Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Auteur(s): 

  • Ray Bustinza
    M. Sc., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec
  • Germain Lebel
    M. A., M. Sc., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec

La vague de chaleur de l’été 2003 a été la plus intense enregistrée en France depuis les années 1950. Entre le 1er et le 20 août, on estime à 14 800 le nombre de décès en excès pendant cette vague de chaleur. Ceci représente une augmentation de 60 % par rapport à la mortalité attendue. Afin de mieux protéger la population par rapport aux conséquences des vagues de chaleur, le ministère de la Santé français a développé en 2004 le Plan national canicule (PNC) qui inclut un système d’alerte canicule et santé (SACS).

Le SACS a pour objectif d’identifier une vague de chaleur susceptible d’avoir un impact sanitaire majeur, afin de mettre en place rapidement des mesures de prévention et de gestion. Il s’appuie sur la surveillance des prévisions météorologiques et d’indicateurs sanitaires. Le rapport de Laiidi et coll. intitulé Système d’alerte canicule et santé : principes, fondements et évaluation, présente les principes de fonctionnement du SACS, les principales étapes de sa construction et de son évolution, et le bilan des indicateurs météorologiques et sanitaires de 2004 à 2011. Le rapport présente également les perspectives d’évolution du SACS.

Choix des indicateurs et des seuils météorologiques

Pour établir des critères d’émission des alertes, plusieurs indicateurs météorologiques ont été évalués. Le choix de l’indicateur a débuté avec la comparaison des données météorologiques et de la surmortalité journalière dans 14 agglomérations urbaines localisées dans différents climats sur le territoire français. Pour calculer la surmortalité, la mortalité de référence a été définie comme la moyenne mobile (sur trois ans) de la mortalité journalière (toutes causes confondues). Ensuite, des seuils d’alerte pour des niveaux de surmortalité préalablement définis ont été établis pour chaque département français. L’établissement des seuils météorologiques a été effectué en minimisant le nombre d’alertes manquées et de fausses alertes. Les indicateurs présentant les meilleures spécificités et sensibilités sont les moyennes mobiles sur trois jours des températures maximales et minimales.

La proposition d’alerte

Après quelques années d’opération et l’évaluation externe du SACS, on a démontré que l’émission d’alertes pouvait varier d’un opérateur à l’autre, pour des situations identiques. Un outil d’aide à la décision a été développé pour harmoniser les critères d’émission d’alertes et la mise en œuvre les mesures sanitaires. Parmi ces critères, on retrouve entre autres : les seuils, l’incertitude des prévisions météorologiques et l’action de facteurs susceptibles d’aggraver l’impact sanitaire (intensité de la chaleur, humidité relative, pollution atmosphérique, rassemblements, etc.).

L’utilisation des indicateurs pendant l’alerte

Le SAC permet à l’InVS (l’Institut de veille sanitaire) de proposer les alertes sanitaires qui sont transmises sous forme de fiche à Direction générale de la santé. Afin de définir la graduation des mesures mises en œuvre pendant les périodes d’alerte et de proposer le maintien ou la levée de l’alerte, les indicateurs sanitaires utilisés sont :

  • le nombre de décès;
  • les passages aux urgences toutes causes, pour les plus de 75 ans et pour certaines causes spécifiques à la chaleur (hyperthermie, hyponatrémie et déshydratation) et
  • les recours aux associations SOS médecins.

Deux méthodes statistiques sont utilisées pour identifier des évènements inhabituels (alarme statistique) : la méthode des limites historiques et la méthode des cartes de contrôle. Ces alarmes statistiques doivent être validées par un épidémiologiste.

Les bilans post alerte

Au-delà du suivi de l’impact sanitaire en temps réel, la quantification de l’impact de la vague de chaleur avec les données validées est importante. L’indicateur retenu pour les bilans sanitaires post alerte est la surmortalité totale. La surmortalité est définie comme la différence entre la mortalité pendant une période de dépassement des seuils météorologiques et une mortalité de référence. Cette mortalité de référence est calculée comme la moyenne des décès observés pendant la même période sur les N années précédentes (N allant de 1 à 5), en excluant les données relatives aux éventuelles vagues de chaleur. Lorsqu’un impact est observé, une analyse approfondie peut être menée, en utilisant une modélisation en séries temporelles, en prenant en compte plus finement l’effet des températures extrêmes. L’évaluation de la relation morbidité – température demeure à développer.

Évolution du SACS

Pendant la canicule du 11 au 28 juillet 2006, un excès de 2 065 décès a été observé en France. Cet impact est inférieur à la mortalité attendue d’après l’application du modèle statistique développé par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Ce « déficit de surmortalité » peut être considéré comme une réduction de la vulnérabilité de la population aux vagues de chaleur, attribuable à la prise de conscience de la population des dangers de la chaleur, à la mise en place du système d’alerte et aux mesures du plan canicule.

Il n’est cependant pas possible d’affirmer que le SACS est optimal et ne peut être amélioré pour réduire davantage l’impact sanitaire. Au cours des années, le SACS a été évalué en interne et en externe. Ces évaluations ont permis :

  • d’améliorer les circuits d’information entre les partenaires du SACS et la communication vers le grand public;
  • d’organiser le suivi rétrospectif des alertes entre l’InVS et Météo-France;
  • de mieux prendre en considération l’incertitude liée aux prévisions météorologiques et
  • d’amorcer la réflexion sur la mise en place de méthodes communes pour l’interprétation des évolutions des indicateurs sanitaires.

Les canicules sont peu fréquentes et le recul est insuffisant pour évaluer l’impact du PNC et du SACS sur la santé de la population. La documentation scientifique ne permet pas de conclure à l’existence d’un indicateur météorologique plus sensible que la température pour caractériser l’impact d’une vague de chaleur sur la santé. Notamment, l’introduction de l’humidité dans les modèles températures – mortalité n’apporte pas de bénéfice particulier.

Les impacts sanitaires des futures vagues de chaleur ne seront pas forcément les mêmes que par le passé. Un évènement identique aura des conséquences différentes en fonction des changements qui auront eu lieu dans la société : l’évolution du système de soins, le changement des comportements par rapport à la chaleur, l’urbanisation grandissante ou l’évolution démographique. Les auteurs concluent qu’il est nécessaire de poursuivre et d’adapter la prévention aux populations les plus touchées par la chaleur. L’évaluation et l’amélioration constante du SACS afin d’optimiser la prise de décision et l’évaluation de l’impact sur la santé vont dans ce sens.

L’importance de ce rapport pour le Québec

Au Québec, depuis mai 2010, le volet chaleur du Système de surveillance et de prévention des impacts sanitaires des évènements météorologiques extrêmes (SUPREME), développé par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), est disponible aux autorités de santé publique. Ce système a pour but d’identifier des vagues de chaleur extrême afin de permettre aux directions de santé publique de mettre en place en temps opportun des mesures de prévention et de protection de la santé de la population. L’INSPQ produit un bilan annuel des données de surveillance qui estiment les impacts sanitaires des vagues de chaleur. La méthodologie utilisée pour le bilan de 2011 s’inspire de celle utilisée en France. Un article scientifique appliquant les concepts de ce rapport afin d’analyser l’impact des vagues de chaleur de juillet 2010 au Québec est actuellement en préparation.

Le lecteur intéressé à en savoir plus sur le sujet peut consulter la référence ci-dessous :

Laaidi, K., Ung, A., Wagner, V., Beaudeau, P., Pascal, M. Système d’alerte canicule et santé : principes, fondements et évaluation, Institut de Veille Sanitaire, 2012, 19 p. (disponible à opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=8030).

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