COVID-19 : Pandémie et préoccupations des parents à l’égard de leurs enfants

Sondages sur les attitudes et comportements de la population québécoise

La pandémie de la COVID-19 a drastiquement modifié les modes de vie de la plupart des parents et de leurs enfants. Avec la fermeture des écoles, des services de garde et de plusieurs milieux de travail, beaucoup de parents et d’enfants se sont subitement retrouvés à la maison à temps plein. Plusieurs parents ont dû s’adapter à de nouvelles réalités de travail (par exemple, perte d’emploi temporaire, télétravail, augmentation de la charge de travail) tout en rassurant leurs enfants et en supervisant leurs apprentissages. Une recension récente des écrits concluait que les effets psychosociaux des mesures de confinement sont substantiels, multiples et de longues durées1. Ces mesures n’affectent pas seulement les adultes, mais peuvent également avoir des conséquences négatives sur le développement des enfants et des adolescents2-4. Ce feuillet présente certaines préoccupations des parents à l’égard de leurs enfants durant la pandémie.

À retenir

  • La majorité des parents ont des préoccupations par rapport à la réussite scolaire et à la santé mentale de leurs enfants dans le contexte de la pandémie.
  • Les parents plus inquiets d’attraper la COVID-19 sont moins favorables à ce que leurs enfants retournent à l’école, à la garderie ou au camp de jour.

Méthodologie et source des données

Du 21 mars au 31 mai 2020, des sondages Web quotidiens ont été réalisés auprès d'échantillons de 1 000 adultes québécois. Le questionnaire comportait approximativement 20 questions qui ont été adaptées en fonction de l’évolution de la pandémie et des mesures recommandées pour limiter la propagation du virus. Les résultats ont été pondérés selon certains facteurs sociodémographiques (sexe, âge, région, langue, composition du ménage) pour être représentatifs de la population québécoise.

Entre le 30 avril et le 31 mai, des questions mesuraient les préoccupations des parents quant à la réussite scolaire et la santé mentale de leurs enfants de moins de 18 ans. Entre le 30 avril et le 6 mai, les parents ont été questionnés sur leur intention de renvoyer leurs enfants à l’école ou à la garderie à la suite de leur réouverture alors qu’entre le 29 et le 31 mai, la question portait sur les camps de jours.

Résultats

Entre le 30 avril et le 31 mai, près de sept parents sur dix étaient préoccupés par la réussite scolaire de leurs enfants dans le contexte de la pandémie (figure 1).

  • Spécifiquement pour la période du 21 au 31 mai, les parents davantage préoccupés par la réussite scolaire de leurs enfants étaient âgés de 45 à 64 ans (69 % comparativement à 64 % pour les parents âgés entre 35 et 44 ans), avaient une scolarité de niveau collégiale ou moins (69 % comparativement à 61 % pour les universitaires) et vivaient dans des territoires plus défavorisés matériellement5 (70 % comparativement à 62 % pour ceux vivant dans les territoires plus favorisés).

Figure 1 - Proportion des parents (%) préoccupés par la réussite scolaire de leurs enfants dans le contexte de la pandémie, du 30 avril au 31 mai 2020

Figure 1 - Proportion des parents (%) préoccupés par la réussite scolaire de leurs enfants dans le contexte de la pandémie, du 30 avril au 31 mai 2020

Environ six parents sur dix étaient également inquiets par rapport à la santé mentale de leurs enfants, soit leurs sentiments d’inquiétudes ou d’anxiété (figure 2). Au 31 mai, 68 % des parents étaient aussi préoccupés parce que leurs enfants s’ennuient à la maison en raison de la pandémie (figure 3).

  • Pour la période du 21 au 31 mai, les parents dont le revenu du ménage avait diminué de façon importante en raison de la pandémie étaient proportionnellement plus nombreux à être inquiets de la santé mentale (70 %) et de l’ennui de leurs enfants (70 %). Les parents de la grande région de Montréal étaient aussi davantage préoccupés par le fait que leurs enfants s’ennuient à la maison (66 % comparativement à 59 % pour les parents vivant dans d’autres villes du Québec).

Figure 2 - Proportion des parents (%) préoccupés par la santé mentale de leurs enfants dans le contexte de la pandémie, du 21 au 31 mai 2020

Figure 2 - Proportion des parents (%) préoccupés par la santé mentale de leurs enfants dans le contexte de la pandémie, du 21 au 31 mai 2020

Figure 3 - Proportion des parents (%) préoccupés par le fait que leurs enfants s’ennuient à la maison dans le contexte de la pandémie, du 21 au 31 mai 2020

Figure 3 - Proportion des parents (%) préoccupés par le fait que leurs enfants s’ennuient à la maison dans le contexte de la pandémie, du 21 au 31 mai 2020

La majorité des parents disaient que leurs enfants trouvaient difficile de ne pas voir leurs grands-parents (figure 4).

