Analyse de la couverture médiatique dans la presse écrite des cas d'homicides intrafamiliaux au Québec de 2007 à 2012

La façon dont les médias traitent de la violence conjugale et des homicides intrafamiliaux, qu'il s'agisse d'incidents rapportés ou de la problématique en général, peut avoir un effet sur la perception de cette problématique au sein de la population. À titre d'exemple, la couverture médiatique des homicides intrafamiliaux fait ressortir le caractère soudain et inexplicable du geste, ce qui laisse croire qu'ils sont presque impossibles à prévenir. Pourtant, l'analyse des dossiers du Bureau du coroner a permis de constater que dans la majorité des cas couverts par cette analyse, le geste a été précédé de conflits qui duraient depuis des semaines ou des mois, voire même depuis des années.

Certaines caractéristiques de la couverture médiatique dans la presse écrite méritent réflexion en ce qui concerne l'impact qu'elle peut avoir sur les personnes touchées. Par exemple, si en général les articles analysés reflètent de la considération pour les personnes endeuillées, le désir d'attribuer un motif ou d'expliquer l'homicide intrafamilial donne lieu à une incursion dans la vie privée des victimes et de leurs familles. Or, les détails intimes révélés sur la vie familiale ou conjugale ne contribuent pas toujours à une meilleure compréhension de l'homicide. De plus, une place importante est accordée aux révélations et aux réactions provenant de voisins, de membres de la communauté ou même d'inconnus, apportant souvent peu d'informations factuelles et vérifiées sur le cas.

Par ailleurs, l'importance de trouver un équilibre dans la manière de rapporter les faits a été soulignée par plusieurs acteurs concernés par le traitement médiatique des homicides intrafamiliaux. Par exemple, la couverture ne doit pas porter uniquement sur les témoignages élogieux à l'égard du parent homicidaire, mais plutôt leur accorder une place conforme à la réalité en veillant à faire ressortir l'aspect criminel du geste posé et à ne pas glorifier l'auteur de l'homicide. À l'instar des questionnements privilégiés dans le domaine du suicide, il y a lieu de s'interroger sur la nécessité de fournir une description détaillée, imagée et explicite de la méthode utilisée pour commettre l'homicide ou le suicide et surl'impact que cela peut avoir sur les proches des victimes et de l'auteur.

Globalement, la couverture médiatique des filicides et des familicides commis au Québec démontre un souci de ne pas attribuer un motif unique pour expliquer ces homicides. Par contre, lorsqu'on observe les articles individuellement, il arrive que la « cause » ayant mené l'auteur au filicide soit simplifiée ou que l'homicide soit présenté comme une issue aux problèmes de l'auteur.

La séparation récente et des litiges autour de la garde des enfants sont d'ailleurs souvent présentés par les médias comme un « scénario classique » pour expliquer ces événements, alors qu'il s'agit dans les faits de facteurs parmi d'autres pouvant être associés aux homicides intrafamiliaux. Parmi ceux-ci se retrouvent notamment la violence conjugale, la maltraitance des enfants et le fait que l'auteur de l'homicide soit dans une situation de grande détresse ou dans un état dépressif.

Les homicides intrafamiliaux sont rarement abordés en tenant compte du contexte plus large dans lequel ces événements s'inscrivent. La présentation de l'homicide intrafamilial comme l'aboutissement d'une séparation difficile ou l'issue à des litiges concernant la garde d'enfants pour des parents qui aiment leurs enfants ne contribue pas à dénormaliser ce geste. Chaque année, des milliers de familles se retrouvent dans des circonstances similaires sans qu'il y ait d'homicide. Un rappel plus fréquent de cette réalité, ainsi que la présentation des conséquences des homicides sur les familles et l'ensemble de la société, sans oublier l'annonce des ressources d'aide disponibles, permettrait de véhiculer une information moins anecdotique auprès de la population et de mettre l'accent sur le caractère inhabituel ou inusité des homicides intrafamiliaux.

Enfin, même si peu d'études ont porté jusqu'à présent sur les effets de la couverture médiatique de ces homicides sur le passage à l'acte, le principe de précaution suggère la prudence, notamment au regard des travaux concernant la couverture médiatique du suicide. Ceux-ci ont permis de démontrer que la façon de rapporter les suicides dans les médias peut jouer un rôle dans les cas de suicide « par imitation » et qu'il est possible de sensibiliser les médias à ces enjeux afin de les inciter à adopter des bonnes pratiques. Il importe donc de poursuivre la réflexion entourant la manière dont les homicides intrafamiliaux sont rapportés et traités dans les médias et l'impact que cette couverture médiatique peut avoir sur les proches des victimes, les communautés et la société en général.

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978-2-550-73132-0

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