Statistiques sur les services relatifs aux programmes de prévention du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et des hépatites B et C auprès des personnes utilisatrices de drogues par injection au Québec : avril 2011 à mars 2012

Les centres d'accès au matériel d'injection (CAMI), mis en place au Québec à la fin des années 1980, sont des lieux où les personnes utilisatrices de drogues par injection (UDI) peuvent se rendre pour obtenir du matériel d'injection stérile (seringues stériles, contenants de chauffage/dissolution et filtres (Stéricup), ampoules d'eau et tampons). Ils peuvent aussi y remettre leurs seringues usagées et obtenir des conseils de prévention ainsi que d'autres services psychosociaux. Les statistiques compilées par les responsables des CAMI permettent d'établir un portrait des interventions réalisées sur une période de 12 mois et de suivre l'évolution de la situation au fil des ans grâce à des indicateurs standardisés. Le présent rapport fournit une analyse des statistiques pour la période d'avril 2011 à mars 2012.

Depuis l'année 2009, la mise à jour de la liste des CAMI se fait directement dans le « Répertoire des ressources en santé et de services sociaux » par les répondants de chacune des régions. Cette activité est soutenue par le Répertoire des ressources en santé et de services sociaux (Tremblay, 2011). L'augmentation du nombre de CAMI entre 2011 et 2012 est relativement faible et le nombre de partenaires dans la distribution du matériel d'injection stérile semble stable. Le Québec aurait atteint un plateau dans le nombre de CAMI.

Au cours de l'année 2011-2012, les ASSS de 16 régions sociosanitaires du Québec ont remis aux CAMI 2 176 577 seringues, 1 030 651 Stéricups et 1 239 349 ampoules d'eau. Ce nouvel indicateur permet de mieux suivre l'évolution de la distribution de matériel tout comme le fait la Colombie-Britannique qui a par ailleurs, de son côté, acheminé près de 7 millions de seringues à ses CAMI en 2012.

Notons tout de même que la quantité de matériel d'injection stérile remis par les ASSS aux CAMI est en progression. Après avoir enregistré une légère baisse du nombre de seringues remises par les ASSS aux CAMI en 2010-2011, une reprise est observée en 2011-2012 avec plus de 2 millions de seringues remises aux CAMI. De plus, la progression soutenue du nombre de trousses remises par les ASSS aux CAMI (65 % entre 2003-2004 et 2011-2012) semble indiquer une participation accrue des établissements du réseau de la santé et des services sociaux incluant les pharmacies dans la distribution de matériel aux personnes UDI. Tenant compte du fait que les trousses sont surtout utilisées par les partenaires du réseau de la santé et des services sociaux, il y a lieu de croire que les personnes UDI font de plus en plus de demandes dans ces sites.

Cet indicateur aurait avantage à être complété pour pouvoir décrire les quantités de matériel d'injection remis par type de CAMI. Cela permettrait entre autres de préciser les quantités de seringues distribuées en trousse par les pharmacies et les CSSS qui ne participent pas au monitorage des données de distribution de matériel aux personnes UDI. Par ailleurs, cela ne permettra pas de couvrir les quantités de seringues vendues à l'unité par les pharmacies. Notons que dans le cadre d'une étude d'estimation de la taille de la population UDI de Montréal, les auteurs ont estimé que parmi les seringues vendues en pharmacie 15,8 % étaient vendues à l'unité et non en trousse (Leclerc et collab., 2013).

Les données sur la quantité de matériel (seringues, Stéricups et ampoules d'eau) distribué par les CAMI aux personnes UDI s'avèrent pertinentes pour établir le portrait des services offerts aux personnes UDI. Le monitorage comporte toutefois des limites puisqu'il n'est pas réalisé par tous les CAMI. Ainsi, alors que 2 176 577 seringues sont remises par les ASSS aux CAMI, il n'y a que 1 546 418 seringues qui sont répertoriées par les CAMI comme remises aux personnes UDI.

En 2011-2012, les quantités de matériel ont augmenté par rapport à la période précédente. Toutefois, depuis la période 2008-2009, année où les CAMI avaient enregistré les plus grandes quantités de seringues distribuées aux personnes UDI, seul le nombre de Stéricups a dépassé ce sommet pour la première fois en 2011-2012. Tenant compte du fait que les organismes communautaires des centres urbains sont les plus grands distributeurs de matériel d'injection stérile aux personnes UDI, il convient de noter que les baisses observées dans les CAMI OC en 2009-2010 et 2010-2011 ne se sont pas maintenues en 2011-2012. Par ailleurs, les baisses observées au cours des dernières années dans les établissements du réseau de la santé et des services sociaux se sont poursuivies en 2011-2012. Il sera opportun de suivre la situation dans les années à venir. Les données sur la distribution du matériel d'injection par le biais des interventions de milieu indiquent une augmentation de l'accès au matériel d'injection par le biais de ces activités en 2011-2012. Il faut rappeler l'importance du travail de proximité à la fois pour joindre les consommateurs qui ne viennent pas dans les CAMI et pour les mobiliser pour la prévention des ITSS (Winkelstein, 2010; Strike et collab., 2006; WHO, 1998). Ces actions, combinées au développement d'interventions réalisées par des pairs, peuvent s'avérer un moteur important pour la prévention des ITSS auprès des personnes UDI (Noël et collab., 2013). À cet égard, la contribution de l'Association québécoise pour la promotion de la santé des usagers de drogues (AQPSUD) peut jouer un rôle important en soutenant la mobilisation des personnes UDI autant au niveau national que régional, en faisant la promotion d'une consommation à moindre risques pour la santé et en participant aux décisions concernant la santé et le bien-être de ces personnes.

Au Québec, l'incidence du VIH et du VHC chez les personnes UDI demeure une préoccupation importante. De plus, malgré la baisse observée dans le partage du matériel d'injection, une étude confirme que la consommation de cocaïne, les pratiques non sécuritaires d'injection et l'instabilité résidentielle sont les principaux moteurs de la transmission du VIH (Bruneau et collab., 2011). Cette même étude indique aussi qu'un accès à des seringues stériles pour toutes ses injections est un facteur de protection.

L'émergence de nouvelles tendances comme l'injection de médicaments opioïdes observée dans plusieurs études québécoises (Leclerc et collab., 2012; Bruneau et collab., 2011; Bruneau et collab., 2012; Roy et collab., 2011; Roy et collab., 2012) laissent entrevoir des risques accrus à la santé pour les personnes UDI. De manière générale, les risques de transmission des infections au VIH et au VHC, les risques de surdoses et les complications de santé liées à l'utilisation de drogues par injection devraient être considérés dans le déploiement de services aux personnes UDI.

En 2012, des actions interministérielles entre le ministère de la Santé et des Services sociaux et le ministère de la Sécurité publique ont conduit à l'adoption de politiques plus favorables à la santé des personnes UDI. Le dépôt du rapport de l'INSPQ sur le partenariat entre les programmes d'échange de seringues et les services de police (Noël et collab., 2012) a permis au ministère de la Santé et des Services sociaux et au ministère de la Sécurité publique d'entamer la production d'un guide à l'attention des policiers, des intervenants des groupes communautaires et des intervenants des établissements de santé et services sociaux en prévention des ITSS (Comité MSSS-MSP santé et sécurité publique à l'égard des programmes de prévention des ITSS chez les personnes qui font usage de drogues par injection. 2013). Le MSSS a aussi publié des balises quant à l'implantation de services d'injection supervisée (MSSS 2013).

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ISBN (électronique): 

978-2-550-69331-4

ISSN (électronique): 

1921-9377

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