COVID-19 : Environnement extérieur

Questions-réponses

Ce document fait état des connaissances actuelles sur la transmission du virus SARS-CoV-2 dans les espaces extérieurs auxquels a accès la population générale (ex. : voies publiques, parcs) ainsi que sur la transmission de la COVID-19 en fonction de facteurs comme la désinfection ou le balayage des rues, les conditions météorologiques et la qualité de l’air ambiant. Les éléments de réponses présentés ci-dessous sont basés sur l’information disponible au moment de rédiger le présent document. Puisque la situation et les connaissances concernant le virus SARS-CoV-2 (COVID-19) évoluent rapidement, les propos formulés dans ce document sont sujets à des mises à jour périodiques. Il faut noter que ce document ne constitue pas une revue exhaustive de la littérature scientifique. De même, plusieurs publications scientifiques portant sur la COVID-19 et citées dans ce document ont été diffusées sans avoir été révisées par les pairs.

Sommaire

La transmission de la COVID-19 se produit principalement lorsqu’une personne infectée projette des gouttelettes à proximité d’une personne à risque. Étant donné l’important pouvoir de dilution de l’air ambiant, le risque d’être infecté par le virus dans l’environnement extérieur est faible si les mesures de distanciation physique sont respectées. Dans les lieux publics extérieurs où il est difficile de maintenir la distanciation physique de 2 mètres, le port d’un couvre-visage représente une mesure supplémentaire de l’étiquette respiratoire pour réduire le risque de transmission du virus. La pratique d’activités à l’extérieur, plutôt qu’à l’intérieur, devrait contribuer à minimiser le risque de transmission du virus. Bien que cela soit possible, il n’existe aucune évidence de transmission par des contacts avec des surfaces contaminées situées à l’extérieur, ni aucune information sur l’impact de mesures particulières comme la désinfection ou le balayage des rues sur la transmission. Même si les conditions météorologiques estivales pourraient favoriser une diminution de l’incidence de la COVID-19, l’impact serait vraisemblablement négligeable comparativement à l’application des mesures de protection de santé publique. L’exposition antérieure et présente à la pollution de l’air pourrait contribuer à augmenter la susceptibilité au virus, cependant les preuves épidémiologiques demeurent très limitées. Les mesures de confinement, notamment la fermeture des écoles et des commerces non essentiels, auraient contribué à diminuer le trafic routier et la pollution de l’air dans différents milieux urbains du Québec.


Y a-t-il un risque d’être infecté par le virus SARS-CoV-2 lorsqu’on circule à l’extérieur?

À ce jour, il n’y a que très peu de données sur la transmission du virus SARS CoV-2 dans l’environnement extérieur. Les connaissances actuelles ont plutôt été acquises dans l’environnement intérieur, plus particulièrement en milieux de soins (NCCEH, 2020). Cependant, d’après les informations disponibles, le risque d’être infecté par le virus lorsqu’on se trouve à l’extérieur est possible, mais il est jugé faible. Selon une étude réalisée en Chine, seul un cas de COVID-19, sur les 7 324 analysés, provient d’une transmission survenue dans l’environnement extérieur, tous les autres étant survenus dans l’environnement intérieur (Qian et al., 2020). La transmission du virus a eu lieu lors d’une conversation entre deux personnes à l’extérieur. Les auteurs ne mentionnent pas toutefois si les deux personnes respectaient l’étiquette respiratoire et la distanciation physique de 2 mètres. En effet, une personne qui tousse, éternue, parle ou même respire, projette un nuage de gouttelettes et d’aérosols respiratoires1. La transmission se produit surtout lorsqu’une personne infectée répand des gouttelettes à proximité d’une personne à risque d’être infectée (Gouvernement du Canada, 2020a; CDC, 2020a, 2020b; WHO, 2020). Les gouttelettes potentiellement virales qui entrent en contact avec les muqueuses du nez, de la bouche ou des yeux de la personne à risque peuvent induire l’infection virale. Les concentrations les plus élevées de gouttelettes expulsées se trouvent à proximité de gens infectés, puisqu’environ 99 % du volume de gouttelettes projetées se dépose à l’intérieur d’un rayon d’un mètre (WHO, 2014).

