Cannabis

Dans le contexte où le cannabis est devenu une substance légale, il apparaît essentiel de suivre l’évolution de sa consommation, mais également les conséquences sanitaires telles que les hospitalisations qui y sont associées. Cette section vise à évaluer l’ampleur des hospitalisations liées à l'usage du cannabis dans la population québécoise.

Sources de données

Les renseignements médico-hospitaliers utilisés proviennent des fichiers du système d’information sur la clientèle des hôpitaux du Québec (MED-ÉCHO) du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Plus spécifiquement, les données utilisées concernent les admissions pour des soins physiques ou psychiatriques de courte durée survenues dans les centres hospitaliers dont la vocation première est les soins généraux et spécialisés ou la psychiatrie. Les hospitalisations en chirurgie d’un jour, les soins de longue durée en unité de courte durée et les hospitalisations de type hôpital à domicile ont été éliminés. Les données utilisées couvrent les années financières 2006-2007 à 2015-2016. Ces données ont été regroupées en fonction de la date d’admission du patient et sont présentées selon l’année civile.

Définition d’un cas

Les hospitalisations liées à l'usage du cannabis sont comprises comme des hospitalisations dont l’un des diagnostics est lié à l’usage du cannabis. Depuis le 1er avril 2006, les diagnostics enregistrés au système MED-ÉCHO sont codifiés à l’aide de la version canadienne de la dixième révision de la Classification internationale des maladies (CIM-10-CA). Les codes de diagnostic liés à l'usage du cannabis retenus sont présentés au tableau ci-dessous.

Deux définitions de cas ont été utilisées pour réaliser nos analyses, soit :

  • Définition restreinte : hospitalisation dont le diagnostic principal est lié à l’usage de cannabis
  • Définition étendue : hospitalisation dont le diagnostic principal ou l’un des 25 diagnostics secondaires est lié à l’usage de cannabis

Dixième révision de la Classification
internationale des maladies (CIM-10-CA)

Code

Description

Intoxication

F12.0

Intoxication aiguë

T40.7

Intoxication (empoisonnement)

Abus et dépendance

F12.1

Utilisation de dérivés du cannabis nocive pour la santé

F12.2

Syndrome de dépendance

Troubles mentaux ou du comportement induits par l’usage du cannabis

F12.3 et F12.4

Syndrome de sevrage

F12.5 et F12.7

Troubles psychotiques

F12.6, F12.8 et F12.9

Autres troubles mentaux ou du comportement

 

Hospitalisations liées à l’usage de cannabis en 2015

Globalement, les hospitalisations dont le diagnostic principal (définition restreinte) est lié à l’usage de cannabis sont relativement peu fréquentes au Québec. Pour l’année 2015, on dénombre 740 hospitalisations de ce type enregistrées au système MED-ÉCHO. Le taux ajusté en fonction de l’âge atteint globalement 0,93 hospitalisation par 10 000 personnes en 2015 (tableau 2). Cependant, si l’on considère la définition étendue (c'est-à-dire dans les cas où le diagnostic principal correspond à une autre raison que l’usage de cannabis, mais dont un problème de santé relié à cet usage a été diagnostiqué ou traité pendant le séjour hospitalier), le nombre d’hospitalisations atteint 7 527, soit 10 fois plus. Le taux ajusté passe donc à 9,36 hospitalisations par 10 000 personnes en 2015 (tableau 2).

Les problèmes liés à l’usage de cannabis enregistrés en diagnostic principal concernent les troubles mentaux ou du comportement dans environ 70 % des cas hospitalisés (n=509). Les diagnostics qui réfèrent à l’abus ou la dépendance au cannabis sont, quant à eux, responsables d’environ une hospitalisation sur 4 (n=179). Finalement, les intoxications au cannabis représentent 7 % des hospitalisations liées à l’usage de cannabis en diagnostic principal (n=52) (tableau 2).

Selon la définition étendue (ensemble des hospitalisations enregistrées avec un diagnostic principal ou secondaire), on peut constater que c’est l’abus et la dépendance au cannabis qui sont les diagnostics les plus souvent enregistrés; ils sont présents dans 65 % des hospitalisations avec au moins un code relatif à l’usage de cannabis (n=5 193). Les troubles mentaux ou du comportement sont, quant à eux, impliqués dans près du tiers des hospitalisations où un code relatif à l’usage de cannabis a été enregistré (n=2 422) et les intoxications dans un peu moins de 5 % de celles-ci (n=332) (tableau 2).

Tableau 2: Hospitalisations liées à l’usage du cannabis selon le diagnostic, 2015, Québec.

 

Diagnostic principal

Diagnostic principal et secondaire

Code diagnostique

Nb. (%)

Taux / 10 000

IC 95%

Nb. (%)

Taux / 10 000

IC 95%

Intoxication

52 (7,0)

0,65

(0,49-0,85)

332 (4,2)

4,14

(3,72-4,62)

Abus et dépendance

179 (24,2)

0,23

(0,20-0,26)

5 193 (65,3)

6,46

(6,29-6,64)

Troubles mentaux ou du comportement

509 (68,8)

0,64

(0,59-0,70)

2 422 (30,5)

3,01

(2,89-3,13)

Total

740

0,93

(0,87-1,00)

7527*

9,36

(9,15-9,57)

* Lorsqu’on additionne les trois catégories de code diagnostique, le nombre total d’hospitalisations s’élève à plus de 7 527 puisque, pour un même cas, deux codes différents peuvent avoir été enregistrés.

Selon la définition étendue, les hommes constituaient un peu plus de 70 % des cas hospitalisés en 2015 (5 340 sur 7 527). Le taux de 13,07 hommes par 10 000 est plus élevé que celui observé chez les femmes (5,55 par 10 000).

