Énoncé de position sur l'élargissement de l'accès à la naloxone aux États-Unis

  • Pierre-André Dubé
    B. Pharm., Pharm. D., M. Sc., C. Clin. Tox., Pharmacien-toxicologue, Institut national de santé publique du Québec

Dernière modification: 

16 février 2018

Résumé

Cet article résume les faits saillants de l’énoncé de position sur l’élargissement de l’accès à la naloxone aux États-Unis.

Énoncé de position

En octobre 2014, le Journal of Clinical Toxicology et le Journal of Medical Toxicology publiaient conjointement un énoncé de position de l’American Academy of Clinical Toxicology, de l’American College of Medical Toxicology et de l’American Association of Poison Control Centers.(1-2) Cet énoncé vise l’élargissement de l’accès à la naloxone aux États-Unis.

Les experts en toxicologie clinique reconnaissent que la mortalité en raison d’une surdose d’opioïdes est devenue une problématique majeure de santé publique et émettent les recommandations suivantes :(1-2)

  1. Développer des mécanismes favorisant le faible coût de la naloxone et l’accès élargi à ce produit pour permettre l’administration par un témoin.
  2. Recueillir des données supplémentaires concernant l’efficacité et la sécurité de la naloxone administrée par un témoin en variant les populations de patients et les régions.
  3. Adopter des lois et des règlements qui permettent la prescription de naloxone à des tiers (les témoins).
  4. Adopter des lois du bon samaritain qui permettent d’élargir l’accès à la naloxone et d’augmenter la fréquence avec laquelle les témoins appellent le 911 afin que les personnes victimes d’une surdose accèdent à des soins médicaux.
  5. Former la population en ce qui a trait à la reconnaissance d’un surdosage, au positionnement de récupération, à la respiration artificielle, à l’administration sécuritaire de naloxone et au suivi médical requis.
  6. Encourager la Food and Drug Administration ainsi que d’autres organismes de réglementation à accélérer l’approbation des dispositifs de distribution de naloxone, qui sont sécuritaires, peu coûteux et faciles à utiliser.
  7. Employer le système de centres antipoison, qui est disponible 24 heures par jour et 7 jours par semaine par l’entremise d’un numéro sans frais, afin de fournir des conseils médicaux aux témoins sur l’usage de la naloxone, d’augmenter la formation locale et de favoriser la collecte de données.
  8. Soutenir un accès élargi à la naloxone au-delà des hôpitaux et des services médicaux d’urgence (ex. : individus : consommateurs d’opioïdes, policiers, ambulanciers; organismes et programmes : établissements scolaires, établissements correctionnels, maisons de transition et refuges, programmes de traitement de l’abus de substances).

Pour plus de détails sur l’élaboration de ces recommandations, le lecteur est invité à consulter l’article original.(1-2) D’ailleurs, en novembre 2014, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appuyé la recommandation américaine visant à permettre élargissement de l’accès à la naloxone, entre autres, pour une administration par voie intranasale.(3)

En revanche, il n’existe aucune position canadienne ou québécoise officielle sur l’utilisation extrahospitalière de naloxone malgré l’augmentation significative de décès par surdose de médicaments opioïdes en Amérique du Nord. Certains organismes communautaires et certaines directions régionales, par l’intermédiaire de projets (ex. : projet PRO-FAN, formation des ambulanciers, élaboration d’ordonnances collectives), s’activent en silo à mieux cerner la situation et à trouver des solutions. 

D’ailleurs, selon le guide intitulé Les antidotes en toxicologie d’urgence du Centre antipoison du Québec, les seules formulations de naloxone homologuées au Canada sont les suivantes(4) :

  • naloxone HCl injection, 0,4 mg/ml, solution injectable, fioles de 1 ml et de 10 ml;
  • naloxone HCl injection sans agent de conservation, 0,4 mg/ml, solution injectable, ampoules de 1 ml;
  • naloxone HCl injection, 1 mg/ml, solution injectable, fioles de 2 ml.

Il n’y a donc aucun dispositif homologué au Canada destiné à l’administration de naloxone par une victime ou par un témoin (ex. : un auto-injecteur, un dispositif pour vaporisation intranasale). Dans ce contexte, la formation des témoins doit comprendre, entre autres, des notions concernant les opioïdes (ex. : reconnaître la symptomatologie d’une surdose), la naxolone (ex. : pharmacocinétique), la manipulation stérile des ampoules et des fioles de naloxone (ex. : désinfection, prélèvement, utilisation d’une aiguille filtrante lorsqu’il s’agit d’une ampoule [éliminer les particules de verre suivant l’ouverture de l’ampoule]), les techniques d’injection, les sites d’administration; et prendre en compte les risques associés à une mauvaise manipulation ou à une mauvaise administration. La monographie officielle de la naloxone autorisée par Santé Canada recommande son administration uniquement par voie intraveineuse, voie intramusculaire ou voie sous-cutanée. L’usage de la voie intranasale serait donc hors indication, malgré qu’elle soit à privilégier pour l’administration par un témoin (non un professionnel de la santé) afin d’éviter l’administration parentérale qui est plus invasive et nécessite des techniques de base.

Enfin, le cadre juridique devra être revu afin de permettre l’administration de la naloxone par un témoin, et peut-être que le statut de la naloxone devrait être réévalué vu son accessibilité restreinte (sur prescription médicale seulement).

Pour toute correspondance

Pierre-André Dubé
Institut national de santé publique du Québec
945, avenue Wolfe, 4e étage, Québec (Québec) G1V 5B3
Téléphone : 418 650-5115, poste 4647
Télécopieur : 418 654-2148
Courriel : Toxicologie.Clinique@inspq.qc.ca

Références

  1. Doyon S, Aks SE, Schaeffer S. Expanding access to naloxone in the United States. Clin Toxicol (Phila). 2014;1-4.
  2. Doyon S, Aks SE, Schaeffer S. Expanding access to naloxone in the United States. J Med Toxicol. 2014;1-4.
  3. Miles, T. World Health Organization recommends naloxone to prevent 20,000 overdose deaths in U.S. scientific american [En ligne]. Novembre 2014 [consulté le 11 novembre 2014]. Disponible: http://www.scientificamerican.com/article/world-health-organization-recommends-naloxone-to-prevent-20-000-overdose-deaths-in-u-s/
  4. Naloxone. Dans: Les antidotes en toxicologie d’urgence – Guide d’utilisation et d’administration [En ligne]. Québec (QC): Centre antipoison du Québec; 2014 [mis à jour périodiquement]. Disponible: https://www.inspq.qc.ca/toxicologie-clinique/les-antidotes-en-toxicologi...

Dubé PA. Énoncé de position sur l'élargissement de l'accès à la naloxone aux États-Unis. Bulletin d’information toxicologique 2014;30(3):66-68. [En ligne] https://www.inspq.qc.ca/toxicologie-clinique/enonce-de-position-sur-l-el...

Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801