Certains avancent aussi l’hypothèse que le virus pourrait aussi se transmettre par les aérosols respiratoires (NASEM, 2020a; Wilson, 2020; Lewis, 2020; Brown et Pope, 2020; Asadi et al., 2020; Morawska et Cao, 2020; CDC, 2020b; Bourouiba, 2020, Jones et Brosseau, 2015; Tellier, 2019). Comparativement aux gouttelettes, les aérosols, étant donné leur plus petite taille, peuvent rester en suspension dans l’air plus longtemps, franchir de plus grande distance et, lorsqu’inhalé, atteindre les voies respiratoires inférieures, où se trouvent des récepteurs cellulaires du virus SARS-CoV-2 (Li et al., 2020; Wilson, 2020). À ce jour, bien que les connaissances scientifiques sur le SARS-CoV-2 corroborent la production d’aérosols contenant le virus, elles ne corroborent pas encore la possibilité que ces aérosols puissent être la cause de l’infection (NCCEH, 2020). L’Organisation mondiale de la Santé considère que la contagion par aérosols, bien que possible, ne fait vraisemblablement pas partie des principaux modes de transmission dans cette pandémie (WHO, 2020).


Y a-t-il lieu de porter un couvre-visage lorsque l’on circule à l’extérieur?

Dans les lieux publics extérieurs où il est difficile de maintenir la distanciation physique (ex. : sur une artère commerciale en milieu urbain avec plusieurs commerces), le port d’un couvre-visage (ex. : masque en tissu artisanal) pourrait réduire le risque de transmission virale par les personnes potentiellement infectées (CDC, 2020c; Gouvernement du Canada, 2020b; INSPQ, 2020). En effet, le port du couvre-visage représente une mesure supplémentaire de l’étiquette respiratoire dans les lieux publics achalandés, incluant ceux à l’extérieur. Cependant, dans les lieux où il est facile de conserver une grande distanciation physique et de surcroit à l’extérieur, le masque est jugé moins utile.

Il est important de rappeler que le couvre-visage n’est pas une protection personnelle et qu’en aucun cas le port d’un couvre-visage ne devrait se substituer aux mesures d’hygiène et de distanciation physique présentement en vigueur. Certaines précautions sont aussi de mises pour assurer l’efficacité du port du couvre-visage. Pour plus de détails sur ces précautions ainsi que sur les consignes en lien avec le port du couvre-visage dans la population générale, veuillez consulter le document de l’INSPQ à cet effet et le site du gouvernement du Québec relatif aux informations générales sur la maladie à coronavirus (COVID-19).


La pratique d’activités sportives à l’extérieur est-elle moins risquée qu’à l’intérieur?

Tout d’abord, l’application des recommandations de distanciation physique ainsi que la bonne hygiène des mains et respiratoire demeurent impératives à la prévention de la transmission de la COVID-19 lors de la pratique d’activités sportives, et ce autant en milieu extérieur qu’intérieur. Lorsque des personnes pratiquent une activité physique, les émissions de gouttelettes sont plus importantes, ce qui contribue à augmenter le risque de transmission du virus (HCSP, 2020a). Cela dit, la pratique d’activités dans l’environnement extérieur devrait contribuer à minimiser ce risque. En effet, l’important pouvoir de dilution de l’air ambiant et la présence de vent, qui favorise la dispersion des gouttelettes ou des aérosols projetés par une personne infectée, sont des conditions diminuant le risque d’infection. Aussi, d’autres conditions propres à l’environnement extérieur, telles les précipitations, la température et l’humidité plus élevées en été ainsi que le rayonnement solaire, pourraient contribuer à atténuer la survie et la concentration du virus dans l’air ambiant (NCCEH, 2020). L’environnement extérieur peut aussi faciliter le respect de la distanciation physique.

Parmi les autres paramètres susceptibles d’augmenter le risque de transmission, mentionnons une forte densité de personnes participant à l’activité, une haute intensité d’efforts physiques et une durée prolongée. Ces paramètres semblent d’autant plus importants lors de la pratique d’activités dans les milieux intérieurs où le volume d’air circonscrit par l’enveloppe du bâtiment et le taux de ventilation (renouvellement de cet air) sont passablement réduits comparativement aux milieux extérieurs. Il est donc primordial que les lieux intérieurs de pratique d’activités sportives aient une ventilation adéquate favorisant un apport d’air frais et une extraction d’air vicié. Pour plus d’information sur la transmission du virus dans l’environnement intérieur, veuillez consulter le document de l’INSPQ COVID-19 : Environnement intérieur.


Devrait-on maintenir une distanciation physique de plus de 2 mètres lorsque l’on pratique une activité sportive à l’extérieur?

