Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Rejets accidentels de matières dangereuse résultant d'aléas naturels : un portrait de la situation aux États-Unis

Auteur(s): 

  • Leylâ Deger
    M. Sc., conseillère scientifique, Institut national de santé publique du Québec
  • Lise Laplante
    M.D., médecin-conseil, Institut national de santé publique du Québec
  • Rollande Allard
    M.D., médecin-conseil, Institut national de santé publique du Québec

Des aléas naturels aux accidents technologiques

Quel trait particulier ont en commun les ouragans Katrina et Ike, qui ont ravagé le Sud américain en 2005 et 2008 respectivement ainsi que le séisme et le tsunami qui eux, ont dévasté le Japon en 2011? Ces aléas naturels ont été à l’origine d’accidents technologiques qui ont entraîné le rejet de matières dangereuses dans l’environnement. Ces situations sont aussi connues sous le nom de « natech », une contraction des mots anglais natural hazards et technological disasters.

La manifestation d’un aléa naturel d’origine hydrométéorologique (précipitations, ouragans, foudre, inondations …) ou géologique (mouvement de terrain, séisme …) peut entraîner, par effet domino, plusieurs autres aléas, y compris ceux de nature technologique. Cette séquence d’incidents peut avoir pour effet le rejet accidentel de matières dangereuses et entraîner des impacts environnementaux, sanitaires et sociaux variés à court, moyen et long termes, de même que des conséquences socioéconomiques importantes dans les régions touchées.

De par leur complexité, les incidents natech constituent un défi unique pour l’ensemble des acteurs concernés par la réponse aux urgences. À cet égard, mentionnons le potentiel de synergie entre les aléas naturels et technologiques qui peut accroître, voire amplifier leurs effets directs et indirects, surtout s’ils surviennent dans des zones industrielles et résidentielles situées à proximité ou encore dans des secteurs d’habitation avec une forte densité de population. De plus, la conjonction d’aléas naturels et technologiques est susceptible de mobiliser de nombreux intervenants dont la capacité de réponse peut être limitée par la contamination du milieu ou encore, dépassée selon la nature et l’ampleur de l’événement.

La présente étude, publiée en ligne sur le site de la revue Disasters en février 2012 par Sengul et collaborateurs, détermine la prévalence des rejets accidentels de matières dangereuses (produits chimiques) résultant d’aléas naturels en territoire américain de 1990 à 2008. Ce travail fait suite à une étude américaine de Showalter et Myers parue en 1992 qui portait sur la fréquence des natech aux États-Unis de 1980 à 1989.

Sources et méthode

Les données utilisées proviennent principalement de la base de données nationale américaine IRIS (Incident Reporting Information System) du National Response Center (NRC). Cette base de données répertorie les déclarations de rejets de matières dangereuses – des hydrocarbures et des produits chimiques – qui ont résulté d’un incident ou d’un accident de transport (routier, ferroviaire, maritime, aérien, de pipeline) ou qui se sont produits dans une installation fixe (industries de fabrication, raffineries, usines chimiques, etc.) aux États-Unis.

Des sources de renseignements supplémentaires ont été examinées pour les besoins de l’étude. Ces sources comprennent, entre autres, la base de données ERNS (Emergency Response Notification System) de l’Environmental Protection Agency (EPA) qui répertorie des déclarations d’événements impliquant le rejet de matières dangereuses dans l’environnement. Des représentants des agences gouvernementales des mesures d’urgence des états américains ont également été consultés.

Pour être retenus, les incidents devaient répondre aux critères d'éligibilité suivants :

  • ils ont été rapportés aux autorités américaines entre 1990 et 2008 inclusivement;
  • ils ont résulté d'un rejet accidentel et ils sont survenus à la suite d'un aléa naturel.

