Consommation de drogues au volant

Volume 27, Numéro 3

  • Pierre-Yves Tremblay
    M. Sc., Pharmacologue, Institut national de santé publique du Québec
  • Pierre-André Dubé
    B. Pharm., Pharm. D., M. Sc., C. Clin. Tox., Pharmacien-toxicologue, Institut national de santé publique du Québec
  • Lyse Lefebvre
    B. Pharm., Pharmacienne, Institut national de santé publique du Québec
  • René Blais
    M.D., FRCPC, ABMT, Directeur médical, Centre antipoison du Québec
  • Pascal Mireault
    M. Sc., Chimiste, Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale

Dernière modification: 

20 février 2018

Introduction

La conduite automobile avec facultés affaiblies est souvent associée à la consommation d’alcool. Selon une étude menée par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) en 2004, la conduite en état d’ébriété, bien qu’en déclin depuis quelques années, demeure l’une des principales causes de décès sur les routes québécoises.(1) Au cours des dernières années, les nombreuses lois et mesures préventives instaurées ont porté fruit, diminuant considérablement le nombre de décès sur la route relié à la consommation d’alcool.(1,2) Ainsi, de 2004 à 2008, les accidents dus à la consommation d’alcool ont causé en moyenne 31 % des décès survenus sur le réseau routier québécois. Cela représente encore une moyenne d’un peu plus de 200 décès par année. Ce nombre était de l’ordre de 800 à la fin des années 70.(3) Au Québec, comme dans plusieurs autres pays, un nouveau fléau gagne en importance depuis près d’une décennie : la conduite sous l’influence de médicaments et de drogues. Ces substances sont consommées principalement de façons récréative et non médicale. Il s’agit donc d’un usage illicite de drogues et pas nécessairement d’un usage de drogues illicites.

État des connaissances

Une étude publiée en 2004 par la SAAQ a révélé les caractéristiques de 855 conducteurs décédés dans des accidents au Québec entre 1999 et 2002. On y apprend que parmi ces conducteurs, 33,5 % étaient sous l’influence de l’alcool. De ce nombre, 2,3 % avait un taux d’alcoolémie compris entre 21 et 50 mg/100 ml, 2,6 % entre 51 et 80 mg/100 ml et 28,5 % supérieur à 81 mg/100 ml. La limite légale au Québec est de 80 mg/100 ml alors qu'elle est de 50 mg/100 ml pour le reste du Canada. Cette étude fait également mention que 13 % des conducteurs étaient sous l’influence de médicaments et de drogues tels du cannabis (THC), de la cocaïne, des benzodiazépines, des opiacés, de la phencyclidine (PCP), des amphétamines ou des barbituriques. Finalement, 11,7 % de conducteurs étaient sous les effets combinés de l’alcool et de drogues.(4) Au début de 2011, deux études ayant pour titres « Alcool et drogues chez les conducteurs : une enquête routière menée en 2010 en Colombie-Britannique » et « Étude visant à comparer les décès sur les routes impliquant l’alcool et la drogue » ont été publiées par le Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT). Ces études montrent clairement que la consommation de drogues au volant serait, au même titre que l’alcool, un facteur de risque important quant aux collisions et aux accidents mortels sur la route.(5)

Parmi les 2 840 conducteurs qui ont été interceptés lors de l’enquête réalisée en Colombie-Britannique en 2010, 7,2 % d’entre eux avaient consommé de la drogue, alors que 9,9 % avaient bu de l’alcool. Le cannabis (63,8 % des cas positifs) et la cocaïne (31,8 % des cas positifs) étaient les substances illicites le plus souvent détectées. Cette étude a également mis en évidence le fait que l’usage de drogues se répartissait plus équitablement entre les différentes journées de la semaine et heures de la nuit, alors que l’alcool était principalement consommé au cours de la fin de semaine et en fin de soirée.(6)