La dynamique spécifique du virus SARS-CoV-2 dans l’air extérieur demeure peu documentée à ce jour. En conditions expérimentales, les gouttelettes et les aérosols respiratoires peuvent être dispersés sur une distance excédant 2 mètres s’ils sont propulsés avec force ou s’ils sont transportés par les courants d’air (Bourouiba, 2020; Blocken, 2020; Guerrero, 2020; CDC, 2019). Par exemple, selon une modélisation des turbulences de l’air en milieu urbain, lorsqu’un marcheur éternue, des gouttelettes seraient éjectées à 5 mètres après 2 secondes, alors qu’en 14 secondes, la distance franchie par ces gouttelettes serait de 11 mètres (Guerrero, 2020). Aussi, selon d’autres modélisations, les courants d’air produits par les marcheurs et les coureurs propulseraient des gouttelettes et des aérosols plusieurs mètres derrière eux (Blocken et al., 2020). Cette même étude suggère qu’en l’absence de vent, une distance de 5 et de 10 mètres directement derrière un marcheur rapide ou un coureur qui projette des gouttelettes, équivaudrait à la distanciation de 2 mètres entre deux personnes immobiles (Blocken et al., 2020). Toutefois, comme ces résultats proviennent de données modélisées, il existe plusieurs incertitudes en ce qui a trait au devenir et à la trajectoire des gouttelettes et des aérosols ainsi projetés dans l’environnement extérieur. Ces incertitudes concernent notamment les conditions environnementales (température, humidité et vitesse du vent) qui influenceront la capacité des gouttelettes et des aérosols à se déposer, à se maintenir en suspension dans l’air ou à se disperser (Asadi et al. 2020; Bourouiba, 2020).

De plus, les données sur le transport des particules respiratoires ne renseignent pas non plus sur la concentration virale potentielle au-delà de 2 mètres, d’autant plus que la dose infectieuse minimale2 est inconnue. En général, l’important pouvoir de dilution atmosphérique de même que la présence de vent, de précipitations et de rayonnements ultraviolets pourraient rapidement atténuer la concentration du virus dans les particules respiratoires émises dans l’environnement extérieur (NCCEH, 2020). Une étude chinoise, réalisée dans la ville de Wuhan, a montré que l’air de la plupart des lieux publics extérieurs échantillonnés ne contenait pas de copies de l’ARN du virus, sauf à l’entrée de commerces très fréquentés et d’un hôpital où avait eu lieu auparavant un attroupement de personnes (Liu et al., 2020). Toutefois, la viabilité des virus n’a pas été mesurée dans cette étude. Par ailleurs, les auteurs d’une autre étude ont généré en laboratoire un aérosol de particules virales de SARS-CoV-2 de diamètre aérodynamique inférieur à 5 μm, à une température de 21 à 23 °C et 40 % d’humidité relative. Dans de telles conditions, le virus SARS-CoV-2 était viable dans les aérosols en suspension dans l’air durant une période allant jusqu’à 3 heures (van Dorleman et al., 2020).

Par ailleurs, une exposition de plus longue durée au virus augmente le risque d’infection (Gouvernement du Canada, 2020a). En effet, les études menées sur plusieurs dizaines de milliers de personnes atteintes de la COVID-19 ont montré une forte corrélation non seulement avec la proximité d’une ou plusieurs personnes infectées, mais également avec le temps passé avec ces personnes (NCCEH, 2020).

En résumé, il est impossible de déterminer avec exactitude la distance à partir de laquelle le risque de contracter un virus respiratoire est nul (CDC, 2019; Brown, 2020). Cela dit, à plus de 2 mètres d’une personne infectée, ce risque est vraisemblablement négligeable, notamment à l’extérieur. Ainsi, il est peu probable pour un passant d’être infecté par le virus si celui-ci croise momentanément un marcheur, un coureur ou un cycliste à plus de 2 mètres. Néanmoins, par précaution, il serait préférable d’éviter de pratiquer une activité physique dans les lieux publics extérieurs plus achalandés, comme certains parcs, ou bien de les fréquenter en dehors des heures de grande affluence. D’autres organismes de santé publique recommandent de garder la plus grande distance possible, particulièrement avec un coureur ou un cycliste (Ottawa Public Health, 2020), ou encore de pratiquer le vélo et la course à pied, autant que possible, dans des zones où la population est de faible densité ou dans des espaces dédiés (HCSP, 2020a).


Est-ce que le virus SARS-CoV-2 peut être transmis à une personne utilise le mobilier ou les accessoires urbains (ex. : bancs de parc, fontaines d’eau)?

