Bulletin d'information en santé environnementale

  • Résumé scientifique

Le texte qui suit est le résumé d’une publication scientifique (ou d’une étude) n’ayant pas été réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec. Cette analyse critique ne peut donc pas être considérée comme la position de l’Institut. Son objectif est de porter à l’attention des lecteurs des éléments récents de la littérature scientifique, et ce, sous un éclairage critique découlant de l’expertise des auteurs du résumé.

Symptômes physiques non-spécifiques chez la population générale liés à l’exposition aux radiofréquences

Auteur(s): 

  • Denis Gauvin
    M. Sc, conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec

Une variété de symptômes physiques non spécifiques (SPNS) tels que l’apparition de rougeurs, de picotements, d’étourdissements, des sensations de brûlure au visage, de fatigue, de difficulté de concentration, de nausées, des palpitations cardiaques et des problèmes digestifs sont parmi les problèmes les plus souvent mentionnés comme étant en lien avec l’exposition aux RF. Selon la littérature, la prévalence de ces symptômes se situerait entre 3,5 et 10 % au sein de la population générale (Baliatsas, 2012). Toutefois, il y a peu d’évidences scientifiques supportant une relation causale entre l’exposition aux CEM à faible intensité (sous les valeurs établies par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants) et ces effets. L’Organisation mondiale de la santé précise que bien que ces symptômes soient réels, il n’existe pas de base scientifique permettant d’établir un lien entre ces derniers et l’exposition (OMS, 2005).

Récemment, des chercheurs des Pays-Bas ont réalisé une première revue systématique des études d’observation publiées entre 2000 et 2011 auprès de la population générale et portant sur les SPNS et l’exposition aux champs de RF (Baliatsas, 2012). Afin de mettre en évidence l’existence d’effets tant au niveau de l’exposition réelle (mesurée ou estimée) que de l’exposition perçue, les chercheurs ont procédé à la validation de la qualité de l’information recueillie au plan méthodologique. Le présent article se veut un résumé des principaux faits saillants tirés de cette revue de littérature.

Des résultats contradictoires

Sur 640 résumés d’articles issus de bases de données électroniques, 22 études ont été retenues par cette équipe de recherche pour la réalisation de cette revue (18 études transversales, 3 longitudinales et une étude cas-témoin).

Pour les études avec évaluation de l’exposition, la majorité ne rapporte pas d’effets significatifs pour les symptômes liés à la fatigue ou les difficultés de concentration. Les résultats pour les maux de tête, les problèmes de sommeil et de vertige demeurent contradictoires. L’évaluation de l’ensemble des symptômes (score total) réalisée dans 2 études est contradictoire. Toutefois, seule la distance des antennes relais est utilisée pour l’évaluation de l’exposition ce qui ne représente pas un proxy suffisant de l’exposition. Relativement aux études se rapportant à la perception des CEM, la majorité rapporte des problèmes de concentration et des maux de tête alors qu’aucun lien significatif n’est observé pour la majorité des études pour les problèmes de sommeil et les vertiges alors que les résultats sont contradictoires pour les symptômes liés à la fatigue, les acouphènes et la sensation de brûlure. Les évidences concernant les autres types de symptômes non spécifiques demeurent limitées, tant pour les études avec estimation de l’exposition que pour l’exposition perçue.

En méta-analyse, après exclusion des études présentant des risques de biais et des difficultés de comparabilité, entre 2 et 4 études ont été retenues selon les symptômes évalués (5 études au total). Pour la majorité (3/5), la caractérisation de l’exposition s’est réalisée à l’aide de dosimètre personnel. Les problèmes investigués sont : les maux de tête, les problèmes de sommeil, les vertiges, la fatigue et les difficultés de concentrations. Il y a entre 919 et 1897 participants d’inclus dans chaque analyse selon les symptômes étudiés. Dans l’ensemble, aucune relation significative ne peut être identifiée en lien avec les RF et les SPNS évalués dans la population générale.

Que conclure?

Il est observé que la qualité méthodologique des études évaluées dans cette revue semble en lien étroit avec la force des associations. Ainsi, les études qui présentent un risque plus élevé de biais (évaluation de l'exposition, sélection de l'échantillon) rapportent plus souvent une association significative. D’un autre côté, les études plus récentes, utilisant des méthodes de caractérisations de l’exposition plus avancées, ne suggèrent pas d’effet significatif. Les études liées à la perception d’être exposé au CEM démontrent généralement des effets symptomatiques plus importants pour les problèmes de concentration et les maux de tête, alors que pour les autres symptômes, les résultats sont non significatifs ou contradictoires.

Il est néanmoins à noter que dans la vaste majorité des études avec évaluation de l’exposition selon les symptômes, on observe une association positive, mais non significative. Indépendamment de la qualité de l’étude, la présence de symptômes est généralement plus fréquemment rapportée lorsque les niveaux de CEM sont plus élevés comparativement au groupe « non exposé ». Pour expliquer ces résultats, les auteurs suggèrent comme facteurs la chance, le biais de sélection conduisant à une surestimation des effets observés, les biais des résultats positifs publiés, l’imprécision de la mesure d’exposition, la faible prévalence de personnes sensibles aux CEM dans la population générale, pouvant réduire la capacité à détecter un effet significatif.

Cette première méta-analyse présente quelques limites identifiées par les auteurs dont : le faible nombre d’études comparables ainsi que la classification et la catégorisation des symptômes qui diffèrent selon les études. Quant aux études de perception des CEM, les auteurs rapportent la difficulté de mettre en évidence les possibles déterminants psychologiques (effet nocebo lié à la crainte des CEM et non à l’exposition elle-même), les évidences actuelles étant limitées pour l’établissement d’un tel consensus.

D’autres recherches nécessaires, oui, mais…

À la lumière de cette revue systématique, les auteurs concluent à l’absence d’association directe de l’exposition aux radiofréquences et les SPNS tant au niveau de la fréquence ou de la sévérité de ces symptômes chez la population générale. Une association entre ces symptômes et la perception d’être exposé semble plus forte et plus consistante, mais les faiblesses méthodologiques limitent l’interprétation de tels résultats. L’établissement d’un protocole international visant l’harmonisation des designs d’études et des caractérisations de l’exposition est proposé afin de minimiser les obstacles méthodologiques en recherche épidémiologique sur l’exposition aux RF. Toutefois, dû à l’omniprésence des sources de RF, l’évaluation de l’exposition et l’identification de population contrôle représentent un défi majeur à la réalisation de telles études.

  1. Organisation mondiale de la santé. Champs électromagnétiques et santé publique : hypersensibilité électromagnétique. Aide-mémoire No 296, décembre 2005. Disponible à www.who.int/mediacentre/factsheets/fs296/fr/index.html.
  2. Baliatsas C., Van Kamp I., Bolte J., Schipper M., Yzermans J., Lebret E. Non-specific physical symptoms and electromagnetic field exposure in the general population: Can we get more specific? A systematic review

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