Bulletin d'information en santé environnementale

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Surveillance des impacts sanitaires des vagues de chaleur extrême au Québec – bilan de la saison estivale 2014

Auteur(s): 

  • Ray Bustinza
    M. Sc., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec
  • Germain Lebel
    M. A., M. Sc., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec
  • Marjolaine Dubé
    B. Sc., statisticienne, Institut national de santé publique du Québec

Vagues de chaleur extrême au Québec en 2014

En 2014, la période de veille saisonnière estivale (15 mai au 30 septembre) a été marquée par des vagues de chaleur extrême dans trois régions sociosanitaires (RSS) (Tableau 1).

Tableau 1 - Vagues de chaleur extrême 2014

Une vague de chaleur extrême a été définie comme « les jours où les moyennes mobiles sur trois jours de la température maximale et de la température minimale observées aux stations météorologiques de référence atteignent les seuils de chaleur extrême »1, 2.

Impacts sanitaires des vagues de chaleur extrême

L’analyse des données n’a pas décelé d’impacts significatifs sur les taux bruts de décès, d’hospitalisations, ni d’admissions à l’urgence dans les trois RSS concernées (Tableau 2).

Tableau 2 -  Impacts sanitaires des vagues de chaleur extrême

a n = Nombre moyen par jour
b Taux brut par 100 000 personnes-jours
c CV = coefficient de variation du taux brut
d Valeur-p de la comparaison des taux bruts pendant la vague de chaleur et les périodes de comparaison

Cependant, l’analyse a révélé des augmentations significatives (entre 12 % et 36 %) du taux de transports ambulanciers pendant les vagues de chaleur extrême comparativement aux périodes de comparaison, et ce dans les trois RSS. Ce résultat est analogue à ceux obtenus dans d’autres études3, 4 et lors des bilans de surveillance des saisons estivales 2012 et 2013 au Québec.5, 6 Ceci suggère la pertinence d’utiliser les transports ambulanciers comme indicateur de surveillance des impacts de la chaleur sur la santé.

Les coefficients de variation (CV) des taux bruts indiquent que globalement ces mesures sont précises (c’est-à-dire CV
≤ 16,6 %). Seul le CV du taux de décès de la RSS de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine pendant la vague de chaleur est plus élevé que 16,6 %, ce taux devrait donc être interprété avec prudence.7

Méthodologie

Pour estimer les impacts de la chaleur sur la santé, les périodes à l’étude correspondent aux vagues de chaleur, auxquelles on a ajouté les trois jours subséquents afin de tenir compte de l’impact à court terme de la chaleur sur la santé. Les périodes de comparaison, de 2009 à 2013, correspondent aux mêmes jours de la semaine des dates les plus proches des vagues de chaleur. Les périodes de comparaison utilisées ne doivent pas comporter des périodes de vague de chaleur. Pour cette raison, la période de comparaison de l’année 2013 pour la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean a été exclue.

Les effectifs de population proviennent des projections démographiques diffusées par le ministère de la Santé et des Services sociaux.8 Les données d’hospitalisations, d’admissions à l’urgence et de transports ambulanciers ont été tirées du Relevé quotidien de la situation à l’urgence et au centre hospitalier (RQSUCH). Les données des décès viennent du Fichier hebdomadaire des décès de l’Institut de la Statistique du Québec. Ces données de décès ont été extraites le 23 février 2015, conformément aux recommandations pour éviter une sous-estimation des données trop importante, c’est-à-dire d’attendre au moins quatre mois après la date de la fin de la période analysée (30 septembre) avant d’extraire les données.9 Les données météorologiques proviennent d’Environnement Canada.

Les CV des taux bruts ont été calculés7 dans le but de présenter la précision de la mesure. Afin de documenter les différences significatives sur le plan statistique, la valeur-p de la comparaison des taux bruts pendant la vague de chaleur et les périodes de comparaison a été calculée.7

Références

  1. Bustinza, R., Lebel, G. (2012) Surveillance des impacts sanitaires des vagues de chaleur extrême au Québec – Bilan de la saison estivale 2011, Institut national de santé publique du Québec, 32 p.
  2. Bustinza, R., Lebel, G., Gosselin, P., Belanger, D., Chebana, F. (2013) Health impacts of the July 2010 heat wave in Quebec, Canada, BMC Public Health, Vol. 13, No. 56, pp. 1-7.
  3. Dolney, T. J., Sheridan, S. C. (2006) The relationship between extreme heat and ambulance response calls for the city of Toronto, Ontario, Canada, Environmental Research, Vol. 101, No. 1, pp. 94-103.
  4. Nitschke, M., Tucker, G. R., Hansen, A. L., Williams, S., Zhang, Y., Bi, P. (2011) Impact of two recent extreme heat episodes on morbidity and mortality in Adelaide, South Australia: a case-series analysis, Environ Health, Vol. 10:42.
  5. Bustinza, R., Lebel, G., Dubé, M. (2014) Surveillance des impacts sanitaires des vagues de chaleur extrême au Québec - Bilan de la saison estivale 2013, BISE (Bulletin d'information en santé environnementale), No. juillet 2014.
  6. Lebel, G., Bustinza, R. (2013) Surveillance des impacts sanitaires des vagues de chaleur extrême au Québec - Bilan de la saison estivale 2012, Institut national de santé publique du Québec, 69 p.
  7. Institut national de santé publique du Québec en collaboration avec le Groupe de travail des indicateurs du Plan commun de surveillance à l'Infocentre de santé publique (2015) Cadre méthodologique des indicateurs du Plan national de surveillance (Plan commun de surveillance et Plan ministériel de surveillance multithématique) à l'Infocentre de santé publique. Version 3. Québec, 191 p.
  8. Ministère de la Santé et des Services sociaux (2015) Estimations et projections de population comparables (1996-2036). Accessible au : www.informa.msss.gouv.qc.ca/Details.aspx?Id=ZoCuuedJKNw= (Consulté le 14-02-2015).
  9. Lebel, G., Bustinza, R., Dubé, M. (2015) Évaluation du Fichier hebdomadaire des décès pour l'estimation des impacts des vagues de chaleur, Institut national de santé publique du Québec, Québec, 24 p.

Remerciements

Ce bilan a été réalisé grâce au support financier du Fonds vert, dans le cadre de l'Action 21 du Plan d'action sur les changements climatiques du gouvernement du Québec.

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