À ce jour, aucun cas de transmission du virus SARS-CoV-2 par contact indirect avec des surfaces contaminées (suivi d’une autocontamination des yeux, du nez ou de la bouche) n’a été documenté (Dietz et al., 2020). Il est toutefois possible que le virus SARS-CoV-2 puisse se transmettre de cette manière (Gouvernement du Canada, 2020a; CDC, 2020a; CDC, 2020b; WHO, 2020). En effet, bien que la viabilité des virus diminue rapidement lorsqu’ils sont à l’extérieur d’une cellule infectée, ils peuvent survivre un certain temps sur différents types de surfaces et de substrats.

Il n’existe actuellement aucune étude ayant évalué la viabilité du virus SARS-CoV-2 dans l’environnement extérieur sous forme de sécrétions respiratoires s’étant déposées sur différents types de surfaces (NASEM, 2020b; CADTH, 2020). En fait, une seule étude en laboratoire a évalué la viabilité du virus SARS-CoV-2 sur différentes surfaces. Dans cette étude, la durée de survie du virus SARS-CoV-2 allait jusqu’à 4 heures après avoir été déposé sur une plaque de cuivre, jusqu’à 24 heures suivant son dépôt sur du carton et jusqu’à 48 et 72 heures une fois déposé sur des surfaces lisses constituées d’acier inoxydable ou de plastique (van Doremalen et al., 2020). Il importe toutefois de nuancer que ces temps de survie ne signifient pas que les virus, bien que viables, aient conservé un pouvoir infectieux suffisant. De plus, dans l’environnement extérieur, la concentration virale sur le mobilier et les accessoires urbains sera vraisemblablement altérée par des facteurs tels que la température et l’humidité ambiante, l’intensité des rayons ultraviolets, la vitesse du vent et les précipitations (HCSP, 2020b; NASEM, 2020b).

Les mesures de santé publique, plus précisément l’interdiction des rassemblements et la distanciation sociale, devraient contribuer à diminuer l’affluence dans les lieux publics. Couplées à une bonne hygiène respiratoire et des mains, ces mesures devraient limiter la concentration virale se déposant sur le mobilier urbain. Conséquemment, le risque de transmission du virus SARS-CoV-2 par contact indirect avec des surfaces contaminées du mobilier et des accessoires urbains est considéré comme faible.


Est-ce que certains types de travaux extérieurs, tels le balayage des rues et le soufflage des feuilles, pourraient remettre en suspension dans l’air le virus SARS-CoV-2 et contribuer à sa transmission?

Le virus SARS-CoV-2 causant la COVID-19 peut se trouver partout dans l’environnement extérieur – sur le sol, les substrats organiques (feuilles) ou minéraux (béton et bitume), sous forme de crachats d’une personne infectée, de gouttelettes respiratoires ou de particules de toutes tailles. Bien que certaines activités, telles que le balayage mécanique et le soufflage des feuilles, pourraient remettre en suspension le virus (ou des fragments de celui-ci) dans l’air ambiant, il appert que le risque d’infection par un tel mode de transmission doit être considéré comme négligeable. En effet, comme décrit à la question précédente, la survie du virus en dehors d’une cellule infectée d’un hôte vivant est, de façon générale, limitée. De plus, certains facteurs de l’environnement extérieur (température, humidité, rayons ultraviolets, vent, précipitations) pourraient vraisemblablement altérer la viabilité du virus.


Est-il nécessaire de désinfecter les rues ainsi que le mobilier et les accessoires urbains pour limiter la transmission du virus SARS-CoV-2?

Certaines villes d’Europe (par exemple, en Italie (Sky News, 2020) et en Espagne (Durden, 2020)) et d’Asie (par exemple, en Malaisie, en Corée du Sud et à Singapour (Service, 2020)), ont procédé à la pulvérisation de solutions de désinfectants liquides pour nettoyer les voies publiques. Actuellement, il n’existe aucune preuve qu’une telle mesure soit nécessaire ou efficace pour freiner la transmission communautaire de la COVID-19 (CDC, 2020d). En contrepartie, les solutions désinfectantes utilisées à de telles fins, généralement constituées d’hypochlorite de sodium (eau de Javel) dilué, peuvent s’avérer néfastes pour l’environnement et la santé des travailleurs qui procèdent à leur application si ces derniers ne sont pas protégés adéquatement ou manipulent incorrectement les solutions désinfectantes. De plus, la désinfection à grande échelle en milieu extérieur pourrait également entraver l’approvisionnement en produits désinfectants nécessaires à d’autres usages (CDC, 2020d). La mise en œuvre d’une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection des voies publiques dans le contexte de l’épidémie de COVID-19 ne semble donc pas nécessaire (HCSP, 2020a). Il est toutefois souhaitable de continuer d’assurer le nettoyage des voies de circulation selon les procédures habituelles.

