Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Effets potentiels sur la santé humaine de l’exposition aux champs électromagnétiques

Auteur(s): 

  • Mathieu Gauthier
    Ph. D., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec
  • Denis Gauvin
    M. Sc, conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec

En 2015, le groupe de travail sur les champs électromagnétiques du Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks (SCENIHR), un comité d’experts chargé de conseiller la Commission Européenne à propos des risques émergents, a publié une mise à jour des connaissances relatives aux risques associés à l’exposition aux champs électromagnétiques (CEM) de 0 Hz à 20 000 GHz. Même si l’analyse du SCENIHR considère l’exposition et les effets potentiels sur la santé des  champs magnétiques statiques (0 Hz), des CEM de fréquence intermédiaire (300 Hz à 100 kHz), et du rayonnement Terahertz (0,3 à 20 THz), le présent résumé porte principalement sur les résultats concernant les CEM d’extrêmement basse fréquence (de plus de 0 Hz à 300 Hz) et des radiofréquences (100 kHz à 300 GHz).

D’entrée de jeu, le groupe de travail du SCENIHR note que plusieurs études publiées au cours des dernières années n’étaient pas de qualité suffisante pour en tirer des conclusions utiles à une évaluation du risque. En effet, dans plusieurs des études épidémiologiques ou in vitro recensées, la caractérisation de l’exposition était inadéquate, rendant les résultats de ces études difficiles à interpréter de façon rigoureuse.

De plus, les auteurs du rapport mentionnent que les recherches sur les effets potentiels sur la santé de l’exposition aux CEM sont souvent réalisées en l’absence d’hypothèse de recherche avec des critères d’évaluation déterminés. De plus, ils soulignent que ces mêmes recherches sont réalisées en l’absence de connaissances sur des mécanismes d’interactions qui pourrait expliquer un effet pour des niveaux d’exposition auxquels la population est susceptible d’être exposée. Ces deux lacunes d’ordre méthodologique inciteraient les chercheurs à analyser l’influence d’une variété de paramètres d’exposition et de critères d’évaluation, les menant possiblement à articuler des constats souffrant de biais d’interprétation.

Exposition

L’exposition de la population aux CEM d’extrêmement basse fréquence est omniprésente et provient principalement des installations électriques domestiques, des électroménagers et des lignes de transmission électriques.

Pour les CEM associés à la gamme des radiofréquences, l’exposition du cerveau due à l’utilisation du téléphone cellulaire à l’oreille demeure prédominante, même si les technologies récentes ont permis de réduire l’intensité des CEM en provenance de ce type d’appareil. De plus, l’accessibilité croissante de téléphones cellulaires intelligents, de tablettes électroniques et d’ordinateurs portables a complexifié la nature de l’exposition des utilisateurs. L’exposition aux sources environnementales provient principalement des antennes de radiodiffusion et de télédiffusion, des services de télécommunications et des stations de base de téléphonie mobile.

Le groupe de travail du SCENIHR note que le déploiement des technologies plus récentes de téléphonie mobile ne semble pas avoir contribué à l'augmentation du niveau d’exposition aux radiofréquences, contrairement aux premiers déploiements de ces systèmes réalisés dans les années 1980, qui l’avaient fait augmenter de manière notable. Le groupe de travail note également qu’il existe de plus en plus de sources de radiofréquences à l’intérieur des bâtiments liées à l’utilisation de différentes technologies sans fil. Il précise cependant que l’exposition en provenance de ce type d’appareils devient rapidement négligeable lorsqu’on s’éloigne de ceux-ci, laissant l’exposition combinée à l’ensemble de ce type de sources largement en dessous des limites établies.

Mécanismes d’interactions

Le groupe de travail du SCENIHR a analysé la littérature scientifique sur les mécanismes d’interactions entre les CEM et les tissus vivants. Il rapporte que plusieurs mécanismes d’interactions bien documentés permettent de comprendre et d’extrapoler les résultats des études scientifiques sur l’ensemble des fréquences dans la gamme du rayonnement non ionisant. La connaissance de ces mécanismes a permis d’établir les normes d’exposition en lien avec des effets aigus. Mis à part ceux sur lesquels les limites d’exposition reposent, le groupe de travail considère qu’il n’y a aucun autre mécanisme d’interactions pouvant agir aux niveaux d’exposition habituellement présents dans l’environnement qui est appuyé par des études expérimentales validées.

Effets sur la santé

En ce qui a trait aux CEM d’extrêmement basse fréquence, le groupe de travail rapporte que les études récemment publiées sont compatibles avec les données précédentes, qui montraient une hausse du risque de leucémie chez l’enfant pour des expositions au-dessus de 0,3 à 0,4 µT. Le groupe de travail rappelle cependant que l’absence de mécanisme d’interactions pouvant intervenir à basse intensité de champs, l’absence de données en provenance d’études expérimentales et les lacunes des études épidémiologiques ne permettent pas une interprétation causale de l’association observée.

En ce qui a trait aux radiofréquences, le groupe de travail du SCENIHR conclut que les études épidémiologiques disponibles ne montrent pas d’augmentation du risque de cancer du cerveau ou d’autres cancers dans la région de la tête et du cou. Il ajoute que les résultats de nombreuses études in vivo de bonne qualité sont également négatifs, tandis que la majorité des études in vitro sur les effets génotoxiques ne montrent pas d’effet à des niveaux d’exposition ne produisant pas de hausse de température.

Pour ce qui est de l’intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques, souvent appelée hypersensibilité électromagnétique, le groupe de travail considère que les données disponibles ne montrent pas d’indication que les CEM d’extrêmement basse fréquence soient reliés de manière causale aux symptômes rapportés et que les études publiées au cours des dernières années confirment que les radiofréquences ne sont pas reliées de manière causale aux symptômes rapportés.

Le groupe de travail a également analysé les études portant sur d’autres effets potentiels, notamment sur les fonctions cognitives, les maladies et symptômes neurologiques, de même que la reproduction et le développement. Malgré les lacunes de la littérature scientifique disponible, le groupe de travail a conclu qu’il n’y avait pas d’indication d’effets néfastes sur la santé.

Conclusion

Malgré les conclusions somme toute rassurantes du rapport, une partie de la population demeure préoccupée quant aux effets potentiels associés à l’exposition aux CEM et des incertitudes scientifiques demeurent. Le groupe de travail du SCENIHR reconnait les limites de la littérature scientifique disponible et propose de nombreuses avenues de recherche afin de palier aux incertitudes. L’INSPQ, de son côté, maintient une veille des principaux documents publiés en lien avec ces questions.

Références

Lien d’intérêt

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