Bulletin d'information en santé environnementale

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Le Centre collaborateur OMS-OPS

Auteur(s): 

  • Pierre Gosselin
    M.D., MPH, Institut national de santé publique du Québec, Institut national de la recherche scientifique

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) nommaient en avril 1998, un nouveau centre collaborateur au Québec, sur le thème de la relation entre la santé publique et l’environnement. Ce Centre regroupe les expertises de plusieurs institutions de la région de Québec qui œuvrent dans le domaine depuis plusieurs années et qui mènent déjà plusieurs activités internationales. Ces institutions sont la Direction de santé publique de Québec, le Centre de toxicologie du Québec et le Centre anti-poison du Québec ainsi que certaines unités du Centre de recherche du CHUL. Ces dernières sont regroupées au sein du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), qui parraine le Centre collaborateur. Le Centre vient de voir sa nomination renouvelée pour quatre années supplémentaires, avec les mêmes partenaires.

Les centres collaborateurs, au sein de la famille de l’OMS, sont définis comme : « une institution nationale désignée par le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé pour faire partie d’un réseau de collaboration internationale qui contribue à la mise en œuvre des activités pour soutenir le mandat de l’OMS dans ses travaux sur la santé à l’échelle internationale et dans les priorités de ses programmes. »*

Cette désignation se base sur un examen de la capacité scientifique et technique d’institutions reconnues au plan international pour accomplir des fonctions utiles pour l’OMS dans le cadre de ses programmes. Cette nomination est valable pour quatre ans, et est sujette à renouvellement après évaluation des activités réalisées. Aucun support financier n’est attaché à une telle nomination. L’OMS s’attend plutôt à une certaine contribution volontaire du Centre collaborateur, en termes d’expertise ad hoc. Toutefois, l’OMS se garde la possibilité de financer certains travaux d’envergure, le cas échéant, ou de supporter les dépenses relatives à des missions de courte durée, par exemple.

Certains des partenaires du Centre collaborateur menaient déjà plusieurs activités internationales au sein de programmes de l’OMS, comme l’International Programme on Chemical Safety (IPCS), ou comme experts ad hoc sur des comités de l’OMS ou de la Food and Agriculture Organization (FAO), de la Commission mixte internationale, ou de la Commission de coopération environnementale. Le Centre collaborateur du CHUQ est venu en quelque sorte chapeauter ces initiatives individuelles, a permis une reconnaissance d’équipe et une implication accrue au niveau international. Ceci s’est traduit par une ouverture plus grande vers de nouvelles opportunités déterminées à partir du plan de travail soumis à l’OMS et des demandes directes des bureaux régionaux comme celui de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) qui couvre les Amériques depuis son siège social de Washington.

Ainsi, depuis 1998, les membres du Centre collaborateur ont organisé à Québec trois cours intensifs en matière d’évaluation environnementale et santé pour des clientèles de la francophonie et participé à cinq autres cours, soit en Tunisie, au Pérou, en Colombie, dans les Caraïbes et les Bermudes. De courtes missions pour réaliser des évaluations d’impact ont aussi été menées pour le barrage Itaipu (Paraguay), une usine d’asphalte et une carrière (Antigua), une école sur terrain contaminé (Trinidad), ou une contamination portuaire par des fongicides (Djibouti), pour citer les exemples les plus représentatifs.

D’autres consultations se font davantage à distance, par l’émission d’avis de santé, par exemple sur les arrosages au glyphosate en Colombie, ou sur les indicateurs utiles pour la surveillance de la santé des enfants en rapport avec l’environnement. Des mandats plus substantiels ont porté sur une étude de faisabilité en surveillance de la santé au travail pour les Amériques, une étude sur le choix des indicateurs applicables à la surveillance pour la région de la frontière États-Unis-Mexique (collaboration avec les gouvernements mexicain et américain), ou la préparation d’un document de réflexion portant sur les indicateurs de santé et d’environnement en vue de la réunion des ministres de la Santé et de l’Environnement des Amériques en mars 2002.

Plusieurs activités du Centre sont aussi reliées aux activités de recherche des équipes en place, notamment en ce qui a trait aux régions nordiques. Signalons qu’un membre du Centre collaborateur représente le gouvernement canadien pour les questions de santé sur l’Arctic Monitoring and Assessment Program (AMAP) et est également impliqué au sein d’organismes internationaux tels l’International Arctic Science Council (IASC) et l’International Union for Circumpolar Health (IUCH). Plusieurs de nos projets sont menés en collaboration avec d’autres organismes internationaux comme la Commission de coopération environnementale ou la Commission mixte internationale. Un projet de recherche sur les toxines marines a pu être mené dans les pays du CARI­COM (les petites Antilles) grâce au soutien du Centre de recherche pour le développement international (CRDI), et un autre est en cours dans le Pacifique Sud avec l’appui des Centers for Disease Control and Prevention. Des projets reliés aux effets des organochlorés sur la fonction reproductrice se sont aussi déroulés au Chiapas (Mexique), en collaboration avec l’Institut de santé publique du Mexique. Le soutien scientifique au développement de certains projets menés par d’autres équipes fait aussi partie du mandat. Mentionnons à titre d’exemple la surveillance de l’asthme en Turquie, la communication des risques liés au mercure en Guyane française, ou la géomatique au Brésil. Les récentes subventions de la Fondation canadienne pour l’Innovation et du gouvernement du Québec permettront la construction en 2002-2003 d’un laboratoire mobile destiné à l’évaluation des risques environnementaux et sanitaires présents dans les régions côtières (voir article précédent).