Tel qu’expliqué dans une question précédente, le risque de transmission du virus par le biais du mobilier urbain (ex. : bancs de parc, fontaines, rampes) est vraisemblablement faible compte tenu que la survie du virus dans l’environnement extérieur est limitée et dans la mesure où les individus adoptent une bonne hygiène respiratoire et des mains. Tout comme pour les voies de circulation, les procédures de nettoyage courantes pour le mobilier et les accessoires urbains doivent être maintenues. La désinfection du mobilier urbain, particulièrement celui plus fréquemment manipulé (ex. : fontaine d’eau) est une mesure ciblée qui pourrait contribuer à diminuer le risque de transmission du virus (CDC, 2020d). À cet effet, Santé Canada met à jour régulièrement une liste approuvée de produits de désinfection pour les surfaces dures. L’INSPQ a également publié une fiche portant sur les méthodes de nettoyage et de désinfection et les mesures de protection appropriées.


Est-ce que les animaux domestiques peuvent être infectés par le virus SARS-CoV-2 et le transmettre à l’humain?

Il semble que le virus SARS-CoV-2 puisse se propager des humains aux animaux (CDC, 2020e; CDC, 2020f; ACMV, 2020). Jusqu’à maintenant toutefois, un nombre limité d’animaux de compagnie, incluant des chiens et des chats, infectés par le virus SARS-CoV-2 a été rapporté (CDC, 2020e). Des félins d’un zoo aux États-Unis (USDA, 2020), de même que des visons des fermes aux Pays-Bas (Sterling, 2020), ont aussi montré des symptômes respiratoires et testé positifs au virus SARS-CoV-2. Dans tous les cas, les animaux auraient contracté le virus à la suite d’un contact rapproché avec des personnes atteintes de la COVID-19.

Les résultats d’une étude expérimentale indiquent que les chats et les furets seraient hautement sensibles au virus, et que les chats pourraient se transmettre entre eux le virus par l’intermédiaire des gouttelettes respiratoires (Shi et al., 2020). Cependant, il demeure incertain si les doses expérimentales auxquelles les animaux ont été exposés sont représentatives d’une exposition réaliste pouvant survenir en milieu extérieur ou intérieur. Les résultats de cette même étude suggèrent aussi que les chiens seraient peu sensibles au virus (Shi et al., 2020). Des cinq chiens inoculés en laboratoire avec le virus SARS-CoV-2, seuls deux présentaient des fragments d’ARN viraux dans les excréments, mais aucun virus infectieux.

Il n’y a actuellement aucune preuve que des virus, y compris le virus SARS-CoV-2, peuvent se transmettre aux humains par la peau, la fourrure ou les poils d’animaux domestiques (CDC, 2020e ; CDC, 2020f ; ACMV, 2020). De plus, rien ne laisse présager que les animaux infectés par l’humain jouent un rôle dans la propagation de la COVID-19 chez ce dernier (CDC, 2020e ; CDC, 2020f ; ACMV, 2020).

En résumé, le risque de transmission entre les animaux et l’humain est faible. Les mesures recommandées par divers organismes québécois et canadiens peuvent être consultées afin de protéger les animaux domestiques ainsi que leurs maîtres d’une infection potentielle :


Est-ce que les conditions météorologiques estivales contribueront à diminuer l’incidence de la COVID-19 au Québec?

Il est postulé que les conditions météorologiques (humidité, température et rayonnement solaire) pourraient affecter la viabilité du virus SARS-CoV-2, en plus d’être impliquées dans l’altération des mécanismes de défense antiviraux locaux et systémiques chez l’humain, augmentant ainsi sa sensibilité aux virus respiratoires en hiver (Moriyama et al., 2020). Il est connu que l’incidence de certains virus respiratoires, notamment l’influenza et d’autres coronavirus humains (HcoV-229E, HcoV-HKU1, HcoV-NL63 et HcoV-OC43), montre des tendances saisonnières (Moriyama et al., 2020 ; Gaunt et al., 2010). Toutefois, les autres coronavirus qui, comme le SARS-CoV-2, causent des infections respiratoires sévères (le SARS-CoV et le MERS-CoV), ont eu une transmission limitée et n’ont pas montré de saisonnalité suite à leur émergence (NASEM, 2020b).