La seconde étude a permis d’étudier les circonstances entourant les accidents mortels et de comparer différentes caractéristiques propres aux conducteurs ayant été mortellement blessés aux résultats obtenus lors de dépistage d’alcool ou de drogues. Les résultats montrent qu’environ 33 % des conducteurs mortellement blessés étaient sous l’influence de drogues, par rapport à 37 % pour la consommation d’alcool.(5)

Au Canada, le dépistage de drogues en bordure de route, par un échantillon salivaire, n’a pas été la démarche retenue par les législateurs. Le 2 juillet 2008, le gouvernement fédéral s’est doté d’un nouveau pouvoir législatif qui permet de poursuivre les conducteurs automobiles ayant les capacités affaiblies par les drogues ou les médicaments.(8) La nouvelle loi a pour but de prévenir les collisions automobiles et de réduire la mortalité et les lésions corporelles causées par ces conducteurs. Elle assure ainsi une parité juridique entre l’alcool et les drogues au volant.

La loi pour l’alcool au volant indique que, lors d’un contrôle routier, le conducteur doit se soumettre à une évaluation de ses capacités affaiblies au moyen d’un appareil de détection d’alcool ou par les épreuves de coordination des mouvements (ECM), si un policier en fait la demande. Le conducteur soupçonné d’avoir consommé drogues ou médicaments et qui refuse l’évaluation, encourt les mêmes peines que dans le cas d’alcool au volant.

Le programme d’évaluation des facultés affaiblies par les policiers a été développé en Californie dans les années 1970, et il est basé sur une évaluation en 12 étapes. La dernière de ces étapes consiste à prélever un échantillon biologique, soit de sang, d’urine ou de salive sur lequel un dépistage général des médicaments et drogues sera effectué.(7) Dans le cas où les résultats des tests sèment un doute raisonnable chez le corps policier, le suspect sera amené au poste afin de subir un test de sobriété normalisé de 12 étapes. Les résultats toxicologiques alors obtenus serviront à confirmer les conclusions du policier ayant fait passer ce test au bureau de police, et déterminera la mise en accusation ou le retrait des chefs d'accusation par le bureau du directeur des poursuites criminelles et pénales.

Le mandat d’introduire et de piloter l’application du programme au Canada revient à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Pour ce faire, la GRC reçoit environ 2 500 000 $ par année du gouvernement fédéral pour assurer la formation des agents évaluateurs à travers le Canada et pour financer leurs trois laboratoires nationaux de toxicologie.(8) Le Canada compte plus de 600 agents évaluateurs. Toutefois, le Québec compte uniquement une vingtaine d’agents évaluateurs à cause des délais associés à la traduction des manuels de formation en français. À titre comparatif, l’Ontario en compte plus de deux cent vingt-cinq. D’ici les prochaines années, le Québec prévoit former de 100 à 150 agents évaluateurs pour répondre à cette demande. En moyenne, de 1 000 à 1 500 évaluations de facultés affaiblies par les médicaments et les drogues seront effectuées annuellement. À noter que depuis 2008, le Québec compte environ 75 arrestations en vertu de la nouvelle législation pour facultés affaiblies par les médicaments et les drogues.

Utilisation illicite de drogues et circulation routière

Toutes les drogues constituent, à différents degrés, des dangers potentiels pour la conduite automobile. Contrairement à l’alcool, il ne semble pas exister de relation directe entre la concentration d’une drogue dans l’organisme et les effets générés par celle-ci sur le comportement au volant. Il est donc très difficile de fixer une concentration limite pour ces drogues comme c’est le cas pour l’alcool. On peut cependant prendre en considération que généralement, plus la dose consommée d’une drogue est importante, plus ses effets au niveau de l’aptitude à conduire et sur le comportement du conducteur seront notables. C’est pour cette raison que plusieurs pays européens ont adopté la notion de culpabilité per se, signifiant que si une drogue est détectée chez le conducteur, celui-ci est coupable de conduite sous l’influence de drogue.

