Indices de défavorisation multiple et multidimensionnelle

Contexte

L’indice de défavorisation matérielle et sociale (IDMS) a été conçu à la fin des années 1990 dans le but de mesurer la défavorisation des Québécois à petite échelle géographique1,2. La composition interne et la méthodologie de calcul de l’IDMS n’ont pas changé significativement depuis sa création. Le développement d’un nouvel indice a toutefois été inscrit dans la programmation scientifique 2017-2020 de l’INSPQ (chapitre 2.2 ; indices écologiques de défavorisation) pour différentes raisons :

  • Les transformations structurelles et organisationnelles ainsi que des changements survenus dans le contexte global économique, social et politique rendent nécessaire un réexamen de l’actuel outil de mesure de la défavorisation.
  • Le contexte est présentement favorable au développement de nouveaux indices. La Politique gouvernementale de prévention en santé et le Programme national de santé publique 2015-2025 mettent tous les deux l’emphase sur la surveillance et la réduction des inégalités sociales de santé ainsi que la collaboration avec les acteurs de différents domaines (ex. environnements physique, socioculturel, économique et politique) qui peuvent avoir un impact direct sur la santé de la population à travers leurs responsabilités et leurs leviers d’action. De plus, l’IDMS est utilisé dans le Système de surveillance des inégalités sociales de santé au Québec. Une représentation plus précise et actuelle de la défavorisation permettra d’offrir aux professionnels une mesure plus adaptée à leurs besoins.
  • L’utilisation croissante de l’IDMS par des acteurs régionaux et dans des domaines autres que la santé a engendré certaines critiques concernant sa sensibilité et sa fiabilité. Trois raisons peuvent expliquer la faible performance de l’IDMS dans certaines régions rurales, éloignées et peu peuplées :
    • les caractéristiques de la défavorisation plus difficiles à capter par un instrument quantitatif;
    • l’apparente hétérogénéité socioéconomique, reliée à la taille des aires de diffusion (AD) considérablement plus larges en milieu rural qu’en milieu urbain;
    • et la plus grande similitude des AD rurales entre elles comparativement aux AD en milieu urbain dont l’homogénéité socioéconomique crée des différences importantes entre AD.
  • Les utilisateurs de l’IDMS manifestent un grand intérêt pour le développement d’un indice documentant différentes conditions et milieux de vie dans lesquels certains secteurs géographiques peuvent être désavantagés.

Objectifs du projet d’élaboration de nouveaux indices de défavorisation multiple et multidimensionnelle au Québec (IDMMQ)

Les IDMMQ s’appuieront sur les travaux du Social Disadvantage Research Group, qui était situé à l’Université d’Oxford au Royaume-Uni. Aujourd’hui, deux groupes autonomes issus du groupe original, le collectif de recherche deprivation.org et le groupe Oxford Consultants for Social Inclusion créent les indices de défavorisation multiples utilisés par le gouvernement britannique pour suivre l’évolution des inégalités sociales depuis plus de 20 ans.

Contrairement à l’IDMS, qui fonctionne principalement comme substitut de la mesure de la position socioéconomique des individus, les IDMMQ mesureront la défavorisation d’un territoire, caractérisé par sa composition populationnelle et son contexte physique, bâti et social. Les IDMMQ mettront en lumière la défavorisation dans les différentes conditions et milieux de vie, regroupées en trois dimensions (matérielle, sociale et environnementale), et dans divers aspects de la vie (domaines de l’éducation, du travail, des revenus, des caractéristiques biologiques et personnelles, des connexions sociales, de la santé physique et mentale, du logement, de l’environnement physique bâti et naturel, des services commerciaux et publics et de l’environnement politique) qui pourront être mesurés séparément et combinés entre eux.

Les raisons d’être des IDMMQ sont similaires à celles de l’IDMS, c’est-à-dire :

  1. Refléter le concept de défavorisation multiple et multidimensionnelle en se basant sur un modèle conceptuel;
  2. Offrir une mesure alternative et complémentaire aux indicateurs de position socioéconomique individuels (ex. scolarité, revenu) pour estimer la défavorisation et mettre en lumière d’éventuelles inégalités sociales, particulièrement celles de santé;
  3. Calculer la défavorisation spécifique, c’est-à-dire une mesure unique par domaine et par dimension;
  4. Calculer la défavorisation multiple, c’est-à-dire la défavorisation apparaissant dans plus d’un domaine;
  5. Assembler et résumer les mesures des différents domaines de la défavorisation en une mesure globale et synthétique de défavorisation (IDMMQ).

Les nouveaux IDMMQ permettront de :

  1. Mesurer la défavorisation, c’est à dire l’inégalité relative d’un groupe de population comparé à un autre groupe d’après un domaine spécifique de défavorisation ou globalement;
  2. Pallier à l’absence d’informations socioéconomiques dans les fichiers administratifs;
  3. Comparer la défavorisation multiple et multidimensionnelle au sein de différentes populations (enfants/adultes/aînés, hommes/femmes);
  4. Comparer la défavorisation multiple et multidimensionnelle à différentes échelles territoriales (aires de diffusion, municipalités, RTS, RLS, RSS, zones géographiques);
  5. Soutenir les exercices de planification et d’attribution des ressources dans différents secteurs de la société ;
  6. Évaluer les besoins de la population en matière d’équité sociale et environnementale;
  7. Suivre les inégalités sociales au cours du temps (avec des versions subséquentes des IDMMQ);
  8. Faire des recherches et études épidémiologiques sur les effets des inégalités sociales sur différents aspects de la qualité de vie, dont la santé;
  9. Soutenir l’évaluation d’impact des politiques et des programmes sur les inégalités sociales en matière de santé;
  10. Favoriser l’action sur les déterminants sociaux et environnementaux de la santé en identifiant le ou les domaines de défavorisation prédominants.

Vous êtes intéressé à en savoir plus sur le développement du nouvel indice? Inscrivez-vous à notre liste de distribution en envoyant votre courriel à l’adresse suivante: biesp@inspq.qc.ca en précisant «Indices de défavorisation multiple et multidimensionnelle» dans le sujet de l’envoi.

Références

  1. Pampalon R, Raymond G. Un indice de défavorisation pour la planification de la santé et du bien-être au Québec. Mal Chron Au Can. 2000;21(3):113-22.
  2. Pampalon R, Hamel D, Gamache P, Philibert MD, Raymond G, Simpson A. Un indice régional de défavorisation matérielle et sociale pour la santé publique au Québec et au Canada. Rev Can Santé Publique. 30 avr 2012;103(8):17-22.

Ressources

D'autres textes seront ajoutés ici au fur et à mesure qu'ils deviendront disponibles.

Premières réflexions pour le développement d’indices de défavorisation multiple et multidimensionnelle pour le Québec :


Voir aussi

Autres sites d’intérêt

 

Dernière mise à jour : 19 septembre 2019