Des études expérimentales en milieu contrôlé montrent qu’une température et une humidité ambiante élevées constitueraient des conditions non favorables à la survie du virus SARS-CoV-2 (NASEM, 2020b). Toutefois, les conditions reproduites en laboratoire ne sont généralement pas représentatives du milieu naturel, ce qui constitue une importante limite pour prédire l’influence de la saison chaude sur la propagation du virus SARS-CoV-2 et l’incidence de la COVID-19.

Des études observationnelles ont aussi montré des corrélations ou associations positives entre des variables météorologiques, telles la température et l’humidité (relative et absolue), et l’incidence de la COVID-19 (He et al., 2020 ; Bannister-Tyrrell et al., 2020 ; Kassem, 2020 ; Tosepu et al., 2020 ; Qi et al., 2020) et des décès par la COVID-19 (Sajadi et al., 2020). Toutefois, les résultats ne sont pas toujours cohérents (Luo et al., 2020 ; Jüni et al., 2020 ; Yao et al., 2020). Il importe de souligner que toutes ces études, sauf une (Tosepu et al., 2020), n’ont pas fait l’objet d’une révision par les pairs. De plus, ces études comportent d’importantes limites qui soulèvent des questions sur la validité de leurs résultats, faisant en sorte qu’il est difficile d’en tirer des conclusions. Parmi les principales limites, il faut notamment mentionner la faible qualité des données concernant l’incidence la COVID-19 et des décès qui lui sont attribués, particulièrement dans plusieurs pays du Sud où la COVID-19 est actuellement sous-déclarée (Chipperfield et al., 2020). Le fait que le dépistage soit variable d’une région à l’autre et qu’il évolue dans le temps constitue une limite importante. Enfin, les analyses ne prennent pas en compte d’importants facteurs influençant la transmission de la COVID-19 (tels les mesures de santé publique mises en place, accès aux services de santé, etc.), alors que le court laps de temps depuis le début de la pandémie ajoutent à l’incertitude des prédictions (NASEM, 2020b ; Chipperfield et al., 2020).

Certains auteurs ont aussi utilisé une modélisation3 afin de prédire l’évolution de l’incidence de la maladie dans les prochains mois (Araujo et Naimi, 2020). Les auteurs de cette étude ont conclu que le climat est susceptible d’être un facteur principal de la propagation de la COVID-19 et que les personnes dans les climats chauds-tempérés et froids sont plus vulnérables que celles des climats tropicaux et arides (Araujo et Naimi, 2020). Cependant cet article a fait l’objet d’une critique (Chipperfield et al., 2020) ; en plus d’être assujetti aux importantes limites discutées précédemment, le modèle3 utilisé par les auteurs est jugé inadéquat pour la COVID-19 car la distribution géographique de l’épidémie est, à ce stade-ci, principalement déterminée par les contacts sociaux (c’est-à-dire, transmission par contact direct ou indirect entre personnes) et non par les variables écologiques ou météorologiques (Chipperfield et al., 2020 ; Carlson et al., 2020).

À ce jour, les connaissances ne permettent pas de prédire quelle sera l’influence de la saison chaude sur l’incidence de la COVID-19 au Québec. Le fait que certains pays bénéficiant actuellement de conditions météorologiques chaudes ou humides, comme le Brésil et l’Iran, connaissent une propagation rapide du virus ne corrobore pas non plus l’hypothèse selon laquelle les conditions estivales (température et humidité extérieures élevées) au Québec diminueront de façon significative sa propagation (NASEM, 2020b). Même si les conditions météorologiques estivales pouvaient être favorables à une diminution de l’incidence de la COVID-19, cette diminution serait vraisemblablement négligeable comparativement à l’effet des mesures de protection recommandées par les autorités de santé publique (distanciation physique, bonne hygiène des mains, étiquette respiratoire, etc.) (Jüni et al., 2020 ; NASEM, 2020).

Finalement, il faut souligner que certaines caractéristiques individuelles (âge avancé, maladies chroniques préexistantes, statut socioéconomique précaire, etc.), qui semblent augmenter le risque de décès dû à la COVID-19, accroissent également le risque de mortalité lors d’épisodes de chaleur extrême (Chen et al., 2016 ; Zanobetti et al., 2013 ; Wang et Tang, 2020 ; Yancy, 2020). Le respect des recommandations de santé publique afin de prévenir la transmission de la COVID-19 et contrer les effets néfastes des températures élevées sera important pour ces populations vulnérables et sensibles (voir les recommandations du Gouvernement du Québec pour prévenir les effets de la chaleur).


Est-ce qu’il existe une association entre la pollution de l’air extérieur et la COVID-19?

Certaines études épidémiologiques ont investigué le lien entre la pollution de l’air et la COVID-19. Plus particulièrement, deux études observationnelles ayant évalué l’association entre le nombre de cas de COVID-19 en Chine et l’exposition journalière aux polluants atmosphériques ont montré des associations statistiquement significatives (Wang et al., 2020 ; Zhu et al., 2020). D’autres études observationnelles se sont intéressées au lien entre la mortalité due à la COVID-19 et l’exposition à long terme à la pollution de l’air. Ces études conduites aux États-Unis (Wu et al., 2020) et en Europe – Italie, Italie, Italie Italie et Angleterre (Ogen, 2020 ; Travaglio et al., 2020 ; Conticini et al., 2020) – ont également montré des associations positives.

Il importe tout d’abord de souligner que plusieurs des études ci-dessus mentionnées (Travaglio et al., 2020 ; Wang et al., 2020 ; Wu et al., 2020) n’ont pas été révisées par les pairs. Ensuite, toutes ces études comportent d’importantes limites qui pourraient biaiser considérablement les associations (Goldberg et Villeneuve, 2020). Particulièrement, l’utilisation d’un devis écologique est assujetti à l’erreur écologique (ecological fallacy), qui implique que les associations obtenues à partir de données groupées (c’est-à-dire, le nombre de cas par région) pourraient ne pas être cohérentes avec les associations au niveau individuel. De plus, l’estimation de l’exposition aux polluants de l’air se veut aussi une limite importante de ces études étant donné la nature écologique et la faible résolution spatiale des données utilisées4. Conséquemment, le devis écologique ne permet pas d’inférer la causalité. Une autre importante limite à ces études concerne l’identification des cas qui est problématique, étant donné que certains cas sont asymptomatiques, et que le dépistage est variable d’une juridiction à l’autre et qu’il évolue dans le temps selon la disponibilité des tests. De même, divers facteurs pouvant confondre ou modifier les associations n’ont pas été pris en compte dans les analyses, tels l’agglomération des cas, l’accès aux services de santé, les mesures de distanciation physique ainsi que maintes caractéristiques individuelles (maladies chroniques préexistantes, âge, prise de médicaments, statut socioéconomique, ethnicité, etc.) (Goldberg et Villeneuve, 2020).

Malgré les faiblesses des études réalisées jusqu’à maintenant, des mécanismes plausibles pourraient expliquer un possible lien entre la pollution atmosphérique, l’incidence de la COVID-19 et la mortalité due à cette maladie. Ceux-ci incluent le fait que l’exposition à la pollution de l’air, tant à court terme (quelques heures ou jours) qu’à long terme (plusieurs années), peut induire une inflammation au niveau pulmonaire et systémique, et ce, même chez les indivudus jeunes et en bonne santé. Comme des mécanismes inflammatoires sont aussi en cause chez les gens atteints de la COVID-19, ceci pourrait contribuer à augmenter la susceptibilité au virus SARS-CoV-2 ou peut-être même la gravité de la maladie. De plus, l’exposition à la pollution de l’air pourrait accroître le risque d’infection au virus SARS-CoV-2 par altération de la première ligne de défense des voies respiratoires supérieures (Cao et al., 2020). Par ailleurs, certaines conditions chroniques préexistantes (par exemple, maladies cardiovasculaires, diabète, hypertension, asthme), qui semblent être en cause dans le risque de décès par la COVID-19, sont aussi connues pour être associées à la pollution de l’air ; conséquemment, les personnes atteintes de ces maladies chroniques et exposées à des niveaux de pollution atmosphérique plus importants pourraient être davantage à risque d’expérimenter des symptômes graves et de mourir de la COVID-19.

Il a aussi été suggéré, sur la base des corrélations observées entre la pollution de l’air et l’incidence de la COVID-19 en Italie du Nord et en Chine, que la matière particulaire atmosphérique aurait pu jouer un rôle dans le transport du virus et s’avérer être un facteur clé dans la propagation rapide de la COVID-19 dans ces régions du monde (Martelletti et Martelletti, 2020 ; Setti et al., 2020 ; Coccia, 2020 ; Frontera et al., 2020). Une telle interprétation se veut hasardeuse étant donné les importantes incertitudes mentionnées ci-dessus. Le transport du virus par l’intermédiaire de la matière particulaire atmosphérique demeure à ce jour hypothétique. Même si un tel mode de transport s’avérait possible, il est peu plausible que le virus conserve un pouvoir infectieux suffisant. Un tel mode de transmission n’est donc vraisemblablement pas en cause dans la COVID-19.