Le tableau suivant résume l’influence de différentes drogues utilisées de façon illicite sur une personne.(9)

Tableau 1 - Résumé de l’influence de différentes drogues

Drogues

Action sur le SNC

Effets

Cannabis

Perturbateur

  • Difficulté à se concentrer et à rester attentif;
  • Moins bonne perception de l’environnement;
  • Perte de coordination;
  • Difficulté à maintenir une trajectoire droite, à rouler à une vitesse constante et à évaluer les distances;
  • Augmentation du temps de réaction;
  • Perte de réflexes;
  • Conduite hésitante;
  • Risque de ne pas pouvoir faire face à l’imprévu.

Opiacés (héroïne, morphine)

Dépresseur

  • Diminution des capacités physiques et mentales;
  • Conduite lente;
  • Perte de coordination;
  • Perte de contrôle du véhicule;
  • Augmentation du temps de réaction;
  • Somnolence;
  • Vision trouble.

Cocaïne, Amphétamine, Méthamphétamine, Cathinones, Entactogènes (ecstasy)

Stimulant

  • Comportements à haut risque;
  • Faux sentiment de confiance;
  • Inattention;
  • Perte de coordination;
  • Dilatation des pupilles.

Posteffets :

  • Épuisement;
  • Somnolence;
  • État dépressif.

Hallucinogènes

 

  • Confusion;
  • Hallucinations visuelles;
  • Perte de coordination;
  • Perte du sens de la réalité;
  • Inattention;
  • Épuisement (posteffets).

Barbituriques, benzodiazépines

Dépresseur

  • Somnolence;
  • Vertige;
  • Perte de la vision périphérique;
  • Augmentation du temps de réaction;
  • Perte de conscience.

Reproduction autorisée par Addiction-Info-Suisse.

Test de dépistage salivaire

Le cannabis (THC), la cocaïne, certains opiacés comme l’héroïne, la morphine et certaines amphétamines sont les drogues généralement décelées par les tests de dépistage salivaire. Toutefois, ces tests ne décèlent pas la présence de certains opioïdes (par ex., buprénorphine, fentanyl, mépéridine, oxycodone). Un opioïde est considéré comme tout composé naturel, semi-synthétique ou synthétique, apte à se lier aux récepteurs opioïdes lesquels ont des effets pharmacologiques qui peuvent être inhibés par les antagonistes des opioïdes. Pour leur part, les opiacés sont une sous-classe des opioïdes étant structurellement similaires à la morphine ou autres dérivés de la plante de pavot.

Les tests de dépistage salivaire possèdent certains avantages intéressants. Ils sont très simples à utiliser, peu invasifs et ne nécessitent pas de commodité particulière, lors de barrage routier par exemple, comme c’est le cas avec les tests de dépistage urinaire.(10,11) D’un point de vue physiologique, les tests salivaires permettent de détecter la consommation peu de temps après la prise de stupéfiants. De leur côté, les tests urinaires permettent le dépistage de drogues datant d’une consommation moins récente, puisque la drogue a eu le temps d’être métabolisée au foie et éliminée par les reins. La présence de drogues dans l’urine ne témoigne pas nécessairement d’une consommation immédiate et ne signifie pas non plus que la personne testée était sous l’effet des drogues dépistées au moment du prélèvement. L’utilisation de tests conçus pour le dépistage urinaire afin de déterminer la présence de drogues dans la salive doit être évitée. En effet, les drogues sont présentes dans la salive sous forme de molécules mères, tandis que les composés identifiés par les tests urinaires sont généralement des métabolites.(10,11)

Par exemple, jusqu’à tout récemment, la majorité des tests salivaires étaient conçus pour détecter dans la salive les mêmes traces de cannabis que celles dépistées dans l’urine, soit le métabolite THC-COOH. Cependant, certaines études scientifiques montrent que l'on ne retrouve que des quantités infimes de cette molécule au niveau salivaire.(12,13) C’est pourquoi de nouveaux tests ont été conçus dans le but de détecter le Δ9-THC, soit la principale substance psychoactive contenue dans la fumée de cannabis et que l'on retrouve en quantité plus importante dans la bouche.(13,14)

