées à grande diffusion de 2015-2016 de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), Statistique Canada.
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