Surveillance des maladies infectieuses chez les utilisateurs de drogue par injection : épidémiologie du VHC de 1997 à 2003 : un regard rétrospectif

Le réseau SurvUDI est un réseau de surveillance épidémiologique de l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine chez les usagers de drogues par injection. Mis sur pied en 1995, il couvre huit régions du Québec et Ottawa. Les participants, des individus s'étant injectés au cours des six mois précédents, sont recrutés principalement par le biais de centres d'accès au matériel stérile d'injection. Une étude sur l'hépatite C comportant deux volets a été greffée au réseau SurvUDI. Ce rapport présente les résultats du volet épidémiologique; le volet psychosocial fera l'objet d'un rapport ultérieur.

Les analyses du volet épidémiologique ont porté sur 1 380 individus ayant participé à SurvUDI à deux reprises ou plus entre 1997 et 2003. Les échantillons d'exsudat gingival recueillis pour ces participants, et conservés congelés, ont été dépistés pour les anticorps anti-VHC. Un taux de prévalence du VHC a été estimé à partir du premier échantillon recueilli pour chaque participant. De plus, un taux d'incidence a été estimé chez les participants qui n'étaient pas infectés à leur entrevue initiale. Les facteurs associés de façon indépendante avec la présence de l'infection ont été identifiés à l'aide de la régression logistique multivariée; ceux prédisant de façon indépendante la séroconversion ont été identifiés à l'aide de la régression de Cox multivariée. Cette dernière analyse a été restreinte uniquement aux intervalles de 12 mois ou moins entre deux questionnaires.

Nous avons observé, chez les 1 380 participants, un taux global de prévalence du VHC de 60,4 % (intervalle de confiance (IC) à 95 % : 57,7 - 63,0 %). Chez les 543 participants non infectés à leur entrevue initiale, nous avons observé 199 séroconversions en 733 personnes-années de suivi, ce qui représente un taux d'incidence du VHC de 27,1 par 100 personnes-années (IC à 95 % : 23,4 - 30,9 par 100 personnesannées).

Nous avons identifié les variables prédisant de façon indépendante la séroconversion à partir des données pour 359 participants (94 séroconversions en 267 personnes-années de suivi). Ces variables sont : l'âge (ratio de risque ajusté (RRA) : 1,04 par année; IC à 95 % : 1,02 - 1,07), avoir une expérience d'injection d'un an ou moins (RRA : 2,24; IC 95 % : 1,09 - 4,59), s'être injecté avec une seringue déjà utilisée par quelqu'un d'autre (RRA : 1,82; IC 95 % : 1,19 - 2,78), s'être injecté le plus souvent de la cocaïne (RRA : 1,90; IC à 95 % : 1,07 - 3,39), avoir fait de la prostitution (RRA : 2,61; IC à 95 % : 1,64 - 4,16) et avoir été recruté à Montréal, Québec ou Hull/Ottawa (RRA : 2,69; IC à 95 % : 1,06 - 6,80). Toutes ces variables référaient aux six derniers mois avant le questionnaire à l'exception de l'âge, de l'expérience d'injection et de la région de recrutement.

Cette étude permet, pour la première fois, de dresser un portrait détaillé de la situation de l'infection par le VHC chez les UDI du Québec et d'Ottawa. Elle montre que ces UDI sont touchés gravement par cette épidémie et que l'incidence de cette infection est très élevée. Des efforts importants doivent être consentis pour prévenir l'infection chez les UDI. Les résultats montrent que, pour y parvenir, les UDI doivent être rejoints dès le début de leur carrière d'injection. Il faudrait même agir plus tôt, en prévenant le passage à l'injection de drogues. Finalement, des services doivent être prévus pour répondre aux besoins des nombreux UDI qui sont déjà atteints par cette infection.

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ISBN (électronique): 

2-550-47041-9

ISBN (imprimé): 

2-550-47040-0

ISSN (électronique): 

1918-4557

ISSN (imprimé): 

1918-4549

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