L’usage de tests de dépistage salivaire possède également certains inconvénients. D’abord, les rapports « dose/concentration salivaire » et « concentration salivaire/temps écoulé depuis la consommation » pour la majorité des drogues sont peu connus ou encore très variables. De ce fait, il est difficile de déterminer le moment de la consommation de drogues en se fiant aux concentrations salivaires.(15,16) C'est pourquoi le meilleur moyen consiste à ajuster la sensibilité des tests en fonction de la concentration salivaire correspondant à la concentration sanguine effective minimum. Par exemple, la majorité des tests salivaires sont aptes à dépister le THC pendant une période postconsommation allant de trois à six heures. Ces mêmes tests ont des limites de détection allant de 1 à 20 ng/ml. Le tableau 2 tiré de Verstraete et collab. regroupe les recommandations au sujet des différentes valeurs-seuils minimales des tests de dépistage salivaire de terrain pour différentes drogues.(11) Ces recommandations tiennent compte de la différence entre les concentrations salivaires et sanguines en plus de tenir compte de la concentration sanguine effective minimale.

Tableau 2 - Recommandations des différentes valeurs-seuils minimales des tests de dépistage salivaire de terrain pour différentes drogues

Drogue

Voie d’administration

Analyte

Limite de détection (ng/mL)

Fenêtre de détection (heures)

Amphétamines

Orale

Amphétamine

10

20 – 50

MDMA

Orale

MDMA

126

24

Cannabis

Pulmonaire

THC

0,5

34

Cocaïne

Intraveineuse, intra-nasale, pulmonaire

Cocaïne

Benzoylecgonine

1

1

5 – 12

12 – 24

Héroïne

Intraveineuse

6-acétylmorphine

1

0,5 – 8

Morphine

Intramusculaire

Morphine

1

12 – 24

Un désavantage non négligeable des tests salivaires concerne la faible sensibilité de la majorité d’entre eux. La sensibilité est la capacité d'un test à donner un résultat positif lorsque l’élément mesuré est présent dans l’échantillon analysé. À l’inverse, la spécificité est, en statistique et en épidémiologie, la capacité d'un test à donner un résultat négatif lorsque l’élément mesuré n'est pas présent dans l’échantillon analysé. De plus, un prélèvement salivaire ne fournit qu’un très faible volume à analyser, ce qui a pour conséquence de restreindre l’ampleur du dépistage. Finalement, il est préférable que les tests de dépistage salivaire soient confirmés par une deuxième méthode d’analyse ou par l’analyse d’un autre prélèvement.

L’étude européenne Roadside Testing Assessment-2 (ROSITA-2), réalisée en 2005, a étudié la fiabilité de plusieurs tests de dépistage salivaire en évaluant leur sensibilité, leur spécificité et leur exactitude respective pour certaines catégories de drogues.(17) Le tableau 3 résume l’information compilée par cette étude. On constate que les pourcentages sont relativement élevés pour la spécificité et l’exactitude, mais faibles pour les valeurs de sensibilité.(11,17)

Tableau 3 - Compilation des résultats de l’étude ROSITA-2 résumant l’efficacité des différents tests salivaires de terrain

Drogue

Sensibilité (%)

Spécificité (%)

Exactitude (%)

Amphétamines

40 - 83,3

80 - 100

75 - 97,9

Benzodiazépines

33,3 - 69,1

85,3 - 94,1

77,5 - 91,9

Cannabis

0 - 73,9

70 - 100

54,5 - 95,9

Cocaïne

0 - 97,2

90,5 - 100

86,2 - 96,8

Opiacés

50,7 - 100

85,7 - 100

86,4 - 100

Situation internationale

Au niveau international, certains pays ont déjà adopté de nouvelles législations routières permettant le dépistage de certaines drogues chez les conducteurs.