  • Plus spécifiquement pour la période du 21 au 31 mai, les mères (80 % comparativement à 72 % pour les pères), les parents plus jeunes (82 % pour les 18-34 ans comparativement à 68 % pour les 45‑64 ans) et ceux vivant dans les petites villes et les milieux ruraux (82 % comparativement à 75 % pour les parents vivant dans les grandes villes) étaient proportionnellement plus nombreux à trouver cette situation difficile.

Figure 4 - Proportion des parents (%) dont les enfants trouvent difficile de ne pas voir leurs grands-parents, 30 avril au 31 mai 2020

Figure 4 - Proportion des parents (%) dont les enfants trouvent difficile de ne pas voir leurs grands-parents, 30 avril au 31 mai 2020

Entre le 14 et le 20 mai, 43 % des parents hors de la grande région de Montréal préféraient garder leurs enfants à la maison, alors qu’une proportion similaire (43 %) mentionnaient que leurs enfants étaient retournés à l’école ou au service de garde (figure 5). Une plus faible proportion des parents (14 %) auraient souhaité que leurs enfants y retournent, mais n’avaient pas pu avoir de place.

  • Les parents qui étaient sans-emploi ou en arrêt de travail en raison de la pandémie (25 %), ceux vivant dans un ménage dont le revenu avait diminué de façon importante (36 %), ceux vivant dans des territoires défavorisés matériellement (28 %), les parents plus inquiets par rapport à la COVID-19 (33 %) et les parents dont le plus haut niveau de scolarité complété est le secondaire 5 (34 %) étaient proportionnellement moins nombreux à dire avoir envoyé leurs enfants à l’école ou au service de garde.

Figure 5 - Proportion des parents (%) hors de la grande région de Montréal dont les enfants sont retournés à l’école ou au service de garde, 14 au 20 mai 2020

Figure 5 - Proportion des parents (%) hors de la grande région de Montréal dont les enfants sont retournés à l’école ou au service de garde, 14 au 20 mai 2020

Entre le 29 et le 31 mai, 39 % des parents disaient avoir l’intention d’envoyer leurs enfants dans un camp de jour cet été.

  • Les parents dont le revenu du ménage avait diminué (30 %) et ceux dont la langue maternelle est le français (37 %) avaient plutôt l’intention de les garder à la maison. À l’inverse, les parents moins inquiets à l’idée d’attraper la COVID-19 étaient plus enclins à ce que leurs enfants fréquentent un camp de jour cet été (48 % des parents peu ou pas inquiets le souhaitaient comparativement à 32 % des parents plus inquiets).

Enfin, entre le 21 et le 31 mai, les parents ont été sondés sur l’acceptabilité d’une séance de rattrapage scolaire de trois semaines en août pour les élèves présentement au secondaire. La majorité des parents (69 %) se disaient en faveur d’une telle approche.

  • Les pères (72 %), les parents plus jeunes (18-34 ans, 74 %), les parents ayant un diplôme d’études secondaires ou moins (73 %), ceux qui sont préoccupés par la réussite scolaire de leurs enfants (75 %) et ceux dont la langue maternelle n’est pas le français (79 %) étaient plus nombreux à être en faveur de cette séance de rattrapage.

Conclusions

Les résultats des sondages soulignent que la majorité des parents étaient préoccupés par la réussite scolaire, la santé mentale et l’ennui de leurs enfants durant la première vague de la pandémie. En mai, les parents étaient toujours divisés quant au retour de leurs enfants à l’école ou au service de garde.

Alors que l’année scolaire 2019-2020 est terminée et que la réouverture des écoles s’est faite sans augmentation notable de la transmission de la COVID-19 chez les élèves et le personnel scolaire, il sera intéressant de voir comment les perceptions des parents évolueront et quelles seront leurs préoccupations face à la période estivale et à la prochaine rentrée scolaire. L’assouplissement des mesures de distanciation dans les milieux de garde pourra aussi avoir un impact sur les perceptions des parents de jeunes enfants.

Références

  1. Brooks SK, Webster RK, Smith LE, et al. The psychological impact of quarantine and how to reduce it: rapid review of the evidence. Lancet. 2020;395(10227):912-920.
  2. Institut national de santé publique du Québec. Atténuation des impacts de la pandémie COVID-19 sur le développement des enfants âgés de 0 à 5 ans : adaptation des pratiques de santé publique auprès des familles dans les milieux de vie. En ligne : https://www.inspq.qc.ca/publications/3023-attenuation-impacts-enfants-0-5-ans-covid19
  3. Rundle AG, Park Y, Herbstman JB, et al. COVID‐19–Related School Closings and Risk of Weight Gain Among Children. Obesity. 2020;28(6):1008-1009.
  4. Danese A, Smith P, Chitsabesan P, et al. Child and adolescent mental health amidst emergencies and disasters. The British Journal of Psychiatry. 2020;216(3):159-162.
  5. Institut national de santé publique du Québec. Indice de défavorisation matérielle. En ligne : https://www.inspq.qc.ca/santescope/indice-de-defavorisation
COVID-19 : Pandémie et préoccupations des parents à l’égard de leurs enfants

Auteur(s): 

Sujet(s): 

Type de publication: