Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Cancer du sein et environnement : prioriser la prévention

Auteur(s): 

  • Louis St-Laurent
    M. Sc., conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec

Le cancer du sein est la deuxième forme de cancer la plus répandue chez les Canadiennes, le cancer de la peau autre que le mélanome venant au premier rang. En 2012, on estime qu’environ 22 700 femmes et 200 hommes au Canada ont reçu un diagnostic de cancer du sein et que 5 100 femmes en mourront (Société Canadienne du Cancer, 2012). Les taux de cancer du sein aux États-Unis sont dans une proportion semblable à ceux du Canada (American Cancer Society, 2013).

Les chercheurs savent depuis longtemps que des prédispositions génétiques ainsi que des facteurs environnementaux contribuent et interagissent entre eux pour augmenter les risques de cancer du sein. Les études démontrent que les taux de cancer du sein peuvent varier en fonction des changements qui surviennent dans l’environnement. En outre, la grande majorité des cas de cancer du sein surviennent chez les femmes qui n’ont pas d’historique familial de cancer. On évalue à plus de 70 % les cas de cancer du sein qui seraient dus à l’environnement (Macon et Fenton, 2013). Les facteurs environnementaux étant plus facilement identifiables et modifiables que les facteurs génétiques, ils représentent par conséquent un fort potentiel pour la prévention de ce cancer.

En 2008, le Congrès américain a promulgué la « Breast Cancer environmental Research Act» qui a mené à la création de l’Interagency Breast Cancer and Environmental Research Coordinating Committee (IBCERCC), un organisme géré par le National Institute of Environmental Health Science. Son mandat consiste à examiner l’état actuel des connaissances concernant le lien entre le cancer du sein et l’environnement, et de faire des recommandations pour palier au manque de connaissances sur la question, l’idée sous-jacente étant que a recherche, le transfert des connaissances et la communication quant au rôle de l’environnement dans l’étiologie du cancer du sein offre un potentiel de prévention substantiel de nouveaux cas.

Ce texte présente les faits saillants de ce rapport

L’environnement selon l’IBCERCC

L’environnement inclut le milieu de vie et ce qui peut influencer les organismes vivants, dont les habitudes de vie, les facteurs comportementaux, les agents chimiques et physiques ainsi que les facteurs sociaux et culturels.

Parmi les habitudes de vie et les facteurs comportementaux, on peut noter la consommation d’alcool, le tabagisme, le manque d’activité physique, la prise de poids corporel à l’âge adulte et le travail de nuit. Les substances chimiques telles que les pesticides, les polluants industriels, les produits de consommation et certaines médications sont également mis en cause dans la cancérogénèse du sein. Il est possible de les grouper en deux classes principales. Il y a d’abord celles des produits cancérigènes non-hormonaux. Ce sont les substances qui vont agir directement sur les chromosomes en induisant le processus de cancérogénèse. Certaines substances lipophiles peuvent s’accumuler directement dans les tissus adipeux du sein et être activé métaboliquement par ces derniers. Parmi les produits chimiques suspectés à titre d’initiateurs, on retrouve les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les amines hétérocycliques, l’alcool, les nombreuses substances comprises dans la fumée de cigarette, les nitrosamines et autres.

La deuxième classe de composés comprend les substances qui agissent sur la fonction endocrinienne de façon à perturber le développement mammaire et à mener à des conséquences néfastes à long terme. Ces perturbateurs endocriniens peuvent agir directement ou indirectement sur le tissu mammaire pour augmenter la sensibilité à certains produits cancérigènes ou accroitre le développement de l’hyperplasie ou des tumeurs. On retrouve parmi les perturbateurs endocriniens des composés tels que les biphényles polychlorés, le bisphénol A, les dioxines, certains pesticides, des composés perfluorés et polybromés et des phytoestrogènes (IBCERCC, 2013; Macon et Fenton, 2013). Puisque le cancer du sein peut être hormono-dépendant, certains traitements augmenteraient le facteur de risque. Par exemple, les femmes qui reçoivent des hormones post-ménopausiques (œstrogènes et progestérone – traitement hormonal substitutif) pendant 5 années ou plus auraient un plus haut risque de cancer du sein que la moyenne. Les femmes qui prennent des médicaments contraceptifs sont aussi plus à risque.

Les facteurs physiques sont également une source d’influence environnementale ; notons ici le rayonnement ionisant d’origine médicale ou suite à d’incidents nucléaires (Hiroshima et Nagasaki). L’exposition à la lumière pendant la nuit ou le travail de nuit fait également partie des facteurs physiques qui augmentent le risque de cancer du sein selon le Centre International de recherche sur le cancer. Ce facteur peut être classé dans les habitudes de vie.