 

Notes méthodologiques

† Taux ajustés selon la structure par âge, sexes réunis, de la population du Québec en 2011.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

Avec respectivement 24,84 et 21,30 hospitalisations par 10 000 personnes, les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans et de 25 à 29 ans représentaient les groupes avec les taux d’hospitalisations les plus élevés parmi la population. Bien qu’ils constituent 15 % de la population, ces individus représentaient 43 % de l’ensemble des hospitalisations enregistrées en diagnostic principal ou secondaire observées en 2015 (2 954 hospitalisations).

 

Notes méthodologiques

 

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

Il est également possible de constater plusieurs variations selon les régions sociosanitaires du Québec. Pour la définition étendue, seules les régions de Chaudière-Appalaches et de la Montérégie affichent des taux comparables à celui observé pour l’ensemble du Québec. Pour toutes les autres régions, des différences significatives sont observées.

 

Notes méthodologiques

† Taux ajustés selon la structure par âge, sexes réunis, de la population du Québec en 2011.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

Outil cartographique

Utilisez cet outil pour obtenir les taux d'hospitalisations selon le type de diagnostic et la période.

 

Notes méthodologiques

* En raison des faibles effectifs et des coefficients de variation trop importants, les hospitalisations concernant les 0 à 9 ans et les 65 ans et plus ne sont pas présentées, tout comme celles des régions du Nord-du-Québec, du Nunavik et des Terres-Cries-de-la-Baie-James.

†† Coefficient de variation supérieur à 25 % : estimation imprécise fournie à titre indicatif seulement.

† Coefficient de variation supérieur à 15 % et inférieur ou égal à 25 %. La valeur de la proportion doit donc être interprétée avec prudence.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

 

Portrait évolutif des hospitalisations liées à la consommation de cannabis au Québec

Les données médico-hospitalières permettent de dresser un portrait de l’évolution des hospitalisations liées à l’usage de cannabis au Québec de 2007 à 2015. Elles indiquent une tendance à la hausse du nombre et du taux annuel d’hospitalisations liées à l’usage de cannabis au Québec au cours de cette période. Afin de présenter le portrait évolutif de la situation au Québec, l'INSPQ a retenu la définition étendue, soit l’ensemble des hospitalisations où un code diagnostique relatif à l’usage de cannabis a été enregistré (code enregistré en diagnostic principal ou secondaire).

Bien que les hospitalisations surviennent majoritairement chez les hommes, le taux d’hospitalisations liées à l’usage de cannabis a augmenté tant chez les hommes que chez les femmes depuis 2007. Peu importe le sexe, le taux a presque doublé (écart absolu) entre 2007 et 2015, passant, chez les hommes, de 7,9 à 13,1 par 10 000 personnes et chez les femmes de 2,9 à 5,6 / 10 000 personnes. Globalement, depuis 2007, le taux d’hospitalisations attribuable à l’usage de cannabis a bondi de 72 % (taux passant de 5,5 à 9,4 / 10 000 personnes). C’est cependant à partir de 2012 que l’on observe la progression la plus marquée du taux avec une hausse de 49 % entre 2012 et 2015 (taux passant de 6,3 à 9,4 / 10 000 personnes).

 

Notes méthodologiques

† Taux ajustés selon la structure par âge, sexes réunis, de la population du Québec en 2011.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

Si l’on considère l’évolution du taux d’hospitalisations lié à l’usage de cannabis selon l’âge, on peut voir que, bien que la hausse soit observée chez l’ensemble des groupes d’âge de la population, ce sont chez les individus âgés de 50 à 64 ans que l’on observe la plus forte progression du taux d’hospitalisations avec une hausse de près de 230 % (taux passant de 1,44 à 4,74 / 10 000 personnes). Le taux d’hospitalisations observé chez les jeunes âgés de 15 à 17 ans a également progressé de façon importante avec une augmentation de 128 % (taux passant de 7,60 à 17,31 / 10 000 personnes).

 

Notes méthodologiques

† En raison des faibles effectifs et des coefficients de variation trop importants, les hospitalisations concernant les 0 à 9 ans et les 65 ans et plus ne sont pas présentées.

Sources

  • MSSS, Fichier des hospitalisations MED-ÉCHO et MSSS, estimations et projections démographiques

 

En résumé

Nos résultats suggèrent que les problèmes liés à l'usage de cannabis constituent rarement l’affection la plus importante vécue par une personne au cours de son hospitalisation. Dans la plupart des cas, la personne éprouve un autre problème de santé ayant nécessité une plus grande part des ressources médicales durant son séjour hospitalier. Parmi ces personnes, plusieurs présentent des troubles mentaux importants, tels que la psychose, la schizophrénie et des troubles de l’humeur.

Nos résultats indiquent également une hausse importante du nombre et du taux d’hospitalisation liées à l'usage de cannabis au cours de la période étudiée. En considérant la définition étendue, soit l’ensemble des hospitalisations (enregistrées avec un diagnostic principal ou secondaire), le taux annuel d’hospitalisations liées à l’usage de cannabis a bondi de 72 % de 2007 à 2015. Cette augmentation est particulièrement marquée chez les individus de 50 à 64 ans. Chez les plus jeunes, des hausses du nombre de cas et du taux d’hospitalisation ont également été observées depuis 2007, notamment chez les 15 à 17 ans.

De plus, on constate que la problématique des hospitalisations liées au cannabis est étroitement liée à la problématique de santé mentale. En effet, nos travaux ont montré que dans 80 % des cas de diagnostic secondaire liés à l’usage de cannabis, le diagnostic principal référait à une problématique de santé mentale. Il n’est cependant pas possible, avec les données actuelles, de déterminer si le cannabis a précipité l’apparition d’un problème mental ou bien s’il a exacerbé un problème déjà présent.