Australie

Depuis 2004, en Australie du Sud, la police routière fait passer aléatoirement des tests de dépistage salivaire de drogues en bordure de route. Cette initiative vise à déceler la présence de trois drogues illégales ayant le potentiel d'accroître le risque d'accident de la route, soit le THC, la méthamphétamine et le MDMA (ecstasy). La conduite sous l’influence de drogues est responsable d'un pourcentage important de mortalité routière en Australie du Sud. En moyenne, entre 2004 et 2008, 25 % des conducteurs tués sur les routes d'Australie du Sud ont été déclarés positifs au THC, à la méthamphétamine ou au MDMA. Dans l’état de Victoria, de la période allant de l'introduction du dépistage des drogues en décembre 2004 jusqu’en décembre 2007, près de 44 000 conducteurs ont été soumis au dépistage de drogues à travers cette région. Il y a eu 809 résultats positifs pour les drogues et les médicaments, soit un ratio de 1/54 comparativement à 1/162 pour l'alcool au volant.(18)

Certaines études ont montré que lorsqu’une personne fume un « joint », la concentration sanguine de THC se situera généralement entre 70 et 100 ng/ml dix minutes après la consommation, mais elle baisse rapidement à environ 20 ng/ml durant les trois premières heures et lentement par la suite.(19) Dans le cas où une personne combine cannabis et alcool et conduit un véhicule motorisé, les risques sont multipliés. Par exemple, une alcoolémie de 40 mg/100 ml combinée avec un joint équivaut à une alcoolémie de 140 mg/100 ml. Le risque d'être impliqué dans un accident est alors augmenté par un facteur 48.(20)

France

En France, la conduite sous l'emprise de stupéfiants est passible de deux ans de prison. Pas moins de 100 000 dépistages de drogues au volant sont prévus au cours de l’année 2011. La Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie souhaiterait que le dépistage salivaire de drogues devienne une opération routière de routine dans toutes les grandes villes.(21) Le stupéfiant le plus souvent dépisté est le cannabis. Cependant, la cocaïne, l’héroïne et les amphétamines sont fréquemment dépistées. Un projet encore en développement consiste à imputer les frais d'analyse, environ 110 euros, au conducteur qui aura été déclaré positif.(21) La conduite sous l'emprise de stupéfiants est sanctionnée depuis l'adoption d’une loi spéciale en 2003.(22) Depuis, près de 9 000 condamnations pour usage de stupéfiants au volant ont été prononcées. En 2010 à Paris, 5 520 contrôles salivaires ont été effectués. De ce nombre, 2 030 se sont avérés positifs lors du test de dépistage salivaire et 70 % des résultats positifs ont été confirmés par spectrométrie de masse.(21)

Une étude française intitulée « Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière » révèle que le risque d'être responsable d'un accident mortel sur la route est multiplié par un facteur 15 quand on a consommé alcool et cannabis, par 8,5 avec l'alcool seul et par 2 à la suite de consommation de cannabis seul. Cette étude a porté sur 10 748 conducteurs impliqués dans des accidents mortels. De ce nombre, 853 (7,9 %) ont présenté un résultat positif au dépistage urinaire dont 751 (88,0 %) au cannabis, 91 (10,7 %) aux opiacés, 50 (5,9 %) aux amphétamines et 22 (2,6 %) à la cocaïne. À noter également que 301 conducteurs présentaient une alcoolémie supérieure au seuil légal français de 0,5 g/l (50 mg/100 ml). Depuis 2008, le test de dépistage urinaire a été remplacé par un test de dépistage salivaire moins contraignant.(23)

Ailleurs dans le monde

Le tableau 4 résume les principaux règlements mis en place dans certains pays concernant la conduite sous l’influence de drogues et d’alcool.(24)