Principaux résultats

Les données recueillies montrent qu’au cours de la période 1990-2008, un total de 588 000 rejets de matières dangereuses, toutes causes confondues, ont été déclarés aux autorités américaines. De ce nombre, des aléas naturels ont été la cause de plus de 16 600 rejets accidentels (ou natech), soit une proportion d’environ 3 % de tous les rejets pour la période visée. Ce résultat pourrait sous-estimer le nombre réel de natech, car la déclaration aux autorités américaines est facultative lorsque les rejets sont de faible volume ou quantité ou bien en deçà du seuil spécifié (pour les substances réglementées).

Les aléas naturels les plus fréquemment impliqués lors de natech sont les suivants :

  • les précipitations de pluie (26 %);
  • les ouragans (20 %);
  • les vents violents, les tempêtes et d'autres aléas naturels d'origine météorologique (froid, foudre, inondations, etc.) (25 %).

Par ailleurs, la fréquence des natech était généralement élevée dans les États américains qui sont fortement exposés à divers aléas naturels et qui comprennent aussi de nombreuses installations industrielles. C'est le cas, notamment, du Texas, de la Louisiane et de la Californie.

D’après les données, les principales sources de rejets accidentels comprennent les installations fixes (26 %), les transformateurs électriques (19 %), les plateformes de forage pétrolier et gazier (14 %) ainsi que les réservoirs de stockage de produits chimiques (11 %). De plus, les données suggèrent que certaines sources de matières dangereuses (installations fixes, structures, équipements) pourraient être plus affectées par certains aléas naturels. Par exemple, les fortes précipitations de pluie ont souvent été associées aux rejets émanant des installations fixes et des réservoirs de stockage de produits chimiques.

Les données montrent que le produit le plus fréquemment déversé dans l’environnement lors de natech a été le pétrole (60 %). Il est suivi de substances et produits chimiques variés (30 %), dont les oxydes d’azote et le benzène (du brûlage dans l’industrie pétrolière), de même que l’ammoniac (des systèmes de réfrigération) pour n’en nommer que quelques-uns qui figurent en tête de liste.

Enfin, les auteurs ont tenté de déterminer les répercussions des natech sur la santé humaine. Or, les données dont ils disposaient étaient limitées. Celles-ci suggèrent néanmoins que les natech peuvent avoir des répercussions importantes sur les populations touchées. À ces incidents ou accidents sont associés une morbidité et une mortalité dont l’ampleur et les facteurs associés sont à documenter.

Conclusion

Cette étude s’ajoute à une littérature nord-américaine et internationale grandissante sur les incidents technologiques initiés par des aléas naturels, un risque identifié comme émergent par plusieurs auteurs et organismes scientifiques. L’étude des natech est un élément clé pour la mise en place de stratégies et d’actions de prévention et d’atténuation efficaces. Elle l’est aussi pour l’élaboration de plans de gestion des urgences adaptés à ces risques.

Référence principale

Sengul H., Santella N., Steinberg L. J. et Cruz A. M. 2012. Analysis of hazardous material releases due to natural hazards in the United States. Disasters [Article publié en ligne le 13 février 2012 avant la parution papier]. doi : 10.1111/j.1467-7717.2012.01272.x

Suggestions de lecture complémentaires

Cruz A. M. 2005. Natech disasters : a review of practices, lessons learned and future research needs. Publication présentée dans le cadre du 5th Annual IIASA-DPRI Forum, Integrated Disaster Risk Management: Innovations in Science and Policy, Beijing, Chine, 14-18 septembre 2005. 10 pages.
Disponible : ipcc-wg2.gov/njlite_download.php?id=6152

Krausmann E., Cozzani V., Salzano E. et Renni E. 2011. Industrial accidents triggered by natural hazards : an emerging risk issue. Natural Hazards and Earth System Sciences 11 : 921-929.

Showalter, P. S. et Myers, M. F. 1994. Natural disasters in the United States as release agents of oil, chemicals, or radiological materials between 1980-1989: analysis and recommendations. Risk Analysis, 14(2) : 169-181.

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