Le Centre collaborateur reçoit aussi à l’occasion des délégations de l’étranger et des étudiants stagiaires, ce qui peut mener à des collaborations ou à des projets de recherche. Ainsi des projets sont en développement pour la formation à distance dans les Caraïbes, une étude d’impact au Paraguay ou la surveillance des risques professionnels à Cuba. La dernière des fonctions du Centre porte sur le volet laboratoire et consiste à offrir des services de contrôle de qualité à quelques dizaines de laboratoires étrangers, ainsi que des formations spécialisées sur demande. Le laboratoire pourra aussi permettre de s’impliquer prochainement dans le soutien à l’initiative Rollback Malaria de l’OMS, notamment pour le suivi de l’élimination progressive du DDT dans la lutte anti-paludique, et l’utilisation plus importante de pyréthroides et de mesures de contrôle biologique et personnelles.

Le Centre collaborateur peut compter sur les services de MM. Éric Dewailly (directeur scientifique), Albert Nantel (directeur toxicologie), Pierre-L. Auger (directeur santé au travail), Jean-Philippe Weber (directeur laboratoires), Yvan Bédard (directeur géomatique), et Jacques Grondin (directeur sciences sociales). Il met à contribution plusieurs membres des équipes de la région de Québec ainsi que d'autres collaborateurs québécois et canadiens, notamment de l’Institut national de santé publique du Québec et de Santé Canada.

* Voir www.who.int/library/reference/information/collaborating/index.fr.shtml et whqlily.who.int/download/General_Information_F.doc

Une école plutôt explosive

Marc Rhainds, Institut national de santé publique du Québec

Le ministère de l’Éducation de la République de Trinité-Tobago, en accord avec son programme d’expansion de l’enseignement secondaire, autorisait en avril 2000 la construction d’une école dans une région rurale de l’île de Trinité. Dès le début des travaux d’excavation, la présence de produits pétroliers et de gaz sur le site était rapportée par l’entrepreneur. De même, on localisait simultanément une faille séismique traversant d’un coté à l’autre l’endroit projeté pour construire l’école. En juillet 2000, alors que les travaux de construction sont toujours en cours, des mesures environnementales confirment la présence de gaz explosifs et toxiques sur le site (méthane, propane, hexane, sulfure d’hydrogène, dioxyde de soufre, COV). Le ministère de l’Environnement qui avait jusqu’alors été tenu à l’écart, dépêche en juillet 2000 du personnel technique sur le terrain pour évaluer la situation. Dans son rapport, le Ministère relève le fait qu’aucune étude d’impact n’a été réalisée avant d’autoriser la construction de cette école. On mentionne de plus que la faille représente un risque majeur de glissements de terrain et que la présence de produits pétroliers (gisement naturel) et de gaz sur ce site est également une menace pour la santé. À la suite d’une réunion tenue au début d’août 2000 avec les représentants du ministère de l’Éducation, du ministère de l’Énergie, du promoteur immobilier, de l’industrie pétrolifère et d’une firme de consultant en géologie, le ministère de l’Environnement recommande entre autres, l’arrêt des travaux et la réalisation d’une évaluation des impacts à la santé. Le ministère de la Santé en réponse à la demande du ministère de l’Environnement émet un avis à la fin du mois d'août dans lequel il conclut que l’ouverture de cette école n’est pas souhaitable pour la santé des enfants en raison des risques liés à la présence de gaz explosifs et toxiques. Malgré cet avis, le ministère de l’Éducation et le promoteur ont poursuivi les travaux puisque l’ouverture de l’école était prévue pour l’automne. En septembre 2000, le ministère de la santé demandait l’assistance de l’Organisation panaméricaine pour la santé (OPS) pour une évaluation indépendante des risques à la santé liés à la présence de gaz sur le site de cette école. C’est dans ce contexte politique et administratif que le Centre collaborateur OMS du CHUQ a reçu une demande d’expertise de la part de l’OPS. La mission qui s’est déroulée du 2 au 4 octobre 2000 incluait notamment : 1) des rencontres avec les dirigeants de l’OPS, le ministre de la Santé, des représentants des différents ministères et organismes impliqués dans ce dossier; 2) une visite sur le site même de l’école et, 3) la production d’un avis et de recommandations. Le rapport conclut que selon les résultats disponibles, l’exposition aiguë et chronique aux gaz dans l’air ambiant de l’école représentait un risque non acceptable pour la santé des enfants et des adultes. Le rapport recommande également l’adoption de certaines mesures avant même d’envisager l’ouverture de l’école, dont notamment : 1) de réaliser un nouveau monitoring des gaz toxiques et explosifs en raison des problèmes méthodologiques et des biais potentiels identifiés avec les analyses précédentes et ce, afin de mieux documenter l’émission continue de gaz sur ce site; 2) d’obtenir une expertise additionnelle pour évaluer les risques liés à la présence de la faille (glissement de terrain, relâchement de poches de gaz, etc.). À la suite du dépôt de ce rapport en novembre 2000, l’école est demeurée fermée et ce, bien que la construction avait été complétée. Dans ce contexte, l’expertise fournie par un membre de l’OPS a été déterminante car elle a permis aux autorités gouvernementales d’obtenir un avis scientifique indépendant. Une Commission d’enquête est actuellement en cours afin d’éclairer le gouvernement sur les décisions à prendre sur le sort de cette école qui répondait à des besoins locaux et qui a coûté par ailleurs plusieurs millions de dollars.

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