Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Validité et utilisation de l’indice UV

Auteur(s): 

  • Marie-Christine Gervais
    M. Sc., conseillère scientifique, Institut national de santé publique du Québec

Revoir l’Indice UV à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques

L’Indice UV est une mesure simple de l’intensité du rayonnement ultraviolet (UV) qui atteint la surface terrestre, de même qu’un indicateur de risque de lésions cutanées. En 2002, cet indice est devenu également un outil de sensibilisation aux rayons UV utilisé à travers le monde, incluant le Canada (la figure 1 illustre cet indice tel qu’il est utilisé au Québec).

Cet indice est d’abord représenté sous une forme numérique (chiffres de 0 à 11+). Il est aussi accompagné d’une appréciation de l’intensité du rayonnement puis d’un message de protection. Plus la valeur de l’Indice est élevée, plus le risque de lésions cutanées et oculaires est grand et moins il faut de temps pour que ces lésions apparaissent. D’un pays à l’autre, les messages de protection varient, mais l’échelle qui lie l’indice à la description est la même (voir figure 1). Une valeur de 3 a été considérée comme la valeur seuil à partir de laquelle des messages de protection devraient être transmis à la population.

Figure 1

Source : Site web d’Environnement Canada, consulté le 12 septembre 2012.

L’avancement des connaissances dans le domaine du rayonnement UV au cours des dernières années a motivé l’évaluation de cet outil. Un groupe d’experts a alors été mis en place par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la Commission internationale sur la protection contre les rayons non ionisants (CIPRNI) pour évaluer si des modifications de l’Indice étaient nécessaires et pour discuter des pistes d’amélioration quant à son efficacité en termes de prévention. Cet article résume les travaux de ce groupe d’experts.

Cibles d’évaluation

Trois champs de connaissances ont été évalués soit : la vitamine D, la contribution du rayonnement UVA à la cancérogenèse et les données probantes quant à l’efficacité des interventions de prévention dans lesquelles cet indice a été utilisé. Quelques faits saillants, portant sur chacune de ces cibles d’évaluation, sont proposés ci-dessous.

1) La vitamine D

L’exposition solaire permet la synthèse de vitamine D chez l’humain. Ainsi, les messages transmis à la population, à l’aide de l’Indice UV, doivent prendre cet aspect en considération. L’importance de maintenir une certaine concentration de vitamine D dans le sang pour l’absorption du calcium et pour s’assurer d’une bonne santé osseuse est reconnue dans littérature scientifique. Par contre, bon nombre d’incertitudes persistent dans ce domaine.

Les principales ont trait à la courbe dose-réponse entre l’exposition au rayonnement UV et les concentrations sanguines de vitamine D. Les concentrations optimales de vitamine D font encore l’objet de discussions au sein de la communauté scientifique. Des différences dans la synthèse de cette vitamine chez un même individu (en fonction de son âge ou de son état de santé) et entre les individus (ex. : selon la pigmentation de la peau) sont aussi à approfondir. Finalement, plusieurs études, souvent de nature écologiques et transversales, ne permettent pas de confirmer le rôle de la vitamine D dans la prévention de cancers et de diverses maladies. À l’inverse, ces études ne permettent pas non plus de conclure, à la survenue de maladies, qui seraient liés à une déficience de cette vitamine.

À la lumière des informations actuellement disponibles, il semble encore trop tôt pour revoir le calcul de l’Indice UV en fonction de ce qui précède.

2) La contribution du rayonnement UVA dans la cancérogenèse

Le rayonnement UV est la principale cause de cancer de la peau. Au moment de développer l’Indice UV, le potentiel carcinogène du rayonnement UVA n’était pas reconnu comme il l’est maintenant par le Centre international de recherche sur le cancer. La formule de calcul de l’Indice UV se basait alors uniquement sur le potentiel du rayonnement UVB à provoquer une lésion cutanée (érythème ou coup de soleil). Cette façon de mesurer le risque s’appuyait sur la littérature montrant une association positive entre les coups de soleil et les cancers de la peau (mélanome et les cancers non-mélanocytiques).

Les auteurs concluent qu’il n’y a pas lieu, ici non plus, d’apporter des modifications à l’Indice sur la base de cette nouvelle connaissance. Selon le groupe d’expert, des études expérimentales sur le potentiel cancérigène de la co-exposition UVA et UVB devraient par ailleurs être menées.

3) L’Indice UV comme outil de prévention

Pour amorcer une réflexion sur le potentiel de l’Indice UV en termes d’outil préventif, les auteurs de l’article ont étudié les résultats d’une revue de littérature récente portant sur l’impact d’interventions développées autour de l’Indice UV (Italia et Rehfuess 2011). Cette revue faisait état d’une certaine sensibilisation de la population à cet indice, mais aussi d’une faible compréhension de ce dernier. Cette faible compréhension influençait, en retour, le potentiel de changement de comportement qui lui, semblait très limité d’après les études révisées. Selon les auteurs de la revue, d’autres stratégies devraient être développées pour améliorer à la fois la compréhension de cet indice et faire en sorte qu’il contribue à la modification des comportements au soleil.

L’Indice UV : un indice à modifier?

Les travaux du groupe d’experts résumés dans le présent article montrent que sur la base des nouvelles connaissances en lien avec la vitamine D et l’implication du rayonnement UVA dans la cancérogenèse, l’Indice UV ne devrait pas être modifié dans l’immédiat. Sous sa forme actuelle, les messages véhiculés lorsque l’Indice est supérieur ou égal à 3 n’entrent pas en contradiction avec les messages sur la vitamine D et ceux visant à promouvoir la pratique d’activités extérieures. Cet indice demeure un bon outil pour évaluer le risque lié à l’exposition solaire.

Par ailleurs, d’autres moyens devraient être envisagés s’il est souhaité de changer les comportements à l’égard de la protection solaire et de l’exposition au rayonnement UV sur la base de cet outil. Il y est notamment suggérer de diffuser l’Indice UV dans le cadre d’une intervention globale. Les membres du groupe d’experts proposent également quelques pistes d’amélioration d’un point de vue communicationnel tels que de :

  • formuler des messages simples;
  • créer des messages de protection solaire destinés aux personnes qui brûlent facilement à des Indices UV de 1 et de 2;
  • vérifier l’applicabilité de certains messages lorsque l’Indice est supérieur ou égal à 8. Les conseils de prévention proposés peuvent présenter des difficultés d’application dans des pays où l’Indice UV se trouve dans cette zone pour une grande partie de la journée;
  • évaluer le potentiel d’applications mobiles pour diffuser cet indice.

Référence :

Commission internationale sur la protection contre le rayonnement non ionisant (CIPRNI) (2012). Validity and use of the UV index : report from the UVI Working Group, Schloss Hohenkammer, Germany, 5-7 december 2011, Health Phys 103(3) : 301-306.

Bibliographie

Italia N et Rehfuess E (2011). Is the Global Solar UV Index an effective instrument for promoting sun protection? A systematic review. Health Education Research; 27(2) : 200-213.

Complément d’information

Organisation mondiale de la Santé (2002). L’indice universel de rayonnement UV solaire : guide pratique. Recommandation conjointe des organismes suivants : Organisation mondiale de la Santé, Organisation météorologique mondiale, Programme des Nations Unies pour l’Environnement et Commission internationale contre les rayons non ionisants, 28 p.

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