Les influences sociales et culturelles font également partie de notre environnement. On considère que la famille, la communauté, les facteurs psychosociaux/sociaux et sociétaux peuvent avoir un impact sur l’exposition ou l’ampleur de l’exposition. À ce titre, ils agissent sur notre capacité à réduire l’impact des facteurs chimiques, physiques, comportementaux et des habitudes de vie qui influence le risque de cancer du sein.

Les personnes peuvent être exposées à une combinaison de ces divers éléments, lesquels peuvent interagir entre eux et/ou avec les facteurs génétiques ou encore avec d’autres facteurs de susceptibilité au cancer du sein. Les facteurs de risque peuvent être modifiés sur le plan individuel, en changeant par exemple les comportements personnels, ou à l’échelle populationnelle en réduisant ou en éliminant des expositions de groupes d’individus ciblés.

Les recommandations de l’IBCERCC

Sur la base de l’état actuel des connaissances des programmes de prévention existants et des investissements réalisés par les agences gouvernementales et les autres organismes, ainsi que les efforts de communication et les politiques existantes, l’IBCERCC émet plusieurs recommandations pour mettre en lumière l’importance de coordonner et de cibler les ressources permettant d’identifier et d’atténuer les causes environnementales du cancer du sein. Les principales propositions de l’Agence sont résumées dans les paragraphes qui suivent.

La première action est de prioriser la prévention en augmentant le financement de la recherche et des programmes de santé publique. Cela faciliterait une coordination soutenue entre les chercheurs et les organismes de réglementation afin d’atténuer ou d’éliminer les risques environnementaux, de modifier les habitudes de vie et les facteurs sociaux impliqués dans le cancer du sein.

La complexité du cancer du sein nécessiterait également d’investir pour explorer des thématiques tels que le lien entre ce cancer et la densité mammaire. Les modifications épigénétiques sont également peu connues. Ce sont des différences héréditaires de l’expression des gènes qui se produisent indépendamment des changements dans la séquence primaire de l’ADN. Les interactions des gènes avec l’environnement sont importantes aussi pour comprendre pourquoi certaines populations sont plus susceptibles que d’autres à certains contaminants avec une survenue de cancer du sein plus élevée. Des nouvelles connaissances sont également nécessaires concernant l’impact des facteurs environnementaux sur le développement mammaire et sur la façon dont ils peuvent influencer le risque de cancer du sein. De plus, la recherche doit aussi évaluer l’impact de facteurs de risque multiples et les périodes pendant lesquelles le sein peut être plus vulnérable aux expositions.

L’IBCERCC recommande également d’intensifier la recherche sur les facteurs chimiques et physiques comme les perturbateurs endocriniens ou les radiations à faible dose. Il existe un manque évident de connaissances dans le domaine de ces expositions environnementales et la façon dont elles peuvent affecter la glande mammaire.

L’organisme américain souligne aussi la nécessité de mettre en place des programmes qui encouragent et permettent la recherche interdisciplinaire pour accélérer la recherche sur le lien entre le cancer du sein et l’environnement. Les spécialistes de différentes disciplines ont besoin de formation tout au cours de leur carrière afin de développer un ensemble de compétences nécessaires pour un engagement actif et efficace dans la recherche interdisciplinaire. Des opportunités et des incitatifs pour l'acquisition de ces compétences sont souhaitables pour favoriser ce cheminement. Actuellement, les occasions pour les chercheurs d’apprendre comment œuvrer au sein d’un environnement interdisciplinaire sont limitées.

La prévention primaire de nouveaux cas de cancer requiert d’identifier et de réduire les expositions qui augmentent le risque de la maladie et de favoriser les comportements qui vont aider à la prévenir. Cela ne peut se faire sans un transfert de la recherche, sa dissémination et de la communication des résultats aux diverses instances concernées de façon à faciliter leur transmission au public cible.

La prévention est la clé pour réduire le fardeau du cancer du sein.

Références

  1. American Cancer Society. What are the key statistics about breast cancer? Last Revised: February 26, 2013, www.cancer.org/cancer/breastcancer/index
  2. Breast Cancer and the Environment: Prioritizing Prevention. Report of the Interagency Breast Cancer and Environmental Research Coordinating Committee, February 2013, 270 p., le rapport complet est disponible à l’adresse: www.niehs.nih.gov/about/assets/docs/ibcercc_full.pdf. Pour télécharger le sommaire : www.niehs.nih.gov/about/assets/docs/summary_of_recs.pdf
  3. Macon MB, Fenton SE. Endocrine disruptors and the breast: early life effects and later life disease. J Mammary Gland Biol Neoplasia. 2013 Mar;18(1):43-61.
  4. Société Canadienne du Cancer. Statistiques sur le cancer du sein en bref. 2013. www.cancer.ca

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