La consommation de drogues lors de festivals de musique électronique

Volume 32, Numéro 2

  • Pierre-André Dubé
    B. Pharm., Pharm. D., M. Sc., C. Clin. Tox., Pharmacien-toxicologue, Institut national de santé publique du Québec

Dernière modification: 

15 février 2018

Un rave ou une fête techno est une fête qui a lieu dans un bâtiment de grande dimension ou en plein air, au cours de laquelle les participants dansent toute la nuit sur de la musique techno(1). La consommation de drogues de synthèse y est largement répandue, ce qui attire également les réseaux de distribution et les groupes criminalisés(2). Avec les années, les événements se sont diversifiés de sorte qu’on ne parle plus de simple rave, mais de différents types d’événements qui attirent des clientèles diverses(2). On peut trouver sept types de rassemblements consacrés à la musique électronique au Québec : les raves légaux, les raves clandestins, les raves commerciaux, les soirées technos, les bars technos (clubs after-hours), les événements en plein air et les bars technos de jour(2). Notamment, les raves commerciaux attirent des milliers de personnes, généralement à l’intérieur de grands amphithéâtres à Montréal tels que le Centre Bell, le Palais des congrès de Montréal ou le Stade olympique de Montréal, et, plus récemment, à Québec au Centre Vidéotron (depuis l’été 2015).

Selon un sondage réalisé en Angleterre auprès de 486 participants à des fêtes technos, les principales motivations incitant à participer à ces événements sont : la musique – 45 %, la socialisation – 37 %, l’ambiance – 35 %, la danse – 27 %, la drogue – 22 %; puis à un moindre niveau : l’environnement amical – 11 %, le sentiment d’unité – 9 %, le caractère amusant – 8 %, le sentiment de liberté – 6 % et la rencontre d’éventuels partenaires sexuels – 6 %(3)

Les études sur la consommation de drogues lors de raves au Québec sont peu nombreuses. Barrett et ses collaborateurs ont recruté des résidents de la région métropolitaine de Montréal de novembre 2002 à septembre 2003 afin de réaliser une interview structurée(4). Les personnes recrutées avaient participé à au moins un rave dans les six mois précédant l’entrevue. En tout, 186 personnes ont été incluses dans l’étude, dont 50 % étaient des hommes. L’âge médian des participants était de 23,5 ans (IC : 16-47), et la majorité de ces derniers étaient blancs (88 %). Quant à leur niveau d’éducation, il était sensiblement élevé; 87,6 % des participants ayant terminé des études secondaires et 59,5 %, des études postsecondaires. Les participants étaient majoritairement d’orientation hétérosexuelle (72,6 %), homosexuelle (14,5 %) et bisexuelle (12,9 %). L’âge moyen de participation à un premier rave était de 18,9 ± 4,6 ans, et le nombre total de participations à vie à un rave était en moyenne de 48,6 ± 69,7, avec une médiane de 25 (IC : 1-400). Près du tiers (31,7 %) des personnes avaient pris part à plus de 50 fêtes technos, et 83,9 % disaient consommer « souvent » ou « toujours » des drogues. Les drogues les plus fréquemment mentionnées étaient le cannabis, l’éthanol, le 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) et l’amphétamine, et, à un moindre degré, la cocaïne, la kétamine et le gamma-hydroxybutyrate (GHB). Lors de la plus récente fête techno à laquelle les personnes interviewées avaient participé, 80 % d’entre elles avaient combiné deux de ces substances ou plus, soit une moyenne de 2,5 ± 1,2 substance (IC : 0-7). La consommation de cocaïne, de kétamine ou de GHB était significativement plus importante lorsque le nombre total d’événements auxquels la personne interviewée avait participé était grand.

Annuellement, moins de 0,001 % des participants à un rave, soit moins de 10 sur 10 000, sont arrêtés pour possession de stupéfiants. En effet, les services de police – les lieux d’un événement privé ne font pas partie de leur ressort – visent les trafiquants de drogues plutôt que les petits consommateurs(2).