Est-ce que la pandémie de COVID-19 a un impact sur la qualité de l’air extérieur au Québec?

Les émissions des véhicules routiers et des industries sont deux des principales sources de pollution atmosphérique au Québec. Les différentes mesures de santé publique visant à ralentir la transmission du virus SARS-CoV-2, particulièrement la fermeture des écoles, des industries et des commerces non essentiels, ont mené à une réduction marquée de la circulation automobile, aérienne et ferroviaire, ainsi que de certaines activités industrielles. Par exemple, les données recueillies à une station qui comptabilise le nombre de véhicules circulant sur l’autoroute Henri-IV à Québec ont montré que ce nombre est passé de près de 500 000 à moins de 200 000 par semaine à la suite de l’application des mesures de confinement (Gouvernement du Québec, 2020).

De façon cohérente, les résultats préliminaires, tirés du Réseau de surveillance de la qualité de l’air du Québec, montrent une diminution des concentrations ambiantes de plusieurs polluants atmosphériques dans différents milieux urbains du Québec suivant la fermeture des écoles et des commerces non essentiels (Gouvernement du Québec, 2020). Notamment, les concentrations hebdomadaires de dioxyde d’azote (NO2) ont montré une diminution substantielle à partir de la semaine du 9 mars 2020 (Gouvernement du Québec, 2020). Le NO2 est un des polluants atmosphériques qui est principalement émis par la combustion de combustibles fossiles (diesel, essence, charbon) des automobiles, mais aussi par les industries. L’exposition à court et à long terme au NO2 est associée à divers effets néfastes sur la santé, entre autres, à une augmentation du risque de morbidité et de mortalité respiratoire et cardiovasculaire ; comme expliqué plus haut, l’inflammation serait un mécanisme important associé à ces effets (U.S. EPA, 2016).

D’autres données, notamment issues d’images satellitaires, corroborent la diminution des concentrations moyennes de NO2 dans l’air ambiant au Québec et ailleurs au Canada à la suite de la fermeture des écoles et des commerces non essentiels (Liu et Smargiassi, 2020 ; Thurton, 2020 ; Xing, 2020). Des diminutions de NO2 ont aussi été observées dans les principales régions métropolitaines du nord-est des États-Unis (NASA, 2020a) ainsi que dans d’autres régions du monde, notamment en Italie (ESA, 2020) et en Chine (NASA, 2020b). Toutefois, les plus récentes données au Canada suggèrent une recrudescence des concentrations de NO2 à la fin du mois d’avril 2020 au Canada (Liu et Smargiassi, 2020).

Il est important de noter que les niveaux de polluants atmosphériques fluctuent naturellement, selon la météorologie (vent, pluie, rayonnement solaire, etc.) ; conséquemment, des analyses plus approfondies sont nécessaires pour déterminer quelle fraction de la diminution de la pollution atmosphérique observée est attribuable au ralentissement économique causé par la pandémie de COVID-19 (Schiermeier, 2020).

1 La définition de gouttelettes et d’aérosols varie selon les auteurs (CDC, 2019; WHO, 2014, 2020; Jones et Brosseau, 2015; Tellier et al., 2019; Wei et Li, 2016). Dans le présent document, une gouttelette respiratoire correspond à une particule plus grande que 5 micromètres (µm) de diamètre (WHO, 2020; CDC, 2019; Asadi et al., 2020). En revanche, l’aérosol correspond à une particule dont le diamètre est inférieur à 5 µm. Selon les modèles généralement admis, les aérosols, une fois émis, s’assèchent très rapidement afin de former ce que l’on nomme des noyaux de gouttelettes (WHO, 2014; Bourouiba, 2020).

2 La dose infectieuse minimale est définie comme le nombre minimal de particules virales, qui peut provoquer une infection, habituellement chez 50 % des individus exposés (Yezli et Otter, 2011).

3 Soit un modèle de distribution des espèces.

4 En d’autres mots, une même valeur d’exposition est attribuée à tous les individus habitant dans une aire géographique de grande superficie. Comme les concentrations de polluants peuvent varier grandement à l’intérieur même d’une ville, l’assignation d’une unique valeur d’exposition à une grande zone géographique peut mener à une erreur d’exposition substantielle.

Références

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Comité d’experts en santé environnementale

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