Espérance de santé et défavorisation au Québec, 1996-1998

L’Institut national de santé publique du Québec a pour mandat, entre autres, de développer des connaissances sur l’état de santé de la population, ses déterminants et ses conséquences. La présente étude met en relation l’espérance de santé, une mesure globale de l’état de santé de la population, et un indice traduisant son niveau de défavorisation matérielle et sociale. Elle montre que 14 années d’espérance de santé séparent la population la plus défavorisée au Québec de celle qui l’est le moins. Cette différence vaut autant pour les hommes que pour les femmes et s’accentue en passant du milieu rural et des villes de taille petite ou moyenne à la région métropolitaine de Montréal.

Ces résultats rejoignent ceux obtenus ailleurs et rappellent que non seulement la durée de vie des personnes à faible revenu, ou peu scolarisées, est plus courte que celle des personnes favorisées, mais que leur durée de vie est aussi plus marquée par la maladie et l’incapacité. Au Québec, c’est environ 14 années d’espérance de santé qui séparent à la naissance les québécois et les québécoises en raison de leur niveau de défavorisation. Cela constitue une différence de taille sachant que l’espérance de santé moyenne au Québec oscille entre 63 et 65 ans, selon l’indicateur retenu.

Les résultats retrouvent également les différences notées ailleurs entre le profil des hommes et des femmes. On a déjà observé que la différence existant dans le gradient de mortalité selon le revenu ou la scolarité des hommes et des femmes était grandement atténuée lorsque la maladie et l’incapacité étaient prises en compte.Au Québec, lorsque toutes les formes d’incapacité ou de désavantage sont considérées, il n’existe plus d’écart dans le gradient d’espérance de santé selon la défavorisation entre les hommes et les femmes.

Les résultats montrent par ailleurs l’intérêt de considérer non seulement la défavorisation matérielle, ce que font la plupart des études, mais aussi la défavorisation sociale. Cette forme de défavorisation, qui traduit la fragilité du réseau social, semble particulièrement associée à l’incapacité (et le désavantage) chez la femme et, à l’échelle géographique, chez les résidants de la région métropolitaine de Montréal. Bien que des travaux soient nécessaires pour mieux comprendre le rôle de cette forme de défavorisation, il peut être utile de noter ici que les Enquêtes sociales et de santé du Québec (Pampalon et al., 1990 ; Pampalon et al., 1995) ont déjà souligné que la satisfaction de la vie sociale était plutôt faible dans la région métropolitaine de Montréal.

Cette région affiche le plus fort gradient d’espérance de santé selon la défavorisation au Québec, ce qui n’a cependant pas de quoi surprendre, compte tenu des écarts socio-économiques qu’on y trouve. À l’échelle territoriale, l’ampleur des uns est souvent liée à l’ampleur des autres (Haines et al., 2000).

Les résultats obtenus rappellent, en définitive, que la lutte aux inégalités économiques et sociales constitue encore et toujours un enjeu majeur pour notre système de santé. Un enjeu dont le potentiel de gain pourrait se chiffrer à 14 années de vie en santé pour les plus démunis si ces derniers atteignaient les valeurs actuellement obtenues par la population la plus favorisée du Québec.

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2-550-39352-X

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