En 2001, le Service de police de la Ville de Montréal a mis en place un protocole d’encadrement des événements raves d’envergure, et les promoteurs doivent obligatoirement se conformer aux exigences qui y sont décrites(2). Ce protocole exige, entre autres, la présence d’un membre en règle de l’Ordre des pharmaciens du Québec, qui sera affecté à l’entrée pour permettre l’identification des substances. Cette façon de faire permet d’éviter toute confusion entre des comprimés de drogues illicites ou des médicaments d’abus, et des médicaments réellement requis dans un contexte médical. Le Centre Vidéotron exige également le recours à un pharmacien depuis qu’il accueille des événements raves.

Toutefois, cette pratique de prévention n’est pas mentionnée dans une récente publication de juin 2015 du Centre canadien de lutte contre les toxicomanies intitulée Prévenir les méfaits liés à la drogue et à l’alcool lors de festivals de musique au Canada, ce qui semble être une lacune importante(5). Malgré cet oubli, le groupe de travail ayant élaboré le rapport propose des recommandations très intéressantes relatives à quatre domaines jugés prioritaires : l’organisation et la conception des festivals, la promotion de la santé et la réduction des méfaits, la médecine des rassemblements de masse ainsi que le maintien de l’ordre et la sécurité des festivals. Il recommande, notamment : d’assurer un accès adéquat à des installations sanitaires et des services d’approvisionnement en eau, d’échanger rapidement de l’information sur les risques connus liés à la drogue, d’offrir aux festivaliers des espaces physiques sécuritaires à l’écart de la foule, d’approfondir ou d’examiner plus en détail les répercussions des services d’analyse et de vérification de la drogue, et d’appuyer les travaux de recherche.

À ce jour, aucune étude n’a évalué au Québec la présence des nouvelles drogues de synthèse (ex. : méthamphétamine, alpha-pyrrolidinovalérophénone [alpha-PVP], méthylènedioxypyrovalérone [MDPV], méphédrone, cannabinoïdes synthétiques, produits concentrés en Δ-9-tétrahydrocannabinol [THC]) lors de ces événements. Étant donné les saisies de plus en plus fréquentes de ces substances, leur popularité auprès des jeunes, leur faible coût et leurs effets potentiellement toxiques non négligeables, il serait opportun que des chercheurs évaluent la consommation des nouvelles drogues de synthèse lors de fêtes technos ou de tout autre événement festif qui rassemble des milliers de personnes. Une méthode non invasive récemment rapportée est la collecte anonyme d’urine en ayant recours à des urinoirs collecteurs sur les lieux de l’événement(6). Cette possibilité devrait être évaluée, puisqu’elle est facilement applicable et plus fiable que les enquêtes réalisées auprès des participants.

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Pierre-André Dubé
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Courriel : toxicologie.clinique@inspq.qc.ca

Références

  1. Office québécois de la langue française. [En ligne]. Le grand dictionnaire terminologique. L’Office; c2003. Fête techno [cité le 28 avr 2016]. Disponible : http://www.granddictionnaire.com/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=8361173
  2. Maari F. De l’organisation au déroulement d’événements rave à Montréal: étude des mécanismes de régulation sociale [mémoire]. Montréal, Québec : Université de Montréal; 2009.
  3. Newcombe R. Release drugs and dance survey: an insight into the culture. Londres, Angleterre : Release; 1997.
  4. Barrett SP, Gross SR, Garand I, Pihl Ro. Patterns of simultaneous polysubstance use in Canadian rave attendees. Subst Use Misuse. 2005;40(9-10):1525-37.
  5. Young MM, Diedrich K, Pirie T, Lund A, Turris S, Bowles R. Prévenir les méfaits liés à la drogue et à l’alcool lors de festivals de musique au Canada. Ottawa, Ontario : Centre canadien de lutte contre les toxicomanies; 2015.
  6. Archer JRH, Dargan PI, Hudson S, Davies S, Puchnarewicz M, Kicman AT, et collab. Taking the Pissoir – a novel and reliable way of knowing what drugs are being used in nightclubs. J Subst Use. 2014;19(1-2):103-7.

Dubé PA. La consommation de drogues lors de festivals de musique électronique. Bulletin d’information toxicologique 2016;32(2):1-3. [En ligne] https://www.inspq.qc.ca/toxicologie-clinique/la-consommation-de-drogues-...

Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801