Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Évaluation risques/bénéfices de la consommation de fruits et légumes et l’exposition aux résidus de pesticides

Auteur(s): 

  • Denise Phaneuf
    M. Sc., pharmacienne, Institut national de santé publique du Québec

La présence de pesticides dans les fruits et légumes inquiète beaucoup les consommateurs. L’ingestion de résidus de pecticide est associée à un risque accru de développer un cancer. Les scientifiques, pour leur part, considèrent que les risques associés à l’ingestion de pesticides par les fruits et légumes sont rarement significatifs d’un point de vue toxicologique. En contrepartie, plusieurs travaux de recherche semblent démontrer qu’une consommation accrue de fruits et légumes auraient un effet protecteur face à l’apparition de certains cancers. En 2007 une méta-analyse publiée par le Word Cancer Research Fund (WCRF) et de l’American Institute of Cancer Research (AICR) (WCRF/AICR 2007), a évalué le potentiel des fruits et légumes à protéger contre l’apparition de cancers. L’étude concluait à un effet protecteur « probable » pour différents sites de cancer : bouche, pharynx, larynx, œsophage, poumons, estomac.

Ces deux constats sont opposés au point de départ et il est difficile pour quiconque œuvrant dans le domaine de la santé publique de faire des recommandations objectives, voire quantifiables, sur les bienfaits de la consommation de fruits et légumes, en opposition au risque de cancer associé aux résidus de pesticides qu’ils contiennent. Cet article résume une étude menée par Reiss et al., 2012 qui présente une approche visant à estimer les risques et les bénéfices en lien avec cette problématique. De façon plus spécifique, le principal objectif de l’étude présentée ci-bas était d’estimer les impacts au niveau de la santé (tant positifs que négatifs) si 50 % de la population des États-Unis augmentait sa consommation de fruits et légumes de 80 g par jour.

Méthodologie de l’étude

Pour réaliser l’évaluation risques/bénéfices, deux démarches furent réalisées par les auteurs. Premièrement une estimation du nombre de cas de cancers prévenus pour l’ensemble de la population américaine, par l’augmentation de la consommation de fruits et légumes, a été calculée. Parallèlement à cette approche, le nombre de cas de cancer supplémentaires associés aux résidus de pesticides présents dans cet apport additionnel de fruits et légumes a également été estimé. Finalement la différence entre ces deux estimations a été effectué afin d’en dégager un bénéfice ou un détriment net.

Estimation du nombre de cas de cancer prévenus

Cette estimation a été réalisée à partir d’une méta-analyse effectuée par le WCRF/AICR. En utilisant les RR (risque relatif) rapportés pour chaque type de cancer et associés à une consommation donnée (en gramme) de fruits et légumes, les auteurs ont calculé le nombre total de tous les cancers prévenus suite à une augmentation de 80 g de leur consommation, par la moitié de la population américaine.

Estimation du nombre de cas de cancers additionnels

Le risque de cancer a été calculé à l’aide des coefficients de risque cancérigène (q*) de la USEPA, pour un apport moyen en différents pesticides. Cet apport moyen a été calculé à l’aide deux banques de données du département de l’agriculture américain (USDA), soit une sur la consommation de fruits et légumes et l’autre sur les concentrations de différents pesticides contenus dans chaque fruit et légume. Cette estimation a par la suite été utilisée pour estimer l’excès de cancer annuel correspondant à 80 g.

Résultats

À partir de ces différentes estimations les auteurs de l’article concluent que le nombre de cas de cancers prévenus par année pour l’ensemble des États-Unis se situerait entre 29 441 et 21 518 et il semble réaliste de dire que 20 000 cancers pourraient être évités par la consommation additionnelle de 80 g de fruits et légumes. En contre partie, le nombre de cas de cancers par année associés aux pesticides présents dans cette portion supplémentaire, serait de 7.7 cas (~10 cas). Les auteurs concluent finalement que les bénéfices d’une consommation accrue de fruits et légumes dépassent largement les risques associés aux résidus de pesticides qu’ils peuvent contenir.

Discussion

La discussion de cet article présente presqu’exclusivement l'état des incertitudes associées aux estimations. Ainsi, bien que les études épidémiologiques touchent directement les humains et qu’il n’est pas nécessaire de faire des extrapolations, il est très difficile des contrôler tous les facteurs confondants. Il est également discuté que certaines études épidémiologiques ne démontrent pas de lien aussi fort de l’effet protecteur des fruits et légumes que celle utilisée ici pour l’estimation du nombre de cas de cancers prévenus. De l’autre côté, l’extrapolation des fortes doses à de faibles doses des résultats provenant des études animales soulèvent beaucoup de questions.

Commentaire de la lectrice

Cette publication sur les risques/bénéfices revêt un grand intérêt pour la pratique en santé publique. Elle peut aider à diminuer la part d’arbitraire dans les recommandations ou les décisions à prendre. Elle présente par contre des lacunes. Les auteurs ne donnent aucune référence ni justification quant à la méthodologie utilisée. Aucune revue de la littérature scientifique sur le sujet n’est retrouvée. Les différentes méthodologies publiées ne sont pas discutées non plus. De même, il aurait été très pertinent de tenter de faire un exercice de validation des résultats.

Référence

Reiss R, Johnston J, Tucker K, DeSesso JM, Keen CL (2012) Estimation of cancer risks and benefits associated with a potentiel increased consumption of fruits and vegetables. Food and Chemical Toxicology 50 : 4421-4427.

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