Tableau 4 - Éléments principaux de la réglementation concernant la conduite sous l’emprise d’alcool et de drogues
Pays Limites d'alcool
per se (mg/100 ml)
Dépistage aléatoire Test obligatoire
après accident
Norme d'infraction Drogues Méthodes de dépistage
des drogues
Alcool Drogues Alcool Drogues Per se Facultés affaiblies Sang Urine Salive
Allemagne 50         Tolérance zéro
(drogues illicites)
x x    
Australie 50 x x x x Tolérance zéro
(drogues spécifiques)
x x   x
Autriche 50 x   x
(corporel)
    x x    
Belgique 50 x x     Tolérance zéro
(drogues illicites)
  x    
Canada 80/50           x x x x
Danemark 50 x x     Tolérance zéro
(drogues illicites)
x x    
Espagne 50 x   x x     x   x
États-Unis 80         Dépend des États Dépend des États x x  
France 50 x x x x Tolérance zéro
(drogues illicites)
  x    
Israël 50 x x     Tolérance zéro
(drogues illicites)
  x   x
Nouvelle Zélande 80 x   x     x x    
Pays-Bas 50 x   x     x x    
Pologne 20     x x Tolérance zéro x x   x
Portugal 50     x   Tolérance zéro
(drogues illicites)
  x x  
Slovénie 50 x x x x Tolérance zéro   x x  
Suède 20 x x x x Tolérance zéro   x    
Suisse 50 x   x Si suspicion Tolérance zéro
(drogues illicites)
  x x x
Royaume-Uni 80             x x  

Reproduction autorisée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Forum International des Transports (FIT).

Conclusion

Le phénomène de la conduite automobile suivant un usage illicite de drogues gagne en importance au niveau international. Dans le but de contrer ce problème, plusieurs pays ont adopté des législations routières permettant le dépistage de drogues chez les conducteurs. Au Canada, les policiers disposent, depuis juillet 2008, d’une loi (C-2) pour faire face à la problématique des facultés affaiblies par les médicaments et les drogues au volant. Toutes les drogues constituent, à différents degrés, des dangers potentiels pour la conduite automobile. Contrairement à l’alcool, il ne semble pas exister de relation directe entre la concentration d’une drogue dans l’organisme et les effets générés par celle-ci sur le comportement au volant. Il est donc très difficile de fixer une concentration légale pour ces drogues, comme c’est le cas pour l’alcool. Dans certains pays comme la France et l’Australie, on applique la politique de tolérance zéro. D’autres pays comme le Canada préfèrent s’attarder aux conducteurs ayant pris le volant alors que leurs facultés étaient affaiblies et présentant une conduite erratique. Ailleurs qu'au Canada, les tests de dépistage salivaire sont souvent utilisés lors de barrages routiers. Ils sont très simples à utiliser, peu invasifs et ne nécessitent pas de commodité particulière comme c’est le cas pour les tests de dépistage urinaire. Le cannabis (THC), la cocaïne, l’héroïne et les amphétamines sont les drogues généralement dépistées par ces tests. L’usage de prélèvements salivaires présente également certains inconvénients. Le volume de prélèvement est souvent très limité. Les tests possèdent généralement une faible sensibilité et les rapports « dose/concentration salivaire » et « concentration salivaire/temps écoulé depuis la consommation » pour la majorité des drogues sont peu connus ou très variables. Également, il est préférable que les tests de dépistage salivaire soient confirmés par une deuxième méthode d’analyse ou par l’analyse d’un autre prélèvement biologique.

Pour toute correspondance

Pierre-André Dubé
Rédacteur en chef – Bulletin d’information toxicologique
Institut national de santé publique du Québec
945, avenue Wolfe, 4e étage, Québec (Québec)  G1V 5B3
Téléphone : 418 650-5115, poste 4647
Télécopieur : 418 654-2148
Courriel : [email protected]
 

Références

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Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801