Incidence du cancer colorectal plus faible au Québec pour les secteurs urbains de résidence les mieux nantis

Comme la plupart des nations occidentales, le Québec affiche un taux élevé de cancer colorectal (CCR). Durant la période de 2004-2006, l’incidence du CCR était de 64,5 cas par 100 000 chez les hommes et 42,4 cas par 100 000 chez les femmes. Lorsque l’on considère les hommes et les femmes ensemble, le CCR est le cancer le plus fréquent après le cancer du poumon. Les variations internationales dans l’incidence du CCR, l’augmentation brusque de l’incidence du CCR dans les pays émergents et le fait que les immigrants acquièrent rapidement le niveau de risque de CCR du pays hôte démontrent l’importance que joue l’environnement dans le développement de ce cancer. Au sein d’une nation, le niveau socio-économique peut servir d’Indicateur de l’environnement immédiat de vie. Plusieurs études ont démontré une association entre le niveau socioéconomique du secteur de résidence et les habitudes de vie de ses résidents.

Au Québec, environ 77 % des cas de CCR surviennent chez des individus vivant en milieu urbain, où résident 80 % de la population. Durant la période 2004-2006, les hommes des milieux urbains vivant dans les secteurs les plus riches (5e quintile de la figure 1) avaient un taux d’incidence de CCR significativement plus faible que les hommes résidant dans les autres secteurs urbains (56 cas par 100 000 contre 64, 62, 64 et 67 dans les secteurs des 4e, 3e, 2e et 1er quintile de revenu, respectivement). La relation « dose-réponse » entre le niveau socioéconomique du secteur de résidence (mesuré en quintile de revenu moyen) et le taux d’incidence du CCR, chez les hommes des milieux urbains, atteignait presque le seuil de signification statistique (p = 0,07). Les femmes des milieux urbains résidant dans les secteurs les plus riches avaient aussi un taux d’incidence de CCR significativement plus faible que les autres (37 cas par 100 000 contre 42, 42, 42 et 41 dans les secteurs des 4e, 3e, 2e et 1er quintile de revenu, respectivement). Cette relation entre le niveau socio-économique du secteur de résidence et le risque de CCR s’observait autant parmi les cas de cancer du rectum que du côlon et autant parmi les cas diagnostiqués avant l’âge de 50 ans, entre 50 et 75 ans, qu’à 75 ans et plus. Nous l’observions également chez les hommes (mais pas chez les femmes) dont le diagnostic datait des périodes 1994-1998 et 1999-2003.

Une étude effectuée auprès de 111 129 participantes à la « Nurses’ Health Study » suggère que le niveau socioéconomique du secteur de résidence serait associé au risque de CCR par l’intermédiaire des principaux facteurs de risque modifiables de ce cancer, mais aussi par un effet direct du milieu de vie. Les facteurs de risque modifiables prouvés du CCR sont la consommation de viandes rouges et de charcuteries, l’alcool, le tabac, l’obésité et la sédentarité. Une diète occidentale typique, riche en viandes rouges et hydrates de carbone raffinés, en comparaison à une diète dite « prudente » contenant peu de ces aliments, est aussi un facteur de risque démontré du CCR.

Les hommes et femmes du Québec urbain résidant dans les secteurs les mieux nantis ont un risque moindre de développer un CCR que les autres. Des actions ciblées sur les comportements individuels, la création d’environnements favorables à de saines habitudes de vie et la réduction des îlots de pauvreté sont autant de cibles d’action pour réduire cette iniquité, réduire le fardeau du CCR et, par ricochet, le fardeau des autres maladies chroniques partageant les mêmes facteurs de risque. Bien que la pierre angulaire de la lutte contre le CCR soit actuellement le dépistage, le potentiel de la prévention primaire dans cette lutte ne doit pas être négligé.

Incidence du cancer colorectal plus faible au Québec pour les secteurs urbains de résidence les mieux nantis

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1925-346X

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